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On croit le Haut-Kœnigsbourg debout depuis le Moyen Âge : ses tours ont été remontées entre 1901 et 1908 pour un empereur qui n’était pas français

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Posé sur son promontoire au-dessus de la plaine d’Alsace, le Haut-Kœnigsbourg a tout du château fort médiéval resté debout par miracle. Donjon, tours, toitures, salles meublées : l’ensemble semble sorti du XVe siècle. En réalité, de 1901 à 1908, c’est l’empereur Guillaume II qui fait consolider l’édifice par l’architecte Bodo Ebhardt, et la silhouette actuelle date de ce chantier.

Le château qu’on visite a donc à peine plus d’un siècle.

À retenir

  • Le château a été reconstruit entre 1901 et 1908 sous l’autorité de Guillaume II.
  • Le chantier a coûté 2 250 000 marks, financés par l’Empire et l’Alsace-Lorraine.
  • La France obtient le château en 1919, après le traité de Versailles.

Sommaire

  1. Brûlé en 1633, offert à l’empereur en 1899
  2. Le chantier en chiffres : 2 250 000 marks et un architecte berlinois
  3. Un donjon contesté, des toitures exagérées
  4. Devenu français en 1919, visible à Orschwiller

Brûlé en 1633, offert à l’empereur en 1899

Le site est attesté depuis le XIIe siècle, et la forteresse, stratégique, a été plusieurs fois assiégée et rebâtie. En 1633, au terme du siège suédois pendant la guerre de Trente Ans, elle brûle et reste en ruine. Plus de deux siècles et demi d’abandon suivent. Les ruines figurent pourtant sur la liste de classement de 1862, preuve que l’on s’y intéressait déjà.

En 1865, le château et la forêt voisine entrent dans le patrimoine de la ville de Sélestat. En 1899, la municipalité offre les ruines à Guillaume II, alors que l’Alsace, depuis la guerre de 1870, fait partie de l’Empire allemand.

Le cadeau n’a rien d’anodin. Guillaume II ne voulait pas d’une résidence impériale mais d’un musée du Moyen Âge, doublé d’un symbole de l’empire ressuscité et du passé germanique en Alsace. Dans la cour, les armes de l’empereur d’Allemagne sont placées au-dessus de celles de Charles Quint.

Le chantier en chiffres : 2 250 000 marks et un architecte berlinois

L’empereur confie la tâche à Bodo Ebhardt, un Berlinois passionné par la restauration de châteaux médiévaux, autodidacte en architecture et proche de l’empereur. Les travaux courent de 1900 à 1908 selon la plupart des sources, la reconstruction proprement dite débutant en 1901 pour un coût de 2 250 000 marks, pris à parts égales sur les budgets de l’Empire et de l’Alsace-Lorraine. Cela fait 1 125 000 marks pour chacun des deux payeurs.

Le 13 mai 1908, l’empereur inaugure le château sous une pluie battante.

Ebhardt ne part pas de rien. Il s’appuie sur un relevé précis des ruines et une campagne photographique, puis il visite des châteaux en Suisse, de Stein am Rhein à Chillon, pour combler les manques. En 1900, la hauteur des murs encore debout atteignait souvent le niveau des mâchicoulis, et des voûtes tenaient en partie. D’après le Panorama Grand Est de l’INA, deux tiers des murs datent encore du Moyen Âge.

Chaque année de chantier laisse sa trace : une marque spécifique est gravée sur les blocs de pierre, signature discrète de l’architecte. L’empereur, lui, visitait le chantier chaque année pour constater l’avancement des travaux.

Un donjon contesté, des toitures exagérées

L’architecte visait le château de la fin du XVe siècle. Faute de documents, certaines parties hautes et les toitures ont dû être imaginées, et le volume des toitures a été exagéré pour donner davantage d’élan au monument. Dans la salle des fêtes, il n’a pas rétabli un niveau d’occupation antérieur dont la trace subsiste.

Le donjon a déclenché la plus grosse querelle. Peu avant l’inauguration, plusieurs publications affirment que le donjon, restauré en forme carrée, était à l’origine de forme ronde. La presse, relayée par l’illustrateur Hansi, s’en empare pour discréditer Ebhardt et l’empereur, alors que la base conservée ne laissait aucun doute sur la forme carrée. Reste que Wikipédia en anglais estime la tour trop haute d’environ 14 mètres.

Otto Piper critique la méthode d’Ebhardt dès le début des travaux.

Cette méthode se démarque de celle de Viollet-le-Duc, jugée plus ouverte à l’imagination : Ebhardt conserve autant que possible l’ouvrage d’origine et, quand les sources manquent, procède par comparaison avec d’autres édifices européens. L’INA rappelle toutefois que la rénovation est surtout politique.

Devenu français en 1919, visible à Orschwiller

Les finitions et les achats de collections se poursuivent jusqu’en 1918. Puis, par le traité de Versailles de 1919, la France devient propriétaire des biens de la couronne allemande et obtient le Haut-Kœnigsbourg. Les parties restituées entre 1901 et 1908 sont aujourd’hui, comme le domaine national qui les porte, protégées au titre des monuments historiques.

Sur place, à Orschwiller, au-dessus de Sélestat, un guide de visite avance plus d’un demi-million de visiteurs par an, avec un panorama sur l’Alsace, la vallée du Rhin et la Forêt-Noire. Jean Renoir y a tourné des scènes de La Grande Illusion, sorti en 1937.

Le visiteur attentif repère encore du château roman les fenêtres en arcades du palais, visibles depuis l’entrée, et la porte des Lions, à l’emblème des Hohenstaufen. Juste en dessous, la ruine du château de l’Oedenbourg, aussi appelé Petit-Koenigsbourg, est un monument historique à part entière. Elle n’a, elle, pas été remontée pour un empereur.

Le blason de Guillaume II reste visible dans le château, l’un des symboles en Alsace de la présence allemande entre 1871 et 1918. Une inscription le dit sans détour : le château a été restauré par Guillaume II, roi de Prusse et empereur des Allemands.

Sources : fresques.ina.fr | chateauxfortsalsace.com

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