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On débattait depuis 200 ans de l’épidémie qui a décimé les Aborigènes en 1789 : une modélisation vient de trancher

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Grâce aux mathématiques, une énigme historique vieille de deux siècles vient enfin de trouver une réponse solide. En 1789, une épidémie de variole décima les populations aborigènes d’Australie, un an à peine après l’arrivée des colons britanniques. Depuis, les historiens s’affrontent sur son origine. Une nouvelle étude de modélisation publiée dans la revue Nature Human Behaviour apporte aujourd’hui la piste la plus probable.

Un mystère vieux de deux siècles qui hantait l’histoire australienne

Imaginez un continent entier bouleversé en l’espace de quelques mois. Lorsque la First Fleet britannique accosta sur les côtes australiennes, aucun cas de variole n’était visible chez les communautés aborigènes. Pourtant, très peu de temps après, une épidémie foudroyante allait ravager ces populations et laisser une cicatrice profonde dans l’histoire du pays.

Cette flotte n’était pas anodine : elle comprenait onze navires, dont deux vaisseaux de guerre, six transports de bagnards et trois navires de provisions. Les Britanniques, affirmant que l’Australie n’appartenait légalement à personne, quittèrent Botany Bay, jugée trop pauvre en terres et en eaux, pour rejoindre Sydney Cove, à Port Jackson, où ils hissèrent leur drapeau. Mais un ennemi invisible les accompagnait peut-être dans leurs cales. Depuis plus de 200 ans, la question hante les historiens : d’où venait vraiment ce mal ?

Deux coupables possibles : les navires britanniques ou les pêcheurs indonésiens

Deux grandes hypothèses s’affrontaient. La première désignait directement les colons britanniques et leur flotte. La seconde pointait vers le nord du pays, où des pêcheurs indonésiens, venus notamment de la région de Makassar, sur l’île de Sulawesi, entretenaient des contacts réguliers avec les côtes australiennes. Le virus aurait pu, selon cette théorie, transiter par ces échanges.

L’argument en faveur des pêcheurs n’était pas dénué de logique. Certains historiens estimaient en effet que le virus vivant n’aurait jamais pu survivre aux huit mois de voyage séparant Portsmouth, en Angleterre, de Botany Bay. Un trajet aussi long semblait incompatible avec la survie d’un agent pathogène aussi fragile. Le débat restait donc ouvert, sans preuve décisive pour départager les deux camps.

Quand les mathématiques réécrivent l’histoire : la méthode qui a tout changé

Face à l’impossibilité de trancher par les seules archives, les chercheurs ont adopté une approche radicalement différente : la modélisation mathématique. En simulant la manière dont la maladie s’est propagée à travers le territoire, ils ont pu comparer les deux scénarios et évaluer lequel collait le mieux à la réalité observée. Le verdict penche nettement en faveur d’une introduction par la First Fleet en 1788.

Restait à résoudre l’objection du voyage trop long. La réponse tient dans un détail glaçant : les médecins britanniques transportaient des fioles de croûtes de variole séchées, utilisées pour l’inoculation, cette pratique qui précéda le véritable vaccin mis au point par Edward Jenner seulement dans les années 1790. Ces fioles auraient pu être réapprovisionnées lors des escales au Cap, en Afrique du Sud, ou à Rio de Janeiro, au Brésil, quelques mois seulement avant l’arrivée. De quoi conserver un virus encore actif. Les mathématiques ont ainsi apporté la réponse la plus probable à un débat qui semblait insoluble.

Une catastrophe humaine dont l’ampleur reste sous-estimée

Derrière ces modèles et ces hypothèses se cache un drame humain d’une ampleur vertigineuse. L’épidémie aurait causé environ 220 000 morts et contribué au déclin rapide de la culture aborigène. Un chiffre d’autant plus tragique qu’il fut longtemps ignoré : les autorités australiennes du début du XXe siècle n’avaient pas mesuré l’ampleur réelle de la population aborigène avant la catastrophe.

Ce constat rappelle combien les maladies importées ont pu peser, parfois plus que les armes, dans l’effondrement de populations entières lors des colonisations. Comprendre l’origine de cette épidémie, ce n’est pas seulement satisfaire une curiosité historique, c’est aussi rendre justice à une mémoire trop longtemps minimisée.

En croisant l’histoire et la puissance du calcul, cette étude illustre à quel point les outils modernes peuvent éclairer des zones d’ombre que les archives seules n’avaient jamais réussi à dissiper. Reste une question qui prolonge la réflexion : combien d’autres énigmes du passé, aujourd’hui considérées comme insolubles, attendent leur tour d’être résolues par la modélisation ?

Brice L.

Rédigé par Brice L.

Brice est un journaliste passionné de sciences. Il collabore avec Sciencepost depuis plus d'une décennie, partageant avec vous les nouvelles découvertes et les dossiers les plus intéressants.

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