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On pensait la France et le Royaume-Uni simplement alliés en 1940 : Churchill avait approuvé leur fusion en un seul pays

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L’histoire retient souvent les grandes alliances militaires, les traités signés dans la solennité et les poignées de main entre chefs d’État. Mais elle oublie parfois les projets fous, ceux qui auraient pu bouleverser la carte de l’Europe si un simple vote avait basculé dans l’autre sens. Au cœur de l’été 1940, alors que les chars allemands déferlaient sur le nord de la France et que la défaite semblait inévitable, un projet stupéfiant a bien failli voir le jour : la fusion pure et simple du Royaume-Uni et de la France en un seul pays. Une citoyenneté commune, une souveraineté partagée, un destin unique. Winston Churchill l’avait approuvé. Paris, lui, a dit non. Retour sur un épisode méconnu où deux nations millénaires ont frôlé le mariage.

Juin 1940 : deux pays au bord de la fusion

Nous sommes le 16 juin 1940. L’armée allemande avance inexorablement et la chute de la France n’est plus qu’une question de jours. C’est dans ce climat de panique qu’un projet d’union totale entre le Royaume-Uni et la France est soumis au gouvernement français. Sur le papier, l’idée est vertigineuse : une citoyenneté commune et une co-souveraineté entre les deux États. Autrement dit, un Français et un Britannique auraient désormais appartenu à la même entité politique.

Élaboré à Londres par Jean Monnet et Winston Churchill, ce projet baptisé Union franco-britannique n’avait rien d’une lubie diplomatique. Derrière la manœuvre se cachait une crainte bien concrète du côté britannique : voir la puissante flotte française tomber entre les mains des Allemands. En liant les deux nations par un destin commun, Londres espérait éviter ce scénario catastrophe et maintenir la France dans la guerre.

Mille ans de rivalité avant le rapprochement inattendu

Pour mesurer à quel point ce projet tenait du renversement historique, il faut prendre un peu de recul. La France et l’Angleterre partagent une histoire tumultueuse depuis plus de mille ans. Tout commence en 1066, lorsque Guillaume le Conquérant, duc de Normandie, remporte la fameuse bataille de Hastings et impose sa marque sur l’Angleterre. L’empreinte est si profonde qu’aujourd’hui encore, on estime qu’environ 45 % des mots anglais dériveraient du français. Et pourtant, malgré cette proximité linguistique, les deux nations sont restées farouchement distinctes.

La liste des affrontements est longue : la guerre de Cent Ans, qui dura en réalité 116 ans et s’acheva en 1453, les rivalités coloniales dans le Nouveau Monde, le soutien français aux insurgés américains lors de la guerre d’Indépendance, ou encore les ambitions napoléoniennes que la Grande-Bretagne contribua largement à briser. Il aura fallu attendre le début du XXe siècle pour que les deux ennemis héréditaires se retrouvent enfin dans le même camp, combattant côte à côte durant la Première Guerre mondiale. Le terreau du rapprochement était planté.

Jean Monnet et le rêve des « États-Unis d’Europe »

Au centre de cette idée audacieuse se trouve un homme : Jean Monnet, celui que l’on considère aujourd’hui comme l’un des pères de la construction européenne. Dès décembre 1939, à la tête de l’Anglo-French Coordinating Committee, il propose une première fois l’unification des deux pays. Convaincu de la nécessité de créer un organisme intergouvernemental fusionné entre l’Angleterre et la France, il rêve d’une entité inspirée du modèle américain, une sorte d’« États-Unis d’Europe ».

Le projet séduit du beau monde. Churchill, le cabinet britannique, le Premier ministre français Paul Reynaud et même Charles de Gaulle y voient un intérêt. Neville Chamberlain lui-même se montre favorable. Pourtant, la première réaction du général de Gaulle ne manque pas de sel. Ironique, il lance à Monnet : « Monsieur Monnet, voulez-vous marier le président Lebrun au roi George VI ? ». Mais très vite, il comprend la portée symbolique de la chose : une telle annonce pourrait redonner de l’espoir aux troupes et remonter un moral en berne.

Churchill dit oui, Paris dit non : l’union qui n’a jamais vu le jour

Le matin du 16 juin, tout s’accélère. Churchill, de Gaulle, Monnet, Pleven, Morton et Corbin, l’ambassadeur de France à Londres, s’accordent sur les principes régissant l’union à soumettre au gouvernement français. Le cabinet britannique valide le projet. De Gaulle, alors sous-secrétaire d’État, en informe par téléphone son chef à Bordeaux. Tout semble sur le point de basculer.

Mais le gouvernement français refuse. Le même soir, de Gaulle regagne Bordeaux en avion et, pendant qu’il survole la France, Paul Reynaud démissionne. Philippe Pétain le remplace aussitôt et entame des négociations d’armistice, qui sera signé le 22 juin 1940. Le projet d’union est enterré définitivement. Des années plus tard, en avril 1945, un député demandera à Churchill si la proposition était toujours d’actualité. La réponse fusera, lapidaire : « No, Sir ». Ce n’est qu’en 2007 que la BBC révélera largement cet épisode au grand public, provoquant la stupeur de nombreux historiens, même si plusieurs publications l’avaient déjà évoqué auparavant.

Difficile de ne pas rêver un instant à ce que serait devenu ce pays hybride, mi-français mi-britannique, si le cabinet de Bordeaux avait dit oui. L’Europe aurait-elle pris un tout autre visage ? Une chose est sûre : l’idée d’unir les nations plutôt que de les opposer n’a pas disparu avec le refus de 1940. Jean Monnet, lui, a poursuivi son rêve, et l’on connaît la suite avec la construction européenne. Et vous, auriez-vous voté pour ou contre ce mariage improbable entre deux ennemis de mille ans ?

Brice L.

Rédigé par Brice L.

Brice est un journaliste passionné de sciences. Il collabore avec Sciencepost depuis plus d'une décennie, partageant avec vous les nouvelles découvertes et les dossiers les plus intéressants.

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