La tombe de la Dame de Vix n’était pas vide en 1953. Elle ne l’est toujours pas. Quand l’Inrap a rouvert la fosse en 2019, les archéologues y ont retrouvé près de 2 000 fragments passés entre les mains des premiers fouilleurs, dont une parure en roche noire que les chercheurs rattachent au Dorset, sur la côte sud de l’Angleterre.
Soixante-six ans de silence, puis un tamis.
À retenir
- Près de 2 000 fragments archéologiques ont été découverts en 2019 dans la terre remise en place mais jamais tamisée en 1953
- Des éléments de parure en schiste proviennent du Dorset en Angleterre, révélant des contacts transcanal vers 500 avant J.-C.
- Le cratère de bronze a été complété par des pièces retrouvées, notamment le bas de pattes de quadrige manquant à sa frise guerrière
Sommaire
Une terre remise en place, jamais tamisée
Janvier 1953, Vix (Côte-d’Or), au pied du mont Lassois. René Joffroy et Maurice Moisson dégagent dans le froid la sépulture d’une femme couchée sur la caisse d’un char, parée d’un torque en or de 480 grammes. Le cratère de bronze qui l’accompagne mesure 1,64 m, pèse 208 kg et contient 1 100 litres.
La suite de l’histoire a été souvent racontée de travers. La terre n’a pas été abandonnée en tas sur le côté : Joffroy l’a presque entièrement remise dans l’excavation, ce qui a, par chance, préservé le contexte. Mais personne ne l’a tamisée, et c’est là que tout s’est joué. Bastien Dubuis, responsable scientifique de la fouille de 2019, suppose même que la pompe utilisée à l’époque pour évacuer l’eau a aspiré des objets minuscules, retrouvés ensuite dans ces remblais.
Personne n’avait passé cette terre au crible.
Près de 2 000 fragments, un cratère complété
De août à novembre 2019, l’Inrap fouille donc la fouille, en partenariat avec le laboratoire ARTEHIS (CNRS et université de Bourgogne), dont Bruno Chaume dirige les recherches sur le site depuis 2002. Les remblais sont collectés dans des big bags, puis passés au tamis. Bastien Dubuis raconte avoir été surpris par la quantité : presque 2 000 fragments inédits, mais peu d’objets entiers, hormis quelques fibules.
Le butin ne se résume pas à des miettes. On a retrouvé le bas de pattes de quadrige qui manquait à la frise guerrière du cratère, dès les premiers jours de décapage. Le bout d’un doigt de la figure féminine du couvercle suggère que sa main indiquait une direction, au lieu de tenir un objet comme on le croyait. Des fragments d’un grand bassin étrusque et des fibules ornées de corail, oubliées en 1953, complètent le tableau. Le nombre de fibules connues a ainsi doublé.
Ces pièces sont aujourd’hui présentées en vitrine au musée du Pays Châtillonnais, à Châtillon-sur-Seine. Le musée a demandé aux Monuments historiques l’autorisation de réintégrer certains éléments au cratère lui-même.
La roche noire venue du Dorset
Parmi les fragments figurent des éléments de parure en roche noire. La tombe en contenait déjà : des bracelets en lignite ou schiste noir, signalés dès les premières descriptions. Les nouveaux morceaux ont relancé la question de leur provenance, et l’entretien accordé par Bastien Dubuis à l’Inrap évoque justement ces parures en roche noire parmi les pistes d’origine à explorer.
Le Dorset entre en scène à ce moment. Selon l’identification rapportée pour ces fragments, la matière viendrait du sud de l’Angleterre, vraisemblablement du schiste de Kimmeridge. Ce n’est pas une hypothèse en l’air : les registres patrimoniaux du comté documentent à Kimmeridge des ateliers de bracelets en schiste remontant à l’âge du Fer.
La nature exacte du matériau et de l’objet reste à confirmer par les publications scientifiques.
La piste a de quoi intriguer, car un bracelet de schiste du Dorset ne se ramasse pas au pied du mont Lassois. Il faut traverser la Manche, puis des centaines de kilomètres de terres et de cours d’eau. Un matériau de ce genre a aussi été signalé dans la tombe princière de Lavau (Aube), un brassard en lignite au bras gauche du défunt, ce qui laisse penser à un goût partagé par les élites de la région vers 500 avant J.-C.
Pour Bastien Dubuis, la proximité chronologique et géographique de Vix et de Lavau invite à croiser les analyses, y compris celles de l’argent utilisé dans les deux tombes. Les premiers résultats de cette étude ont déjà conduit à réviser la datation de la sépulture de la Dame de Vix.
Sources : christaldesaintmarc.com | artehis-cnrs.academia.edu


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