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L'obtention d'un accord lors d'un conclave budgétaire coïncide, en théorie, avec un apaisement et une désescalade des tensions qui émaillent traditionnellement les négociations. Au sein du gouvernement bruxellois, c'est exactement le scénario inverse qui vient de se produire.
Boris Dilliès, qui adopte d'ordinaire une posture de chef d'équipe au-dessus de la mêlée, est cette fois descendu directement dans l'arène : le Conseil des ministres de ce jeudi matin a été le théâtre de vives tensions entre le ministre-Président (MR) et Ahmed Laaouej (PS), numéro deux de l'exécutif. "On ne va pas se mentir, le gouvernement bruxellois est en crise", souffle, amer, un proche des discussions.
Au cœur du litige : un dossier hautement inflammable. Le gouvernement s'était engagé à verser 400 millions d'euros de crédits à la Société du Logement de la Région de Bruxelles-Capitale (SLRB). Mais au début du mois de septembre, le président du MR, Georges-Louis Bouchez, posait son veto : pas question d'octroyer ces montants tant que Lotfi Mostefa (PS) demeurait à la tête du Foyer anderlechtois, la plus importante société de logements sociaux de la capitale.
Un accord budgétaire immédiatement contredit
Lundi matin, au sortir du conclave, le différend a fait une réapparition fracassante.
La porte-parole d'Ahmed Laaouej annonçait en effet que l'accord prévoyait bel et bien la libération d'une tranche de 131 millions d'euros de recapitalisation pour la SLRB en 2026, conformément à la déclaration de politique régionale. Dans la foulée, Georges-Louis Bouchez dégainait un message incendiaire sur les réseaux sociaux pour affirmer qu'aucun feu vert n'avait été accordé tant que le président du Foyer anderlechtois restait en place, menaçant même d'ordonner à ses députés de bloquer le vote du budget.
Depuis lors, la pression n'est jamais retombée. "L'ambiance est extrêmement tendue. Ça a encore explosé mercredi entre chefs de cabinet lors de la réunion préparatoire", confirme une source au fait du dossier.
Ce jeudi, l'incendie a fini par emporter la réunion de l'exécutif. Pour la première fois, Boris Dilliès a abordé la question frontalement, désignant le dossier comme "l'éléphant dans la salle à manger".
La confiance de Dilliès dans le PS n'a "pas payé"
L'ancien bourgmestre d'Uccle a rappelé à ses partenaires avoir accordé sa confiance au PS il y a cinq mois, regrettant que cet investissement politique n'ait "pas beaucoup payé". En substance, le ministre-Président a confié se sentir floué au sein d'une majorité où les sondages semblent davantage profiter aux socialistes qu'aux libéraux.
Dilliès se range derrière Bouchez
La discussion s'est envenimée lors de l'examen du paiement des salaires des Services d'accompagnement social aux locataires sociaux (SASL), avant de déraper à nouveau sur la tranche des 131 millions d'euros de la SLRB. Si les socialistes ont exigé le déblocage immédiat des crédits au motif que l'arbitrage avait été rendu le week-end dernier, Boris Dilliès a clairement aligné sa position sur celle de son président de parti en s'opposant au versement.
Côté libéral, on assure toutefois que la présence de Lotfi Mostefa n'est pas le principal point d'achoppement : "Ce dossier suivra son cours s'il y a des suites judiciaires. Mais le MR veut surtout des garanties financières claires sur la réforme du secteur du logement et de la SLRB. En réalité, les socialistes veulent faire les poches du gouvernement sans réformer. Ce dossier pourrit tous les autres et provoque un blocage généralisé."
Un gouvernement à l'arrêt ?
Une lecture fermement contestée au cabinet de la secrétaire d'État au Logement, Karine Lalieux (PS), où l'on affirme avoir déjà enclenché le calendrier des réformes.
"Après avoir abîmé David Leisterh, il abîme Boris Dilliès et le plonge dans l'impuissance."
Rendant les libéraux responsables du blocage, les socialistes dénoncent l'attitude du président du MR : "Georges-Louis Bouchez boxe dans le vide et le PS est dans un fauteuil. Après avoir abîmé David Leisterh, il abîme Boris Dilliès et le plonge dans l'impuissance. Mais quoi qu'il arrive, les factures devront être payées." De son côté, le ministre du Budget, Dirk De Smedt (Anders), se serait montré rassurant, affirmant qu'il ne laisserait pas le secteur s'effondrer et honorerait les paiements au fur et à mesure.
Reste qu'en attendant une hypothétique sortie de crise, plusieurs dossiers prioritaires se retrouvent collatéralement gelés — le PS contestant par exemple avoir donné son feu vert en conclave sur le financement de la rénovation des tunnels de l'Avenue Louise. Un coût politique et opérationnel majeur pour une équipe régionale qui, à peine installée, risque déjà de tourner au ralenti.
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