En 1975, la France comptait 1 369 maternités. Au 31 décembre 2024, il en reste 450 — soit les deux tiers fermés en cinquante ans, au nom de la sécurité et de la rationalisation. Résultat : 716 000 femmes en âge de procréer vivent aujourd’hui à plus de 45 minutes d’une maternité. Et depuis 2011, la mortalité infantile repart à la hausse.
Ce que vous allez apprendre
- Comment la politique de concentration des maternités a divisé leur nombre par trois en cinquante ans
- Pourquoi 716 000 femmes vivent aujourd’hui à plus de 45 minutes d’une maternité — contre 290 000 en 1997
- Ce que le taux de mortalité infantile en hausse depuis 2011 révèle sur les conséquences de ces fermetures
1 369 maternités en 1975 — 450 en 2024
Le mouvement est documenté depuis les années 1980. En 1985, la France comptait déjà 1 035 maternités — une baisse de 25 % en dix ans. En 1996, 814. Les décrets d’octobre 1998 sur la périnatalité accélèrent le processus en imposant des seuils minimaux d’activité : une maternité doit réaliser au moins 300 accouchements par an pour rester ouverte.
En 2022, il en restait 446 selon la DREES. En 2024, 450 — après douze nouvelles fermetures dans la seule année 2023, accompagnées de 351 lits d’obstétrique supprimés supplémentaires.
En cinquante ans, les deux tiers des maternités françaises ont fermé. Et le mouvement ne s’arrête pas.
La sécurité comme argument — les distances comme conséquence
L’argument officiel est constant depuis les années 1990 : concentrer les accouchements dans des établissements plus grands et mieux équipés permet de réduire les risques. La logique est réelle — les grandes maternités de niveau III disposent de réanimations néonatales capables de prendre en charge les cas les plus complexes.
Mais la concentration a un coût géographique documenté. Selon les travaux du géographe Emmanuel Vigneron, cités dans une proposition de loi déposée au Sénat en 2022, le nombre de femmes en âge de procréer vivant à plus de 45 minutes d’une maternité est passé de 290 000 en 1997 à 716 000 en 2019 — soit plus que doublé en vingt ans.
Le nombre de celles se trouvant à plus de 30 minutes a lui augmenté de près de 2 millions, passant de 1,9 million à 3,7 millions sur la même période.
Dans certains territoires, la situation est particulièrement tendue. Entre le Creusot en Saône-et-Loire et Nevers dans la Nièvre, un secteur de 120 kilomètres se retrouvait sans maternité publique après la suspension de celle d’Autun. Dans le Tarn, la moitié des femmes vivent à plus de 45 minutes d’une maternité selon une question parlementaire de 2024.
Ce que les accouchements dans les ambulances révèlent
La conséquence la plus visible et la plus documentée de l’éloignement est l’augmentation des accouchements hors maternité. Des naissances dans les véhicules du SAMU, dans les ambulances, parfois sur le bord des routes — des situations que les équipes médicales appellent des « accouchements inopinés hors maternité » (AIHM).
Ces accouchements ne sont pas anecdotiques. Ils représentent une réalité médicale documentée dans les rapports des SAMU depuis plusieurs années, avec des risques accrus pour la mère et l’enfant quand la prise en charge n’est pas adaptée.
La mortalité infantile repart à la hausse depuis 2011
C’est le signal le plus inquiétant. Selon l’INSEE, le taux de mortalité infantile français — nombre de décès d’enfants de moins d’un an pour 1 000 naissances vivantes — a augmenté de façon légère mais continue depuis 2011, pour atteindre 4,1 pour 1 000 en 2024. En chiffres absolus : 2 700 enfants morts avant leur premier anniversaire.
La France, qui figurait parmi les meilleurs élèves européens sur cet indicateur jusqu’au début des années 2010, a été rattrapée puis dépassée par plusieurs pays voisins. Cet indicateur est considéré par l’OMS comme l’un des plus fiables pour mesurer l’état général d’un système de santé.
Le lien de causalité entre fermetures de maternités et hausse de la mortalité infantile est débattu — d’autres facteurs entrent en jeu, notamment la prématurité et les conditions socio-économiques. Mais plusieurs études et la proposition de loi transpartisane déposée au Sénat en mai 2025 pointent les fermetures comme un facteur contribuant, en particulier dans les territoires ruraux où l’éloignement est le plus marqué.
Un moratoire proposé, des fermetures qui continuent
Face à ces constats, une proposition de loi transpartisane a été déposée au Sénat le 16 mai 2025. Elle prévoit de geler pendant trois ans la fermeture des petites maternités et d’évaluer leur impact réel avant toute nouvelle décision de restructuration.
Le texte n’a pas encore été adopté. Et douze maternités supplémentaires ont fermé en 2024 — soit une par mois, dans le silence général.
En cinquante ans, la France a fermé les deux tiers de ses maternités au nom de la sécurité. Le paradoxe est là, documenté par l’INSEE : depuis 2011, plus d’enfants meurent avant leur premier anniversaire qu’il y a quinze ans.
Sources : DREES — INSEE — Franceinfo, mai 2025 — Sénat, proposition de loi n°394 (2022) — Géographe Emmanuel Vigneron, travaux sur l’accessibilité périnatale — Assemblée nationale, question écrite n°2934 (2024)


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