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Le principal problème avec l’intelligence artificielle (IA) est que les Canadiens ne la comprennent pas, présente le gouvernement fédéral dans une nouvelle stratégie dévoilée jeudi qui propose notamment l’accès aux étudiants à des « agents d’IA fiables ».
« Globalement, le Canada se situe parmi les derniers pays en matière d’enseignement, de littératie et de confiance envers l’IA », a déploré le premier ministre Mark Carney, à partir de Toronto, au moment de dévoiler le plan qui tient sur une cinquantaine de pages.
Le chef libéral a nommé l’an dernier un tout premier ministre de l’Intelligence artificielle, en la personne de l’ex-journaliste Evan Solomon. Ce dernier a repoussé le dévoilement de sa stratégie après avoir utilisé l’IA pour résumer les consultations publiques sur l’IA, dont il a exagéré la popularité.
Le document finalement présenté reste avare de détails sur la manière dont les Canadiens seront protégés des dérives de l’IA, même s’il s’agit du tout premier « pilier » de la stratégie. Tout au plus évoque-t-on de futures lois déjà promises sur la protection de la vie privée et sur la sécurité en ligne.
Le gouvernement se concentre bien davantage sur l’idée de fournir l’IA aux jeunes, selon le postulat jamais expliqué que cette technologie va créer davantage d’emplois qu’elle ne va en supprimer. Ottawa rêve de 250 000 emplois créés par une adoption massive de l’IA d’Ici 2031.
Le Canada annonce du même coup qu’il collaborera avec divers « partenaires de confiance » pour harmoniser les normes et investir conjointement. Les États-Unis font partie de ces bons joueurs, a confirmé un haut responsable jeudi, contredisant nombre de participants à la consultation publique.
Le président de ce pays, le milliardaire Donald Trump, 79 ans, a déjà utilisé l’intelligence artificielle pour créer de l’art numérique le représentant en train d’envahir le Canada. Il a fait allusion pas plus tard que cette semaine au projet de faire du Canada un « 51e État ».
L’IA à l’école
Parmi les rares mesures concrètes dévoilées jeudi se trouve l’idée d’offrir à « tous les Canadiens et Canadiennes » accès à des formations gratuites en « littératie de l’IA ». Le Canada compte plus de 41 millions d’habitants.
Même les enseignants de la maternelle sont spécifiquement visés parmi les éducateurs et étudiants auprès de qui le gouvernement veut faire mousser l’utilisation de cette technologie. On promet aussi de « veiller à ce que tous les étudiants du postsecondaire aient accès à des agents d’IA fiables ».
Les fonctionnaires n’ont pas été en mesure de préciser jeudi si ce projet consiste à fournir des abonnements payants à des entreprises américaines comme celles derrière les modèles ChatGPT, d’OpenAI, ou encore Claude, d’Anthropic.
L’idée est de « renforcer la compréhension et l’accès » à l’IA, afin que les travailleurs soient en mesure d’ « orienter l’usage de l’IA au Canada et saisir les possibilités qu’elle offre ». On souhaite faire bondir l’adoption de cette technologie par les entreprises de 12 % à 60 % d’ici à 2034.
Souveraineté technologique
Le premier ministre Mark Carney a établi, dans son discours de jeudi, que le pays « doit prendre une approche positive, pragmatique et prudente » pour adopter l’IA.
Evan Solomon, dont le titre complet est ministre de l’Intelligence artificielle et de l’Innovation numérique, écrit en introduction de sa stratégie que « pour comprendre pleinement le potentiel de l’IA canadienne, il faut voir comment elle améliore déjà concrètement la vie des gens ».
Ces « améliorations » sont sensiblement nuancées dans ce même document. Les lecteurs qui persévéreront jusqu’à la page 15 pourront lire que « les hypertrucages sont déjà utilisés comme forme de violence sexuelle, en particulier contre les femmes et les enfants, et peuvent amplifier la désinformation en période électorale, créant de réels risques pour l’intégrité démocratique. Les biais intégrés aux algorithmes peuvent également causer des préjudices aux communautés vulnérables ».
Mark Carney a lui-même ajouté que « la vie privée des Canadiens est menacée », après avoir cité le pape Léon XIV, un détracteur de l’IA selon qui cette technologie crée de « nouvelles formes d’esclavage ».
Bâtir des centres de données
Qu’à cela ne tienne, son gouvernement rêve de retrouver l’IA un peu partout dans le futur, allant par exemple jusqu’à fournir 200 millions de dollars pour deux programmes de gestion des données du secteur de la santé.
Ottawa promet d’aider à bâtir des centres de données et veut lui-même construire « un superordinateur public de calibre mondial » destiné aux chercheurs.
Si le Canada n’embrasse pas tout de suite l’IA avec enthousiasme, le premier ministre Mark Carney ne donne pas cher de notre peau, technologiquement parlant. « Ça crée le risque que des entités étrangères accèdent à nos données, ou déploient des produits d’IA qui changeront nos vies sans refléter nos valeurs. »
Le gouvernement Carney promet de faire de la place au français dans les systèmes d’IA, comme ceux qui seront offerts à ses fonctionnaires.
La stratégie élabore aussi certains grands principes, comme de partager les bénéfices de l’IA avec le plus grand nombre, avec un soin particulier à inclure les femmes et les minorités. Le premier ministre promet que l’IA ira jusqu’à protéger les langues et les connaissances autochtones.
Plus de détails suivront.


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