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La France a utilisé le napalm en Indochine dès 1950, puis en Tunisie en 1961 — et l’a nié officiellement pendant des décennies. Les archives militaires et une question au Sénat en 2018 ont confirmé ce que l’État avait longtemps tu.
Ce que vous allez apprendre
- Comment la France a utilisé le napalm en Indochine avant même les Américains au Vietnam
- Pourquoi l’État français a nié pendant des décennies l’usage de ces armes incendiaires
- Ce que les archives révèlent sur l’étendue réelle de ces pratiques en Indochine et au-delà
Le napalm français — avant celui des Américains au Vietnam
Le napalm est gravé dans la mémoire collective comme une arme américaine — celle des hélicoptères au Vietnam, de la photo de la petite fille en fuite sur la route, du documentaire sur l’opération Ranch Hand. Ce que l’histoire officielle française préfère taire : la France a utilisé cette même arme incendiaire en Indochine dès 1950, onze ans avant les premiers épandages américains.
Les archives militaires sont formelles. Le napalm est utilisé pour la première fois de façon documentée par l’armée française à la bataille de Pho Lu en février 1950, puis à la bataille de Vinh Yen en janvier 1951. Il réapparaît à la bataille de la Rivière noire entre décembre 1951 et janvier 1952, et à Dien Bien Phu dès novembre 1953. C’est une question au Sénat du sénateur Pierre Laurent en 2018 qui a permis d’établir publiquement cette liste — à partir des archives régimentaires françaises.
Un mensonge d’État répété sous plusieurs Républiques
La France connaissait parfaitement cette arme — et ses effets sur les civils. Elle en connaissait aussi les implications juridiques : elle était signataire des conventions de Genève qui en limitaient l’usage. La réponse de l’État a été le déni systématique.
En Indochine d’abord, les autorités ne communiquent pas sur l’usage du napalm. Puis en Tunisie, le 22 juillet 1961 — cinq ans après l’indépendance — des combats opposent les forces françaises maintenues à la base de Bizerte à des soldats et civils tunisiens. Un usage de napalm en zone urbanisée est attesté ce jour-là. Là encore, silence officiel.
C’est sous la Ve République que le mensonge devient le plus assumé. En 1957, en pleine guerre d’Algérie, le ministre résident Robert Lacoste déclare sans ciller : « Napalm rigoureusement proscrit et jamais employé opération militaire. » Selon l’historienne Raphaëlle Branche, spécialiste de la guerre d’Algérie aux archives militaires, cette phrase est un mensonge clairement documenté — les archives régimentaires en témoignent, y compris pour les opérations Aloès en décembre 1954, Véronique en janvier 1955, et tout au long du plan Challe entre 1959 et 1961.
Ce que les archives révèlent au-delà du napalm
Le napalm n’était pas la seule arme chimique utilisée par la France en contradiction avec ses engagements internationaux. Lors de la guerre du Rif (1921-1926), un atelier de fabrication d’obus chimiques avait été installé avec l’aide de spécialistes français à Melilla, au bénéfice de l’armée espagnole. Lors de la guerre d’Algérie, le gaz sarin a fait l’objet d’essais sur le terrain à la base B2-Namous — et ces essais se sont poursuivis bien au-delà de l’indépendance algérienne de 1962.
En 2018, le ministre de l’Europe et des Affaires étrangères déclare que « la France a toujours été à la pointe du combat contre les armes chimiques, depuis la bataille d’Ypres en 1915. » La même semaine, le sénateur Pierre Laurent dépose une question écrite détaillant, archives à l’appui, la liste des contradictions entre ce discours officiel et les faits documentés.
Un déni qui dure encore
Aucun de ces usages n’a donné lieu à une reconnaissance officielle de l’État français. Aucune indemnisation n’a été accordée aux victimes civiles indochinoises, tunisiennes ou algériennes exposées au napalm ou aux produits chimiques utilisés par l’armée française. La France continue de se présenter sur la scène internationale comme un promoteur du désarmement chimique — sans avoir jamais rendu compte publiquement de ces épisodes documentés dans ses propres archives militaires.
Sources : Question écrite au Sénat, Pierre Laurent, 2018 — Raphaëlle Branche, Orient XXI, 2022 — Wikipedia Agent orange — Cairn.info, Histoire & Mesure, 2007


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