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On pensait l’émail dentaire impossible à régénérer : des chercheurs viennent d’y parvenir avec un ingrédient que personne n’aurait mis en bouche

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L’émail dentaire est le tissu le plus dur du corps humain. Plus dur que l’os. Et pourtant, c’est le seul qui ne se répare jamais tout seul. Une carie, une érosion acide, un brossage trop vigoureux pendant des années : les dommages s’accumulent sans aucune possibilité de retour en arrière. Jusqu’à août 2025, date à laquelle une équipe du King’s College de Londres a publié une étude qui change franchement la donne, avec un ingrédient que personne n’aurait pensé à mettre sur sa brosse à dents : la kératine extraite de cheveux humains.

À retenir

  • Un ingrédient inattendu issu de cheveux humains pourrait révolutionner la réparation dentaire
  • La kératine crée un échafaudage cristallin cinq à six fois plus dur que les traitements actuels
  • Ce que la médecine considérait comme irrémédiable depuis des décennies vient d’être remis en question

Sommaire

  1. Le problème que le fluor ne résout pas
  2. La kératine : un échafaudage cristallin sorti du salon de coiffure
  3. Des canaux nerveux bouchés, une couleur qui se fond dans la masse
  4. Dentifrice ou gel professionnel : deux formats en développement

Le problème que le fluor ne résout pas

Contrairement aux os et aux cheveux, l’émail ne se régénère pas. Une fois perdu, il est irrémédiablement détruit, entraînant sensibilité, douleurs et parfois perte des dents. Ce dogme médical tient depuis des décennies, et toute la dentisterie préventive s’est construite autour d’une seule promesse : ralentir la dégradation. Le fluor, présent dans la quasi-totalité des dentifrices, joue ce rôle de gardien imparfait.

Jusqu’ici, le fluor restait la référence pour ralentir ce processus, sans pour autant inverser les dommages. C’est là que réside le problème fondamental : on gérait un déclin, on ne le stoppait pas. Et l’ampleur du phénomène dépasse largement les frontières d’un cabinet dentaire. L’érosion de l’émail touche près de 2 milliards de personnes dans le monde, résultant de multiples facteurs : alimentation acide, consommation de boissons sucrées, vieillissement ou hygiène bucco-dentaire insuffisante. C’est l’équivalent de la population combinée de l’Europe et de l’Amérique du Nord réunie devant la même impasse thérapeutique.

Les alternatives existantes ne brillent pas non plus. Contrairement aux résines en plastique utilisées en dentisterie restauratrice, souvent toxiques et peu durables, la kératine constitue une alternative plus sûre et plus respectueuse de l’environnement. ce que l’on posait depuis des années dans les dents pour « réparer » laissait à désirer, tant sur le plan de la biocompatibilité que de la longévité.

La kératine : un échafaudage cristallin sorti du salon de coiffure

L’étude intitulée « Biomimetic mineralization of keratin scaffolds for enamel regeneration » a été publiée en ligne le 12 août 2025 dans Advanced Healthcare Materials. Le mécanisme découvert par l’équipe du Dr Sherif Elsharkawy est aussi élégant qu’inattendu. La kératine appliquée sur la surface des dents peut interagir avec les minéraux naturellement présents dans la salive et former une structure cristalline organisée imitant la composition et la fonction de l’émail naturel.

Le secret de la percée réside dans la capacité de la kératine à créer un « échafaudage cristallin » sur la surface de la dent. Ce réseau attire progressivement les ions minéraux, favorisant la croissance d’une couche semblable à l’émail. Pour le comprendre simplement : la kératine ne fait pas que couvrir la dent comme un vernis, elle crée les conditions structurelles pour que la reminéralisation se produise naturellement, en puisant dans la salive les matériaux de construction dont elle a besoin.

Les cristaux nouvellement formés présentent une récupération significative de la dureté et du module élastique, restaurant l’intégrité mécanique de surface au-delà de ce qu’il est possible d’atteindre avec une infiltration de résine, tout en préservant l’architecture cristalline. En clair : les essais in vitro ont montré que la couche formée est cinq à six fois plus dure que les résines classiques utilisées dans les traitements de reminéralisation. Cinq à six fois. C’est un bond, pas une amélioration marginale.

Et là où le fluor s’arrête au milieu du chemin, les traitements à base de kératine ont été trouvés capables de stopper complètement le processus d’érosion, là où les dentifrices fluorés ne font que le ralentir. La nuance est de taille : on ne parle plus de gestion du déclin, mais d’un arrêt complet du processus destructeur.

Des canaux nerveux bouchés, une couleur qui se fond dans la masse

Le traitement a non seulement arrêté la progression de la carie, mais a aussi scellé les canaux nerveux exposés, réduisant ainsi la sensibilité dentaire. Ceux qui ont déjà grimaçé en buvant un verre d’eau froide comprendront immédiatement la portée de cette propriété. La sensibilité dentaire, cette douleur sourde et électrique qui surgit sans prévenir, est directement liée à ces tubules dentinaires exposés que la kératine vient obstrurer.

Autre avantage que l’on n’attendait pas : la molécule reproduirait fidèlement la couleur naturelle de la dent. Les résines classiques posent souvent un problème esthétique à long terme : le matériau vieillit différemment de la dent, crée des contrastes visibles, trahit l’intervention. Avec la kératine, l’aspect est beaucoup plus naturel, car elle peut mieux s’harmoniser avec la couleur d’origine de la dent.

La durabilité environnementale du procédé mérite aussi qu’on s’y arrête. Comme elle est extraite de déchets biologiques, son utilisation s’inscrit dans une démarche circulaire de transformation des déchets en ressources médicales. Les cheveux coupés dans les salons de coiffure ou la laine de mouton récupérée après la tonte pourraient donc alimenter la production de futurs dentifrices. La kératine présente un double avantage : elle est biodégradable et issue de déchets biologiques tels que les cheveux coupés. Son utilisation en dentisterie s’inscrit ainsi dans une logique d’économie circulaire.

Dentifrice ou gel professionnel : deux formats en développement

Les chercheurs envisagent de commercialiser le dentifrice à base de kératine sous deux formes : un produit destiné à un usage quotidien, ainsi qu’un gel professionnel appliqué en cabinet, à la manière d’un vernis à ongles. Ce double format est stratégique : il permet d’adresser à la fois la prévention quotidienne à domicile et les cas plus sévères nécessitant une intervention ciblée.

L’équipe avance que cette technologie pourrait être disponible pour le grand public d’ici deux à trois ans, à condition de trouver les bons partenaires industriels. Les experts extérieurs à l’étude tempèrent légèrement l’enthousiasme : bien que la technologie en soit encore à ses débuts et nécessite une validation clinique, le potentiel d’un biomatériau peu coûteux, abondant et biodégradable capable de réparer naturellement l’émail dentaire pourrait marquer un tournant majeur en dentisterie préventive et restauratrice.

Le British Dental Journal, qui a commenté l’étude dans ses colonnes, soulève par ailleurs une mise en garde pertinente : le risque que ce type d’innovation serve d’alibi à une consommation sucrée excessive, comme si une solution de réparation dispensait de prévenir. Ce serait passer à côté de l’essentiel. La kératine ne remplace pas les habitudes alimentaires, elle répare ce que le temps et l’acide ont abîmé. Ce que les chercheurs du King’s College London ont réussi à démontrer en laboratoire, c’est qu’un tissu que l’on croyait définitivement mort peut, sous certaines conditions, retrouver quelque chose qui ressemble fort à la vie. La prochaine étape, les essais cliniques sur des patients, dira si cette promesse tient hors des conditions contrôlées d’un laboratoire.

Sources : advanced.onlinelibrary.wiley.com | neozone.org

Yohan D

Rédigé par Yohan D

Vulgarisateur scientifique depuis plus de dix ans, je m’intéresse à la géographie, aux technologies et à l’environnement. J’espère attirer votre attention sur des sujets captivants !

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