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On pensait que Paris était traversé par la Seine : les règles de l’hydrographie désignent un autre fleuve

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À Montereau-Fault-Yonne, deux cours d’eau se rencontrent, et le plus puissant des deux n’est pas celui qu’on croit. Juste avant leur confluence, l’Yonne affiche un débit moyen de 95,2 m³/s, contre seulement 65,4 m³/s pour la Seine. Selon la règle hydrologique classique, ce serait donc la Seine qui se jette dans l’Yonne, et non l’inverse. De quoi bousculer une certitude vieille comme Paris.

Le fleuve qui traverse Paris ne porte pas le bon nom

Quand on évoque Paris, une image s’impose aussitôt : la Seine qui serpente sous les ponts, longe le Louvre et enlace l’île de la Cité. Ce fleuve fait partie de l’identité même de la capitale. Pourtant, à y regarder de plus près, l’évidence se fissure.

Car en amont de Paris, la Seine reçoit un affluent de taille : l’Yonne. Cette rivière prend sa source dans le massif du Morvan et constitue le principal affluent gauche de la Seine. Sur le papier, elle se jette donc dans le fleuve parisien.

Sauf que les chiffres racontent une autre histoire. À leur point de rencontre, l’Yonne charrie davantage d’eau que la Seine. Si l’on appliquait à la lettre les règles de l’hydrographie, le cours d’eau qui traverse la capitale devrait porter un tout autre nom.

La règle du débit qui rebat les cartes à Montereau

Tout se joue à Montereau-Fault-Yonne, en Seine-et-Marne, là où les deux rivières fusionnent. En hydrologie, il existe un principe simple pour nommer le cours d’eau en aval d’une confluence : c’est celui qui affiche le plus fort débit qui devrait imposer son nom.

Or les mesures sont sans appel. Juste avant le confluent, l’Yonne présente un débit moyen de 95,2 m³/s à Courlon-sur-Yonne. De son côté, la Seine plafonne à 65,4 m³/s à Bazoches-lès-Bray. L’écart est net, et il penche clairement en faveur de l’Yonne.

Suivant cette logique, ce n’est pas l’Yonne qui se jette dans la Seine, mais bien l’inverse. La Seine ne serait alors qu’un affluent, et c’est le nom de l’Yonne qui devrait couler jusqu’à Paris, puis jusqu’à la mer. Un renversement de perspective aussi discret que troublant.

Quand la longueur et le bassin versant s’en mêlent

Le débit n’est pourtant pas le seul critère à entrer en jeu. Un autre argument vient nuancer ce beau raisonnement : la longueur du parcours depuis la source. Et sur ce terrain, la Seine reprend l’avantage.

Selon les données du SANDRE, la Seine a parcouru environ 305 km avant d’atteindre la confluence, contre 292 km pour l’Yonne. Un écart d’une petite dizaine de kilomètres, mais suffisant pour brouiller les cartes. La règle du débit et celle de la longueur ne désignent donc pas le même vainqueur.

Quant à l’Yonne, elle jaillit du massif du Morvan, au pied du mont Prénelay, près de Château-Chinon dans la Nièvre.

Pourquoi la Seine gardera malgré tout son nom

Alors, faut-il rebaptiser le fleuve de la capitale ? Dans les faits, personne n’y songe sérieusement. Les noms des cours d’eau relèvent d’une longue tradition historique, bien plus que d’un calcul de débit. Et l’usage, ici, l’emporte largement sur la théorie.

Il faut dire que la confluence de Montereau n’a rien d’anodin. Ce site est occupé par l’homme depuis plus de 6 000 ans.

L’Yonne, elle, n’a rien d’un cours d’eau anecdotique. Par son orientation et sa puissance, elle a joué un rôle majeur dans l’approvisionnement de Paris, du Moyen Âge jusqu’à l’arrivée du chemin de fer. Elle a permis le flottage du bois de chauffage depuis le Morvan et acheminé les vins de Basse-Bourgogne vers la capitale.

Sur le plan strictement hydrologique, l’Yonne aurait donc de solides arguments pour donner son nom au fleuve parisien. Mais l’histoire, la culture et six millénaires d’habitudes en ont décidé autrement. La prochaine fois que vous longerez les quais de Paris, souvenez-vous que sous cette eau si familière coule un petit paradoxe géographique. Et vous, entre le débit et la tradition, quel critère auriez-vous choisi pour trancher ?

Brice L.

Rédigé par Brice L.

Brice est un journaliste passionné de sciences. Il collabore avec Sciencepost depuis plus d'une décennie, partageant avec vous les nouvelles découvertes et les dossiers les plus intéressants.

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