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On pensait Hubble unique avec son miroir de 2,4 m : une agence américaine en gardait deux autres sous bâche depuis des années

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Deux miroirs identiques à celui de Hubble ont dormi pendant des années dans un entrepôt du renseignement américain, avant que quelqu’un ne se souvienne de leur existence. En 2012, le National Reconnaissance Office (NRO), l’agence qui gère les satellites espions des États-Unis, a discrètement transféré à la NASA deux télescopes complets, jamais lancés, dotés chacun d’un miroir primaire de 2,4 mètres. Exactement la même taille que celui qui équipe Hubble depuis 1990.

À retenir

  • Pourquoi une agence secrète américaine avait-elle deux clones de Hubble dormant dans ses réserves ?
  • Comment un simple appel téléphonique a révélé l’existence d’une technologie militaire d’une valeur de 250 millions de dollars ?
  • Qu’est devenu le second télescope, celui que personne ne semble réclamer à la NASA ?

Sommaire

  1. Un coup de fil inattendu à la NASA
  2. Des espions jamais lancés, plus puissants que prévu
  3. De la surveillance militaire au traqueur d’énergie noire

Un coup de fil inattendu à la NASA

L’histoire commence par un appel presque anodin. Selon les récits de l’époque, le NRO a contacté des responsables de la NASA pour évoquer du matériel inutilisé dont l’agence souhaitait se débarrasser. Apparemment le NRO a appelé des officiels de la NASA un an auparavant pour discuter de la cession de « matériel inutilisé », et la NASA a commencé à les examiner, découvrant qu’il s’agissait d’instruments remarquables et très complexes. Le transfert de propriété a eu lieu discrètement en août 2011, mais l’annonce publique n’est intervenue que le 4 juin 2012, provoquant la stupeur dans la communauté astrophysique.

Le choc a été à la hauteur du cadeau. Les astrophysiciens ont été sidérés en réalisant que l’optique de ces télescopes était « hallucinante », et qu’ils étaient équipés d’une technologie qui les rendrait faciles et abordables à exploiter en orbite terrestre. John Grunsfeld, l’ancien astronaute qui avait réparé Hubble à trois reprises dans l’espace et dirigeait alors la division astrophysique de la NASA, a d’abord craint que ces engins encombrants ne deviennent surtout un problème de stockage supplémentaire, avant de mesurer leur potentiel scientifique réel.

Des espions jamais lancés, plus puissants que prévu

Ces deux instruments n’avaient rien d’anodin. Construits à la fin des années 1990 et au début des années 2000 par la société Harris Corporation pour le compte du NRO, ils étaient initialement destinés à des missions de surveillance depuis l’espace, dans la lignée des satellites-espions de la famille KH-11. Mais le programme a été abandonné en cours de route, victime de dépassements de coûts et de retards, comme cela arrive parfois même dans les projets les plus secrets. Des dépassements de coûts et des retards ont fait échouer le programme en 2005, et la NASA a annoncé en juin 2012 que le NRO avait légué les instruments à l’agence spatiale.

Sur le papier, ces télescopes surclassaient même les ambitions initiales de la NASA. Pour le plus grand bonheur des scientifiques, les télescopes de 2,4 mètres se sont révélés encore meilleurs que l’instrument de 1,6 mètre initialement prévu pour la mission WFIRST. l’agence spatiale héritait gratuitement d’un équipement dont elle n’aurait probablement jamais eu les moyens de financer la construction depuis zéro. Une estimation de l’époque, citée par le New York Times, évoquait une économie potentielle de 250 millions de dollars. Sacré cadeau pour du matériel dont personne, en dehors du cercle très fermé du renseignement, ne connaissait l’existence.

Ces deux structures n’étaient toutefois pas des télescopes prêts à l’emploi. Il n’y avait aucun instrument sur ces deux télescopes, juste les miroirs primaires et secondaires et les structures de support, et il faudrait du temps pour développer les instruments et les intégrer à la structure. Autant dire un cadeau magnifique, mais encombrant : sans caméras, sans électronique scientifique, sans vaisseau pour les transporter, il restait encore un travail d’ingénierie colossal avant de transformer ces coques vides en véritables observatoires.

De la surveillance militaire au traqueur d’énergie noire

Il aura fallu plusieurs années à la NASA pour trouver une destination à cet héritage inattendu. L’un des deux télescopes, rebaptisé pour l’occasion, est devenu la base du télescope spatial Nancy Grace Roman. Le 17 février 2016, le télescope spatial Nancy Grace Roman, alors connu sous le nom de Wide Field Infrared Survey Telescope (WFIRST), a été officiellement désigné comme mission par la NASA, en s’appuyant sur l’un des deux télescopes. Une reconversion presque romanesque pour un instrument né dans le secret militaire.

Sa mission scientifique n’a plus grand-chose à voir avec l’espionnage. Les astronomes ont utilisé les observations de Hubble sur des dizaines de supernovae de type Ia pour découvrir que l’expansion de l’univers s’accélère, et Roman va s’appuyer sur cet héritage en trouvant des dizaines de milliers de ces étoiles explosives, y compris très lointaines, pour mieux comprendre l’énergie noire. Le champ de vision de ce télescope reconverti dépasse très largement celui de Hubble : tout en restant aussi sensible que les caméras de Hubble, l’instrument grand champ de Roman couvrira une portion du ciel 100 fois plus large, si bien qu’une seule image de Roman équivaudra à 100 photos de Hubble.

La construction du télescope s’est achevée fin 2025. La NASA a annoncé le 25 novembre 2025 que les équipes du centre Goddard avaient terminé la construction de l’ensemble du télescope, ouvrant la voie aux derniers tests et aux préparatifs de lancement. Et la date approche à grands pas : selon les informations officielles de l’agence, le lancement est programmé pour le 30 août 2026, à bord d’une fusée Falcon Heavy de SpaceX depuis le Kennedy Space Center en Floride. Concrètement, l’ancien miroir espion décollera dans quelques jours à peine.

Reste une question que peu d’articles évoquent : qu’est devenu le second télescope, celui qui n’a pas été choisi pour Roman ? Il n’a, à ce jour, reçu aucune mission officielle définitive et demeure une sorte de pièce détachée de luxe dans les réserves de la NASA, un miroir de la classe de Hubble qui attend toujours qu’on lui trouve une utilité, plus de dix ans après avoir quitté les hangars du renseignement américain.

Sources : grokipedia.com | en.wikipedia.org

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