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Où sont passés les musées pour enfants à Toronto?

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Montréal a son Centre des sciences, Vancouver a Science World, Winnipeg a sa Science Gallery au Manitoba Museum et Sudbury, Science Nord. Dans le sud-ouest de l’Ontario, on retrouve également des musées dédiés aux enfants à Hamilton et à London. Toronto, en revanche, a peu d'espaces éducatifs dédiés aux jeunes depuis la fermeture du Centre des sciences de l'Ontario.

Des activités scientifiques pour enfants sont organisées temporairement au Centre Harbourfront près du lac Ontario à Toronto, en attendant la construction d'un nouveau musée des sciences à la Place de l'Ontario.

Nous sommes très en retard, c’est le constat que dresse Naomi Hamer, professeure agrégée et directrice du département d’anglais de l’Université métropolitaine de Toronto. L’un de ses champs de recherche porte sur la place des enfants dans les musées.

Selon elle, tout se passait bien à Toronto de la fin des années 1960 jusqu’aux années 1980, mais elle relève qu’on observe aujourd’hui les conséquences de coupes budgétaires successives conduites depuis les années 1990.

Lorsqu’on remonte trois décennies en arrière, la comparaison est frappante : outre son Centre des sciences, la métropole a perdu le Planétarium McLaughlin du Musée royal de l’Ontario (ROM) (en activité entre 1968 et 1995) et le Children’s Own Museum (COM), qui avait pris sa place en 1998.

Institution éphémère, aujourd’hui oubliée, la mission du COM était davantage orientée vers le contexte social et culturel que les sciences, souligne Naomi Hamer. Son principe novateur se résumait à une question lancée aux enfants : Qu’est-ce que vous feriez d’un grand espace vide? Montrez-nous!

Le bâtiment de Science Wolrd à Vancouver, avec son dôme transformé en ballon de soccer.

Nombreux sont les téléspectateurs de la Coupe du monde de la FIFA 2026 à avoir vu le dôme de Science World, icône emblématique de Vancouver, décoré en ballon de soccer pour l’événement. (Photo d’archives)

Photo : Science World

Cette injonction était une invitation faite aux jeunes visiteurs afin de laisser libre cours à leur créativité. Pendant leur exploration, les enfants se transformaient en commissaires d’exposition et devenaient acteurs d’une institution (le musée) qui, la plupart du temps, leur demandait de prendre le moins de place possible. Fermé en 2002, le COM a été itinérant avant de disparaître autour de 2014 dans la plus grande discrétion.

Élan du centenaire

Le Centre des sciences de l’Ontario a ouvert ses portes en 1969. Un événement architectural et éducatif propulsé par l’élan du centenaire de la Confédération canadienne. L’année précédente, le planétarium du ROM ouvrait ses portes. Beaucoup d’innovations sont apparues à cette période, aidées par les financements fédéraux, note Naomi Hamer, pour les enfants, il y a eu de nombreux livres, films et musiques qui ont vu le jour. Une production dont certaines figures ont connu un succès planétaire chez les anglophones, avec des vedettes comme Raffi ou Sharon, Lois & Bram.

Des enfants devant le Centre des sciences.

Le Centre des sciences de l’Ontario a fermé définitivement en juin 2024 après que des ingénieurs y aient détecté des problèmes structurels. (Photo d’archives)

Photo : Radio-Canada / Evan Mitsui

Ainsi, 1969 marque une sorte d’âge d’or pour la culture canadienne et Toronto devient chef de file dans le domaine des musées pour enfants : avec l’Exploratorium de San Francisco ouvert la même année, le Centre des sciences était très en avance pour ce qui est de l’apprentissage expérientiel de l’éducation scientifique et environnementale, explique Naomi Hamer.

Des activités dispendieuses et peu variées

Aujourd’hui, il n’existe pas dix options à Toronto pour improviser une sortie ponctuelle en famille et aucune d’entre elles n’est conçue pour les enfants. Il y a la ferme pédagogique de Riverdale et le zoo de Toronto, l’aquarium Ripley’s, l’expérience Little Canada et quelques activités offertes dans les grandes institutions culturelles, comme le ROM, le Musée des beaux-arts de l’Ontario (AGO) et le musée Bata Shoe.

Un requin dans le tunnel de l'aquarium Ripley's.

L’aquarium Ripley’s fait partie des rares options familiales pour une sortie improvisée à Toronto. (Photo d'archives)

Photo : La Presse canadienne / Nathan Denette

Ces activités ont aussi un prix. Si une famille de quatre personnes, comprenant deux parents et des enfants de 7 et 13 ans, veut accéder à l’AGO ou au ROM, comptez au minimum 60 $, sans les expositions événementielles (où la facture monte à 102 $ pour le ROM). Si le même groupe veut accéder à Little Canada, il lui faudra débourser autour de 150 $ et près de 200 $ pour une visite au zoo. Une même sortie au Centre des sciences coûtait 75 $ en 2024.

L’institution existe encore aujourd’hui et propose des activités dans des lieux temporaires. Quelques semaines après sa fermeture, le centre d’achat Sherway Gardens d’Etobicoke accueillait une première exposition éphémère aux dimensions modestes en comparaison des installations du bâtiment du chemin Don Mills. Actuellement, les enfants peuvent découvrir ActivIdée (KidSpark) dans l’ancienne boutique du Centre Harbourfront.

Une invitation à jouer

À quelques pas de là, sur le bord de l’eau, la galerie Power Plant accueille une exposition appelée Colorful Parachutes, entièrement imaginée pour les enfants et présentée jusqu’au 7 septembre 2026.

Adelina Vlas, la directrice artistique, a voulu organiser un événement qui offre une expérience qui n’est pas disponible ailleurs. Il est possible de toucher les œuvres, de se promener, de laisser aller son imagination et sa créativité grâce à des pièces créées pour les enfants : du théâtre d’ombres aux installations musicales en passant par la manipulation de textures. Dans les musées, on dit généralement aux plus jeunes de ne pas toucher. Ici c’est l’inverse : ils sont invités à le faire, met-elle en avant.

Colorful Parachutes est le fruit d’observations menées par ses commissaires, Sarah Edo et Frances Loeffler, qui se sont inspirées d’expériences du même esprit, surtout en Europe, explique la directrice artistique de la galerie, où elle pense que ce genre d’idée est dans l’air du temps, tout en regrettant de ne pas avoir pu trouver de source d’inspiration au Canada. On pense que c’est la première fois au pays qu’il y a une exposition totalement participative, avance-t-elle.

Mais, même avec la meilleure volonté du monde, un musée mobile et une exposition temporaire ne peuvent pas remplacer un bâtiment dédié. Je me suis rendue compte de ça pendant la pandémie de COVID-19, se rappelle Naomi Hamer, les gens se languissaient d’être dans un espace public partagé conçu pour les jeunes et les familles loin des écrans. La professeure ajoute que c’est la possibilité de réunir les gens dans un espace à part qui a entraîné les architectes innovants à s’intéresser souvent à la conception de musées. Pour preuve, Jean Nouvel, Frank Gehry et Zaha Hadid se sont essayés à l’exercice un peu partout à travers le monde.

Une programmation, mais pas de lieux dédiés

Mireille Mouscardy a été employée du Centre des sciences de l’Ontario pendant neuf ans. Elle se souvient encore de ses premiers jours là-bas : J’ai eu le coup de cœur quand je suis allée passer l’entrevue pour être embauchée, il y avait des tas d’enfants partout qui exploraient, qui riaient. Elle se rappelle de l’édifice comme un espace de liberté, un lieu qui inspire la joie.

Désormais rédactrice à la retraite, elle était sur place lors de l’annonce de la fermeture par le gouvernement de l’Ontario. Elle a reçu la nouvelle comme un coup de massue sur la tête : J’ai été atterrée, dit-elle, avant d’ajouter pour moi, c’était la fin du rêve.

Vue aérienne du Centre des sciences de l'Ontario à Toronto, le 27 juin 2024.

L’ancien bâtiment du Centre des sciences de l’Ontario fermé en juin 2024 était situé au le chemin Don Mills. (Photo d’archives)

Photo : Radio-Canada / Ken Townsend

À Toronto, il y a toujours des programmes pour enfants dans les bibliothèques publiques ou les centres communautaires, entre autres, mais ce n’est pas comparable, pense Naomi Hamer. Certes, il y a une programmation, il y a des activités, mais ce ne sont pas des lieux spécifiques, déplore-t-elle.

La Ville Reine souffre du manque de bâtiments entiers, conçus de A à Z pour les plus jeunes : Le centre Weston Family de l’AGO est extraordinaire, reconnaît la professeure de l’Université métropolitaine de Toronto, mais ça reste une salle séparée du reste du musée, note-t-elle.

Une remarque qui pourrait être transposée au ROM. Dans l’institution ouverte en 1914, WonderWorks est un espace ludique dédié aux enfants, mais il est lui aussi séparé des coursives dans lesquelles déambulent les visiteurs du bâtiment historique.

Le Musée royal de l’Ontario.

Le Musée royal de l’Ontario, dont une partie est en travaux jusqu’en 2027, n’a pas saisi l’occasion pour repenser certains espaces spécifiquement pour les enfants. (Photo d’archives)

Photo : Radio-Canada / Evan Mitsui

Melissa Smith est la vice-présidente adjointe à l’engagement en galerie du musée et elle met en avant que cette initiative s’inscrit dans une approche globale qui vise à rendre l’endroit plus accessible. Il y a aussi notre espace tactile sur la biodiversité et les événements, comme Le Temps des fêtes au ROM et la semaine de relâche où le public peut venir profiter en famille, donne-t-elle en exemple.

À travers cette voix positive, le musée assure également que les enfants sont au cœur des choix d’expositions, comme l’illustrent celles consacrées aux abeilles, aux requins ou aux baleines. Mais cette priorité est surtout thématique et non pas structurelle, puisque le ROM, dont une partie est en travaux jusqu’en 2027, n’a pas saisi l’occasion pour repenser certains espaces spécifiquement pour les enfants.

Quelque chose d’important

Quand un musée n’est pas conçu pour eux, les plus jeunes doivent souvent rester disciplinés. Le Centre des sciences était presque une salle de jeu où les jeunes avaient le droit d’être bruyants, ils avaient moins de contraintes sur la façon d’agir avec les objets, précise Naomi Hamer et, même sans entrer en contact avec les collections, la professeure remarque que, dans des pays comme le Japon et le Royaume-Uni, plusieurs musées destinés aux jeunes placent les œuvres à hauteur d’enfant, ce qu’on ne voit pas à Toronto ni vraiment au Canada.

Des jeunes participent à un atelier sur l'identification des minéraux.

Des jeunes s’initient à l’identification des minéraux dans le cadre d’une activité interactive à Science Nord, situé à Sudbury. (Photos d’archives)

Photo : Science Nord

Lorsqu’on a un musée avec des modules, la communication ne se fait pas seulement avec ces modules , pense Mireille Mouscardy, sinon il suffirait d’un hangar avec des objets . Selon elle, la destination du lieu est capitale : Quand on se rendait à une activité au Centre des sciences, on passait par des couloirs, des ascenseurs, on avait des points de vue qui nous conduisaient à nous dire : il y a quelque chose d’important ici, ce n’est pas seulement une salle de jeu .

Les lieux éphémères sont souvent dépourvus de la dimension grandiose qui ajoute toute sa magie à la visite : une fois qu’ActivIdée aura quitté le Harbourfront, il pourrait y avoir autre chose qui n’aurait aucun rapport avec les enfants , regrette-t-elle. Pendant ce temps, le sort du bâtiment du Centre des sciences de l’Ontario, construit par l’architecte Raymond Moriyama, est incertain.

Des coupes dans l’éducation

Sollicitée sur le sujet des infrastructures à destination des enfants, la province de l’Ontario rappelle l’existence des camps offerts à travers le ROM et l’AGO. Une porte-parole ayant répondu à Radio-Canada souligne aussi l’installation du Centre des sciences éphémère. En revanche, elle botte en touche sur l’intérêt pour le gouvernement de développer des infrastructures dédiées.

Dessin du nouveau musée des sciences au bord du lac Ontario, avec la Tour CN en arrière-plan.

Le gouvernement provincial veut construire un nouveau centre des sciences à la Place de l’Ontario près du lac Ontario à Toronto. (Photo d’archives)

Photo : Gouvernement de l'Ontario

Élargir l’accès à l’éducation aux sciences ne semble pas être une priorité pour le gouvernement. Selon CBC, les coupes financières annoncées depuis plusieurs semaines au TDSB, le Conseil scolaire public de langue anglaise actuellement sous tutelle de la province, auront pour conséquence la fermeture de divers programmes en extérieur, parmi lesquels l’Island Natural Science School, sur les îles de Toronto. Les possibilités pour impliquer les jeunes dans ce type d’activités s’amenuisent.

La province a promis la construction d’un nouveau Centre des sciences pour 2029 à l’endroit d’un autre espace retiré au public, la place de l’Ontario. Pour le moment, le bâtiment en est à l’état de projet.

Entre résignation et espoir

Pour voir ce qu’il y a de mieux dans le domaine à travers le monde, Naomi Hamer invite Toronto à se tourner son regard vers l’Europe et l’Asie. Le Young Vic & Albert Museum de Londres et le Hyundai Museum of Kids’ Books & Art en Corée du Sud sont à la pointe aujourd’hui, selon la professeure. Dans le premier, des enfants ont même été associés comme cocommissaires et codesigners des espaces.

Si j’étais aujourd’hui une grand-mère ou la bonne tante, je me demanderais ce que je pourrais faire avec mes petits bouts de chou, regrette Mireille Mouscardy, déplorant le manque d’options spécifiques pour les familles.

Melissa Smith, elle, choisit l’espoir. Ça fait 20 ans que je suis dans les musées et pendant très longtemps, il était surtout question de l’engagement des adultes alors qu’aujourd’hui, elle sent qu’elle peut mettre l’accent sur les familles et les enfants.

Quant à la galerie Power Plant, les équipes aimeraient offrir d’autres activités sur le modèle de Colorful Parachutes. On veut faire de la place et créer des espaces pour l’expérience dans le futur, assure Adelina Vlas, car, ça sonne un peu cliché, mais on doit penser à ça en tant qu’institution : les enfants sont nos visiteurs adultes de demain.

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