Les 11 hectares de l’île Saint-Louis, en plein cœur de Paris, ne doivent pas leur forme au seul caprice du fleuve. Jusqu’en 1614, la Seine y baignait deux îles distinctes, l’île Notre-Dame et l’île aux Vaches, couvertes de prés. À partir de cette année-là, Christophe Marie a comblé le bras d’eau qui les séparait.
Deux îles, un fossé, des herbages.
À retenir
- Jusqu’en 1614, deux îles distinctes existaient à l’emplacement de l’île Saint-Louis.
- L’île aux Vaches servait de pâturage et appartenait au chapitre de Notre-Dame.
- Christophe Marie a comblé le bras de Seine qui les séparait en vertu d’un contrat royal.
- Le chantier urbain s’est étendu sur environ quarante-quatre ans, de 1616 à 1660.
Sommaire
Deux îlots de prés, séparés par un fossé du XIVe siècle
Le plan de Vassalieu, daté de 1609, montre encore les deux îles côte à côte. L’île Notre-Dame, la plus grande, occupe la partie aval, à l’ouest. L’île aux Vaches, plus petite, se trouve en amont, à l’est. Toutes deux appartenaient au chapitre de la cathédrale Notre-Dame et servaient de pâturage, sans le moindre habitant.
Le chenal qui les isolait n’avait rien de naturel : selon Paris la douce, il avait été creusé de main d’homme au XIVe siècle. Il suivait la ligne de l’enceinte destinée à protéger la ville. Wikipédia en anglais propose la date de 1360, sous Charles V.
Les usages de ces terrains ne se limitaient pas aux bêtes. D’après les sources, on y a aussi séché du linge, pêché et parfois croisé le fer lors de duels. La partie orientale aurait également servi à stocker du bois et à construire des bateaux, mais les sources ne sont pas toutes d’accord sur ce point.
Le projet de lotir ces terres ne date pas de Louis XIII. Henri IV voulait déjà y créer un quartier, mais son assassinat en 1610 a repoussé l’opération. Son fils a repris le dossier, et la réunion des deux îlots est devenue un chantier royal.
1614 : un contrat, soixante ans de droits fonciers
Le 19 avril 1614, sous la régence de Marie de Médicis, Christophe Marie signe un contrat avec la Couronne. Il obtient la jouissance des droits fonciers pendant 60 ans, en échange de l’urbanisation des deux îlots. Il s’engage à les réunir et à combler le bras de Seine artificiel. Né en 1580, issu d’une famille de maîtres maçons, il était entrepreneur général des Ponts et Chaussées du Royaume depuis 1608.
L’île garde pourtant le nom d’île Notre-Dame jusqu’au XVIIIe siècle.
Marie ne finance pas seul. Deux bailleurs de fonds, Lugles Poulletier et François Le Regrattier, l’accompagnent. Les relations entre les trois hommes ont été tendues, et les premiers habitants se sont eux aussi disputés avec eux, ce qui a ralenti les constructions. L’entrepreneur est mort en 1653, après avoir vu son projet aboutir, mais sans avoir eu les moyens de se loger sur l’île.
Le contrat prévoyait aussi des ponts, car une île sans accès ne se vend pas. L’ouvrage qui porte le nom de Marie, de 5 arches, a été construit entre 1614 et 1635. Large de 25 mètres, il pouvait porter deux rangées de 25 maisons chacune, sur le modèle du pont Notre-Dame.
Ce que la carte garde de ces deux îles
La trace du fossé se lit encore dans le plan actuel. Wikipédia en anglais place le canal comblé à peu près à l’emplacement de la rue Poulletier, qui rappelle d’ailleurs le nom de l’un des financeurs. Une promenade perpendiculaire aux quais suffit à croiser l’ancienne frontière entre les deux îles.
L’île est aujourd’hui ceinte de quatre quais : Anjou et Bourbon au nord, Béthune et d’Orléans au sud. Paris la douce note que les façades sur les quais respectent toujours l’alignement du tracé d’origine. Les ruelles intérieures, conçues dès le départ pour le commerce et l’artisanat, ont conservé leur forme.
Le quartier a poussé vite, trop vite pour les rêveurs, assez lentement pour les maçons. Selon Paris la douce, l’opération immobilière s’étend de 1616 à 1660. Les hôtels particuliers ont attiré l’aristocratie, et l’architecte Louis Le Vau en a signé plusieurs. L’église Saint-Louis, dont le chantier commence en 1644, a fini par donner son nom à l’ensemble, et l’île a été entièrement occupée en moins de 50 ans d’après Wikipédia.
Ce chantier a donc pris au moins 44 ans de bout en bout.
Une précision pour ne pas se tromper de vaches : une autre île aux Vaches, située plus en aval sur la Seine, existait aussi à Paris, et il ne faut pas la confondre avec la nôtre. Elle a disparu à son tour, comme l’île Louviers, rattachée à la rive droite quand son bras a été comblé en 1847, à l’emplacement actuel du boulevard Morland et du quai Henri IV. De toutes ces îles parisiennes, seules la Cité et Saint-Louis ont survécu.
Sources : parisladouce.com | histoires-de-paris.fr


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