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On pensait le cratère de Runit scellé sous son dôme de béton : son fond n’a jamais reçu la moindre couche d’étanchéité

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Le dôme de Runit devait sceller pour de bon les déchets radioactifs de l’atoll d’Enewetak. En réalité, le fond du cratère qu’il recouvre n’a jamais reçu la moindre couche d’étanchéité. Une lacune connue depuis longtemps des experts, mais qui refait surface à mesure que les fissures du béton s’élargissent et que l’océan Pacifique monte.

À retenir

  • Le fond du cratère n’a jamais reçu de protection : une décision des années 1970 qui revient hanter les experts
  • Les eaux souterraines radioactives « montent et descendent avec la marée » depuis le premier jour
  • Le dôme ne contient que 0,8 % des déchets transuraniens de l’atoll : la contamination s’étend bien au-delà

Sommaire

  1. Un chantier bâclé dans l’urgence de la guerre froide
  2. Un fond de cratère resté volontairement poreux
  3. Ce que révèle vraiment le rapport du DOE de 2020
  4. Entre relativisation scientifique et inquiétude locale

Un chantier bâclé dans l’urgence de la guerre froide

Tout commence en 1958, lorsque l’armée américaine fait détoner sur l’île de Runit un engin nucléaire de 18 kilotonnes, l’essai « Cactus ». Le cratère laissé par l’explosion, large de plus de neuf mètres de profondeur, va devenir des décennies plus tard le réceptacle de tout ce que les essais nucléaires américains ont laissé de plus toxique sur l’atoll d’Enewetak. Entre 1977 et 1980, quatre mille militaires américains rassemblent des terres et débris contaminés provenant de plusieurs îles de l’atoll pour les déverser dans ce trou, avant de le coiffer d’une chape de béton. La zone de confinement fut scellée par un dôme de béton mesurant 115 mètres de large et 45 centimètres d’épaisseur, construit entre 1977 et 1980.

Le résultat impressionne sur les photos aériennes, mais il ne règle qu’une infime partie du problème. Le dôme ne contient qu’un pour cent du plutonium total déversé sur l’atoll, les 99 % restants demeurant dans les sédiments du lagon d’Enewetak. Ce chiffre, révélé bien après la fin des travaux, change la perspective : le « couvercle » médiatique cache un problème de contamination bien plus vaste, disséminé tout autour.

Un fond de cratère resté volontairement poreux

Le détail qui inquiète aujourd’hui remonte pourtant aux choix techniques des années 1970. Le fond poreux du cratère n’a pas été recouvert de béton par souci d’économie et laisse donc entrer l’eau de mer. la dalle qui protège la surface n’a jamais eu d’équivalent sous les déchets. Depuis sa construction, les eaux souterraines ont pénétré ce cratère non étanchéifié, sous lequel repose un lit de sédiments coralliens poreux.

Le mécanisme est simple, presque banal si le contenu n’était pas radioactif : la marée fait respirer le sol corallien, et cette respiration transporte des radionucléides. Le rapport du Département de l’Énergie reconnaît lui-même que les eaux souterraines radioactives sous la structure « montent et descendent avec la marée », rejetant des contaminants dans le lagon. Ce n’est donc pas une fuite accidentelle liée à l’usure, mais un défaut de conception présent depuis le premier jour.

Ce que révèle vraiment le rapport du DOE de 2020

Face aux inquiétudes croissantes, le Congrès américain a exigé du Department of Energy un état des lieux complet, exigence inscrite dans la loi budgétaire de la défense pour l’année fiscale 2020. Le Congrès a ordonné une enquête sur le dôme, apparemment fissuré et en train de se remplir d’eau de mer, donnant six mois au DOE pour rendre son rapport. Le document, publié en juin 2020, confirme l’existence de fissures visibles en surface tout en minimisant leur gravité immédiate.

Le rapport pointe aussi un chiffre resté longtemps méconnu du grand public : l’opération de nettoyage des années 1970 n’a rassemblé sous le dôme qu’environ 0,8 % des déchets transuraniens de l’atoll. Autant dire que Runit n’est que la partie visible, minuscule, d’une contamination bien plus étendue qui s’étend sur plusieurs îles voisines.

Entre relativisation scientifique et inquiétude locale

Faut-il pour autant crier au désastre imminent ? Les scientifiques spécialisés en radioactivité marine se montrent plus mesurés que les gros titres. Ken Buesseler, chercheur à la Woods Hole Oceanographic Institution, résume la situation sans détour : « Nous savons depuis des années que le dôme fuit », rappelant que le phénomène n’a rien de nouveau. Pour lui, ces fuites restent aujourd’hui d’ampleur limitée face à la contamination déjà présente dans le lagon depuis des décennies d’essais nucléaires.

D’autres experts se montrent moins rassurés, en particulier face au changement climatique. La chimiste Ivana Nikolic-Hughes, de l’université Columbia, alerte sur la conjonction de plusieurs facteurs de risque : « Étant donné que le niveau de la mer monte et que les tempêtes semblent s’intensifier, nous craignons que l’intégrité du dôme ne soit menacée », note-t-elle, ajoutant que les habitants vivent « à environ 20 miles » du site et utilisent le lagon. Une étude menée en 2024 par le laboratoire national Pacific Northwest, rattaché au DOE, s’est justement penchée sur cette question précise : les submersions marines et la montée progressive du niveau de la mer pourraient accélérer les dégradations du site de Runit Dome.

Sur le terrain, le constat est plus terre-à-terre. Jack Niedenthal, ancien secrétaire à la santé des Marshall, résume la frustration locale : « En dehors de le recouvrir de ciment et de faire des études, ils n’ont pas vraiment fait grand-chose pour le renforcer ou le réparer », déplore-t-il, s’inquiétant qu’avec la montée des eaux, « tout ne soit plus qu’à quelques dizaines de centimètres au-dessus de l’eau à marée haute ». Un dôme censé être temporaire, resté en place près de cinquante ans sans réfection majeure du fond qui, lui, n’a jamais été isolé de l’océan qu’il devait justement tenir à distance.

Sources : gameblog.fr | marshallislands.llnl.gov

L'équipe Sciencepost

Rédigé par L'équipe Sciencepost

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