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À l'Île-du-Prince-Édouard, l’annonce d’une compression budgétaire de 25 % dans le soutien pédagogique des centres de la petite enfance (CPE) a provoqué une onde de choc. Derrière les chiffres, des femmes dévouées voient leur métier menacé.
À Charlottetown comme à Summerside, l’ambiance est lourde dans les couloirs des CPE de langue française. Le rôle de mentor pédagogique, pivot essentiel, mais souvent méconnu, est directement visé par les compressions provinciales.
Véritables couteaux suisses, les mentors sont présents sur tous les fronts : soutien aux éducatrices, gestion des comportements difficiles des enfants, documentation pédagogique, planification et même logistique d'urgence.
Chafiaa Ihamouchen, mentore au CPE l'Île Enchantée à Charlottetown, perdra son poste en juin. À ses yeux, le gouvernement ignore la réalité du terrain.
On fournit un soutien invisible. On est là pour assurer la sécurité des enfants, le bien-être des éducatrices et le bon fonctionnement du centre. On est tout le temps sur le plancher en train de donner du support.
Le rôle du mentor est crucial pour identifier les retards de développement ou les troubles comportementaux, explique-t-elle.
Sans ce deuxième regard extérieur, les éducatrices, occupées par la gestion du groupe, ne peuvent plus effectuer les observations fines nécessaires à l'obtention de services spécialisés. Le risque est de voir des enfants glisser entre les mailles du filet.

« Mes inquiétude sont énormes, parce que le secteur de la petite enfance souffre déjà », affirme la mentore pédagogique Chafiaa Ihamouchen.
Photo : Radio-Canada / Marine Ernoult
On va juste redevenir des gardiens
À Summerside, Chantal Arsenault, mentore au CPE Le Jardin des Étoiles, perdra la moitié de ses heures. Elle qui a été éducatrice pendant cinq ans redoute l’épuisement de ses collègues.
Je suis inquiète qu'avec moins de support, les éducatrices vont se brûler. C'est vraiment un travail difficile. On voit que les enfants, à chaque année, ont besoin de plus d'appui.

« Les éducatrices ont des journées stressantes, elles ont toujours des questions, puis je veux toujours être là pour y répondre », explique Chantal Arsenault.
Photo : Radio-Canada / Marine Ernoult
Cette crainte d’un épuisement professionnel est partagée par Mallory Doucet, éducatrice en pouponnière au Jardin des Étoiles. Pour elle, le mentor aide à naviguer dans la complexité des nouvelles routines, surtout depuis que les groupes se sont agrandis. Sans ce filet de sécurité, la fluidité du quotidien s'évapore.
Toutes s'accordent sur un point : le secteur a fait de grands pas pour être reconnu comme un milieu professionnel de qualité. Mais ces compressions agissent comme un frein brutal.
On va juste redevenir des gardiens.
On a travaillé vraiment fort pour être un secteur professionnel sérieux, puis je me sens comme on prend quelques pas en arrière, ajoute Mallory Doucet.
Solidarité des familles
Pour Chafiaa Ihamouchen, ces coupes envoient un signal de précarité aux professionnels, alors que le secteur de la petite enfance lutte déjà contre une pénurie de main-d’œuvre.
Il y aura beaucoup de pression quotidiennes sur les éducatrices et, du coup, il y aura des personnes qui vont fuir carrément le secteur. C’est la triste réalité, alerte-t-elle.
La mentore pointe du doigt une autre contradiction flagrante : le gouvernement crée des programmes ambitieux pour le développement socio-émotionnel, mais coupe dans les ressources humaines nécessaires pour les appliquer.
On est là pour diminuer tous les comportements difficiles, éviter les crises émotionnelles, alors qu’il y a plus de besoins spéciaux, rappelle Chafiaa Ihamouchen avec force.

« Ca va changer beaucoup de choses, je ne sais pas à quoi notre journée va ressembler », s'inquiète l'éducatrice Mallory Doucet à propos de la suppression de postes de mentors pédagogiques.
Photo : Radio-Canada / Marine Ernoult
Malgré la douche froide, l'espoir réside dans la mobilisation. Les parents, conscients de l'impact des mentors sur l'équilibre de leurs enfants, multiplient les messages de soutien et les lettres à leurs députés.
L'Association des centres de la petite enfance francophones et l'Early Childhood Development Association of PEI continuent de se battre pour que le gouvernement revienne sur sa décision d'ici le 29 juin, date prévue du changement.
D'ici là, dans les salles de classe, on continue de s'occuper des petits. Comme le résume Mallory Doucet : Si nous on ressent déjà le stress, je ne peux pas imaginer les centres qui sont moins chanceux que nous.


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