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Les événements de Ceuta continuent d'empoisonner la vie du Premier ministre espagnol Pedro Sanchez. Le dirigeant socialiste reste pris dans la tourmente politique créée par l'afflux massif, soudain et inattendu, fin juillet, de plus de 70 000 personnes provenant du Maroc dans l'enclave espagnole.
Son gouvernement de gauche a essuyé le reproche, de l'opposition de droite et de partenaires européens comme l'Italie et le Danemark, d'avoir mal géré la situation, et même de l'avoir provoquée, en menant au printemps une opération de régularisation de personnes en séjour illégal sur le territoire espagnol. Même si l'immense majorité de ceux et celles qui étaient entrés illégalement à Ceuta ont été renvoyés au Maroc, la situation sécuritaire et sanitaire reste tendue dans la ville de 84 000 habitants, en raison de la présence de plusieurs milliers de migrants sans abri ni ressource.
C'est à présent sur le rôle que le Maroc aurait, ou non, joué dans la crise de fin juillet, et sur ce qu'il en sait, que le Premier ministre espagnol est attaqué.
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Entendu jeudi par les députés du Congrès, réunis en session extraordinaire, Pedro Sanchez a maintenu le discours tenu de longue date par son gouvernement, à savoir que le Maroc ne porte aucune responsabilité dans le déclenchement du vaste mouvement migratoire. Cependant, la presse s'est fait écho mercredi d'éléments d'un rapport de police qui contredisent cette ligne.
Les enquêteurs du Centre national de l'immigration et des frontières (Cenif) écrivent que, selon des témoignages concordants de migrants, "le déploiement policier autour de la frontière entre le Maroc et Ceuta […] était sensiblement plus réduit que d'ordinaire". L'organisation de la fête du Trône, le 30 juillet, ne suffirait pas à expliquer cet allègement des forces de police à la frontière. "La réponse policière" à l'afflux massif de personnes cherchant à entrer dans Ceuta, a été "d'une totale permissivité, sans qu'aucune tentative sérieuse ne soit enregistrée pour tenter de réduire, disperser ou éloigner la masse de personnes du périmètre frontalier le 30 juillet", ajoutent les auteurs du rapport.
"Je peux vous assurer qu'aucune institution gouvernementale, ni aucun service diplomatique, ni la Commission européenne, ni aucune organisation internationale n'a fourni de preuve solide que le Maroc a planifié ou perpétré cet incident", a défendu Pedro Sanchez, face au Congrès. "Si ces preuves solides existaient, nous agirions en conséquence, avec toute la fermeté que la situation exige", a ajouté le chef du gouvernement, qui a par ailleurs répété qu'aucun rapport préalable n'avait anticipé "l'ampleur" ou "la possibilité" de ce qui s'est passé fin juillet.
"Une lecture intéressée des mafias de trafiquants d'êtres humains" : les coulisses de l'afflux massif de migrants à CeutaLe doute persiste
Mais même au sein de la majorité de Pedro Sanchez, on doute du fait que Rabat ne soit aucunement impliqué dans ces événements. "Il est difficile de croire que 80 000 personnes puissent se déplacer à l'insu du Maroc", a glissé la ministre de la Jeunesse et de l'Enfance, Sira Rego, membre du parti de gauche radical Sumar, jeudi en arrivant au Congrès. "La politique d'apaisement" du Premier ministre envers le Maroc "ne fonctionne pas", a déclaré la ministre. Et d'enfoncer le clou : "Nous avons une frontière contrôlée par un pays tiers". Le Maroc a déjà été accusé, par le passé, d'ouvrir les vannes migratoires vers Ceuta pour faire pression sur Madrid – cela avait notamment été le cas en 2021, suite à un différend diplomatique relatif au Sahara occidental, territoire revendiqué par royaume chérifien.
L'opposition de droite et d'extrême droite qui a toujours pointé la responsabilité du Maroc continue, elle, de pilonner le Premier ministre. Le chef du Parti populaire (PP, droite conservatrice) Alberto Núñez Feijóo a accusé Pedro Sanchez d'être "victime d'un chantage" de la part du Maroc, menaçant le Premier ministre de devoir "rendre des comptes devant la justice".
Tensions migratoires à Ceuta : La police dément l'existence d'un rapport qui impliquerait le MarocRemontrances espagnoles
Face à ces attaques, Pedro Sanchez affirme que son gouvernement "ne craint pas la confrontation avec les puissances étrangères quand la situation le demande", faisant implicitement référence aux disputes qui opposent Madrid aux États-Unis et à Israël. Et comme pour démontrer qu'il ne craint pas de s'opposer au Maroc, Pedro Sanchez a fustigé devant les députés les déclarations "inacceptables" de deux ministres marocains. Ceux-ci ont revendiqué "les droits historiques et géographiques" de leur pays sur Ceuta et Melilla, les deux enclaves espagnoles en Afrique du Nord.
Celles-ci "sont espagnoles jusqu'à la fin de temps", a affirmé le Premier ministre espagnol, qui veut éviter de donner des signes de faiblesse sur le sujet, pour ne pas donner des munitions au PP et à Vox, à la veille d'une année électorale. Mercredi soir, la droite et l'extrême droite ont réuni des dizaines de milliers de personnes dans plusieurs villes pour une manifestation de soutien à Ceuta.
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