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On pensait que la guerre de Cent Ans s’était achevée par un traité : les combats ont juste cessé en 1453 et personne n’a rien signé

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On imagine souvent les grands conflits de l’Histoire se refermer comme un livre : une dernière bataille, une table de négociation, une plume qui grince sur un parchemin, et voilà, la paix est scellée. C’est en tout cas ce que l’on retient des cours d’école sur la guerre de Cent Ans. Pourtant, la réalité est bien plus étrange et, avouons-le, nettement moins élégante. Cette guerre qui a déchiré la France et l’Angleterre pendant plus d’un siècle ne s’est jamais terminée par un traité de paix. Les armes se sont simplement tues, un jour de l’été 1453, sans qu’aucun roi ne pose sa signature au bas d’un quelconque document. Un vide juridique aussi discret que fascinant, qui en dit long sur la manière dont l’Histoire officielle simplifie parfois des réalités bien plus confuses.

1453, l’année où une guerre s’éteint sans un mot officiel

Le nom même de guerre de Cent Ans est trompeur. Ce conflit qui oppose la France et l’Angleterre a en réalité duré cent seize années, de 1337 à 1453, entrecoupées de trêves parfois longues de plusieurs décennies. D’ailleurs, ce n’est même pas ainsi qu’on l’appelait à l’époque : c’est seulement au XIXe siècle que les historiens ont forgé cette appellation, bien pratique pour désigner un conflit aussi long que morcelé. À l’origine de cette guerre, un problème de succession tout bête, en apparence : en 1328, la lignée directe des Capétiens s’éteint, et la couronne échoit à Philippe VI de Valois plutôt qu’à Édouard III d’Angleterre, qui pourtant pouvait légitimement y prétendre par sa mère. Ce désaccord dynastique va embraser deux royaumes pendant plus d’un siècle.

Entre-temps, le conflit connaît des rebondissements spectaculaires. En 1420, le traité de Troyes fait d’Henri V d’Angleterre l’héritier officiel du trône de France, déshéritant au passage le futur Charles VII. Puis surgit une jeune paysanne lorraine, Jeanne d’Arc, dont l’intervention permet le sacre de Charles VII à Reims en 1429 et relance durablement la reconquête française. Mais si l’on connaît bien ces épisodes, on oublie souvent que la fin de cette guerre ne ressemble en rien à son commencement, riche en traités et en actes solennels.

Castillon, la bataille qui met fin aux combats sans mettre fin à la guerre

Le 17 juillet 1453, en Guyenne, se joue la dernière grande bataille de ce conflit interminable. À Castillon, les troupes françaises commandées par Jean Bureau écrasent l’armée anglaise dirigée par John Talbot, qui trouve la mort sur le champ de bataille. Cette victoire scelle la reconquête du sud-ouest de la France et marque, dans les faits, la fin des combats. Privés de leur allié bourguignon depuis le traité d’Arras de 1435, les Anglais avaient déjà perdu Paris en 1436, puis la Normandie en 1449. Castillon achève cette série de revers en leur arrachant la Guyenne, dernier grand territoire qu’ils contrôlaient sur le continent.

Mais voilà le paradoxe : cette bataille met un terme aux hostilités sans que personne ne décide officiellement d’arrêter la guerre. Il n’y a pas de reddition solennelle, pas de cessez-le-feu proclamé, pas de cérémonie marquant la fin du conflit. Les combats s’arrêtent tout simplement parce que l’un des deux camps n’a plus les moyens de continuer.

Pourquoi aucun roi n’a jamais signé la paix

Cette absence de traité n’est pas un oubli administratif, mais le résultat d’une situation politique bloquée. Reconnaître officiellement la défaite reviendrait, pour la couronne d’Angleterre, à renoncer explicitement à ses prétentions sur le trône de France, un geste politiquement inacceptable à l’époque. De leur côté, les Français, occupés à consolider leur reconquête, n’ont ni l’urgence ni l’intérêt diplomatique de forcer la signature d’un accord. Résultat : la guerre s’éteint faute de combattants, mais elle ne meurt jamais officiellement sur le papier.

L’Angleterre s’accroche à Calais : une guerre qui continue sur le papier

Un détail illustre parfaitement cette étrange continuité : la ville de Calais reste anglaise jusqu’en 1558, soit plus d’un siècle après Castillon. Ce territoire isolé, dernier vestige de la présence anglaise sur le sol français, symbolise à lui seul l’absence de règlement définitif. Il faudra attendre la paix de Picquigny, en 1475, pour qu’un premier accord formel vienne apaiser les tensions, sans pour autant constituer un véritable traité de paix mettant fin au conflit originel.

Ce vide juridique qui a duré des décennies

Le plus stupéfiant reste sans doute la durée de ce flou institutionnel. Les rois d’Angleterre conservent le titre de roi de France dans leur titulature royale pendant encore 360 ans, jusqu’en 1801, date à laquelle George III l’abandonne enfin lors de la création du Royaume-Uni. Autrement dit, sur le plan strictement juridique, la France et l’Angleterre n’ont techniquement jamais signé la paix qui mettrait un terme à cette querelle dynastique. Ce conflit a par ailleurs laissé des traces démographiques considérables : la population française passe de 17 millions à 10 millions d’habitants durant cette période, une saignée comparable à celle provoquée par la Seconde Guerre mondiale.

Une guerre de Cent Ans qui n’a jamais officiellement pris fin

Voilà donc l’un des paradoxes les plus curieux de notre Histoire commune avec les Anglais : une guerre dont on célèbre la fin en 1453, alors qu’elle n’a jamais été officiellement close par un document diplomatique. Les combats se sont arrêtés d’eux-mêmes, faute de moyens et de volonté politique, laissant derrière eux un vide juridique comblé peu à peu par le temps plutôt que par la diplomatie. Une manière de nous rappeler que l’Histoire, contrairement aux récits qu’on nous en fait, ne se referme pas toujours aussi proprement qu’on aimerait le croire.

Brice L.

Rédigé par Brice L.

Brice est un journaliste passionné de sciences. Il collabore avec Sciencepost depuis plus d'une décennie, partageant avec vous les nouvelles découvertes et les dossiers les plus intéressants.

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