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«Passenger»… de deuxième classe

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Maddie et Jacob, jeune couple qui vient d’opter pour la van life (son idée à lui beaucoup plus qu’à elle), sont témoins d’un horrible accident de la route. Ils s’arrêtent pour aider. Reprennent le volant. En compagnie d’une créature démoniaque qui ne les lâchera plus.

Après le passager clandestin de The Last Voyage of the Demeter (Dracula lui-même), le cinéaste norvégien André Øvredal explore dans Passenger (Le passager) celui qui hanterait les routes américaines (légende urbano-motorisée ?) et livre une version horrifique du poético-réaliste Nomadland de Chloé Zhao.

Pour cela, le réalisateur du marquant Troll Hunter et de The Autopsy of Jane Doe s’associe aux scénaristes T.W. Burgess et Zachary Donohue (à peu près inconnus au bataillon). Si, lui, remplit ses promesses (son savoir-faire en matière d’épouvante est indéniable : il en connaît les ficelles et sait en jouer, même dans les moments les plus convenus), les seconds, eux, ne sont pas parvenus à nourrir une intrigue qui demeure famélique et laissera le spectateur sur la faim.

Après une entrée en matière prometteuse, à la fois drôle et gore, l’intrigue tente de faire des liens entre le bon saint Christophe, protecteur des voyageurs, et l’entité machiavélique qui s’oppose à lui dans l’éternel combat entre le Bien et le Mal. Sauf que le mythe et son iconographie, les croyances et les craintes du peuple de la route — « incarné » par l’oscarisée Melissa Leo (The Fighter, The Big Short), au talent sous-exploité —, sont à ce point superficiellement explorés qu’ils en demeurent anecdotiques, maladroits et peu prenants. Avant les derniers moments du dernier acte, où tout déboule. Si vite que ça dérape.

Au volant du récit, Lou Llobell (la série Foundation) et Jacob Scipio (Bad Boys for Life) font avec le plus de conviction possible ce que l’on attend de leurs personnages : des erreurs. Elle est brave, curieuse et, du coup, inquiète. Tout à son projet, il n’écoute pas vraiment ce qu’elle a à lui dire. En fait, il est si beige et lisse qu’on a de la difficulté à croire que son film préféré soit Roman Holiday de William Wyler. Mais cette préférence permet une de ces scènes où, en compagnie de Gregory Peck et Audrey Hepburn (en projection), André Øvredal prend son pied.

En fait, l’atmosphère générale qu’il parvient à créer, avec la complicité de ces habitués du genre que sont le compositeur Christopher Young, le directeur photo Federico Verardi et surtout l’équipe menée par le concepteur sonore de Jason W. Jennings, est tendue à souhait, en particulier lorsque les protagonistes sont en fuite, sur la route ou dans des stationnements déserts (caméra tourbillonnante et vertige à l’avenant). Mais ailleurs, toute la place est occupée par des effets de surprise et des sursauts prévisibles.

Enfin, la créature maléfique. Elle ne se distingue pas par son originalité et elle manque cruellement de chair. On en revient donc au scénario, où l’inspiration n’était pas au rendez-vous. Le voyage en première classe, ce sera pour une autre fois.

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