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On disait ces tumeurs cérébrales universellement mortelles : trois enfants n’en présentent plus aucune trace après un essai inédit

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Il existe des diagnostics qui, pendant des décennies, ont ressemblé à une sentence sans appel. Le gliome pontique intrinsèque diffus, que les médecins désignent par l’acronyme DIPG, figure parmi eux. Cette tumeur cérébrale de l’enfant a longtemps été qualifiée d’universellement mortelle : la plupart des petits patients ne survivent pas plus de deux ans après le diagnostic. Autant dire un mur contre lequel la médecine s’est heurtée pendant des générations. Pourtant, un essai clinique de phase I mené à Washington vient de fissurer cette certitude. Trois enfants qui portaient des cancers cérébraux réputés incurables ne présentent aujourd’hui plus aucune trace de leur maladie. Un résultat encore fragile, mais suffisamment inattendu pour redonner de l’espoir là où il n’y en avait presque plus.

Une tumeur logée là où aucun chirurgien ne peut aller

Pour comprendre pourquoi le DIPG a si longtemps résisté à toute tentative de traitement, il faut regarder où il se cache. Cette tumeur se développe dans le pons, une région du tronc cérébral qui commande des fonctions vitales comme la respiration et la pression artérielle. C’est une zone si stratégique et si densément traversée de connexions nerveuses qu’aucun chirurgien ne peut y opérer sans mettre la vie de l’enfant en péril. Le bistouri est donc hors-jeu dès le départ.

Le DIPG touche surtout les enfants âgés de 5 à 10 ans et représente entre 10 et 20 % des tumeurs cérébrales pédiatriques. Or ces tumeurs du cerveau restent la première cause de décès par cancer chez l’enfant. Face à une maladie inatteignable et au pronostic si sombre, la médecine avait besoin d’une approche radicalement différente : non plus retirer la tumeur, mais la combattre de l’intérieur.

Trois protéines visées en même temps : la parade contre une tumeur qui change de visage

L’un des grands défis de ces cancers est leur hétérogénéité : une même tumeur n’est pas faite d’un seul type de cellules identiques, mais d’un patchwork de cellules aux caractéristiques variées. Viser une seule cible revient alors à laisser filer une partie de l’ennemi. La thérapie testée dans l’essai ReMIND, mené par le Children’s National Hospital de Washington, prend le problème à revers en attaquant simultanément trois protéines fréquemment retrouvées dans ces tumeurs pédiatriques : WT1, PRAME et Survivin.

L’image est celle d’une serrure à triple verrou : en frappant sur trois cibles à la fois, la thérapie réduit considérablement les chances que la tumeur trouve une échappatoire en modifiant l’une de ses caractéristiques. C’est une manière élégante de contourner cette capacité qu’ont les cancers à changer de visage pour survivre.

Ni CAR-T ni bistouri dans le cerveau : la thérapie qui passe par le sang

Cette approche s’appuie sur les propres cellules immunitaires du patient. Concrètement, on prélève ses lymphocytes T, on les expose aux protéines de la tumeur, on sélectionne celles qui réagissent, puis on les multiplie avant de les réinjecter. C’est ce qu’on appelle une thérapie par cellules T dirigées contre des antigènes associés à la tumeur, ou TAA-T. Une différence majeure la distingue de la fameuse CAR-T : ici, les cellules ne sont pas modifiées génétiquement. On se contente de les entraîner et de les renforcer.

Autre avantage, et non des moindres : ces cellules sont administrées par simple perfusion dans le sang, et non par injection directe dans le cerveau ou le liquide céphalo-rachidien comme le nécessitent de nombreuses autres immunothérapies. Une voie moins risquée, qui semble aussi générer moins d’effets secondaires graves. Les responsables de l’essai soulignent qu’ils ont pu préserver la sécurité et la qualité de vie des jeunes patients tout en observant de véritables réponses anti-tumorales. Un exploit d’autant plus notable que les immunothérapies, très efficaces contre les cancers du sang, échouent presque toujours face aux tumeurs solides, et plus encore face aux tumeurs cérébrales.

Quatre ans de survie, mais une prudence de rigueur : ce que dit vraiment l’essai ReMIND

Le résultat qui a fait parler : quatre enfants porteurs de cancers auparavant incurables ont survécu jusqu’à quatre ans, dont trois sans aucun signe de maladie. Au total, l’essai a concerné 33 patients répartis en trois niveaux de dose : 11 atteints de DIPG, 18 porteurs de tumeurs récidivantes situées hors du tronc cérébral, et 4 ayant reçu une courte chimiothérapie destinée à abaisser leurs défenses immunitaires avant le traitement.

Reste un point capital à garder en tête. Il s’agit d’un essai de phase I, dont l’objectif premier n’était pas de mesurer l’efficacité, mais bien la sécurité du traitement. Ces résultats constituent donc des preuves précoces et encourageantes, pas encore une démonstration définitive. Ils rejoignent néanmoins d’autres avancées récentes dans le domaine, comme un essai américain publié fin 2024 utilisant une thérapie CAR-T contre ces mêmes tumeurs, qui avait notamment permis à un adolescent de voir disparaître toute trace de son cancer sur les scanners.

Trois enfants sans trace détectable d’un cancer que l’on croyait imbattable : c’est peu à l’échelle des statistiques, mais immense à l’échelle d’une famille. La médecine avance ainsi, par petites brèches ouvertes dans des murs que l’on pensait infranchissables. La vraie question, désormais, est de savoir si ces premières lueurs se confirmeront à plus grande échelle. Et si l’idée d’utiliser notre propre système immunitaire comme allié finira par transformer durablement le sort de ces jeunes patients.

Brice L.

Rédigé par Brice L.

Brice est un journaliste passionné de sciences. Il collabore avec Sciencepost depuis plus d'une décennie, partageant avec vous les nouvelles découvertes et les dossiers les plus intéressants.

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