La dune du Pilat ne dort pas. Haute de 103,6 m et forte de 55 millions de m³ de sable, elle avance de 1 à 5 m par an vers la forêt. Les blockhaus du mur de l’Atlantique, édifiés en haut de la dune pendant la guerre, sont aujourd’hui à 200 m d’elle, échoués sur la plage ou noyés sous 15 m d’eau.
Plus de 80 ans ont passé : 200 m séparent désormais la dune de ses anciens postes.
À retenir
- La dune du Pilat culmine à 103,6 m et contient 55 millions de m³ de sable.
- Elle progresse de 1 à 5 m par an vers la forêt de pins maritimes.
- Les blockhaus construits sur sa crête se retrouvent aujourd’hui à 200 m, sur la plage ou sous 15 m d’eau.
Sommaire
Un géant de sable qui marche vers les pins
La masse donne le vertige. La dune s’étire sur 616 m d’ouest en est et sur 2,9 km du nord au sud, à l’entrée sud du bassin d’Arcachon, sur la commune de La Teste-de-Buch. Un site local du Bassin convertit ses 55 millions de m³ en 22 000 piscines olympiques. Autre comparaison : le mur de l’Atlantique tout entier, du Danemark à la frontière espagnole, a avalé 13 millions de m³ de béton, soit moins du quart de ce que contient ce seul empilement de sable.
Son histoire remonte à la remontée du niveau de la mer, la transgression flandrienne. L’océan a poussé vers l’est les bancs de sable du plateau continental, qui ont formé les plages et les massifs dunaires actuels. Auparavant, une dune de 3 à 4 m seulement retenait des marais et un étang, que des dunes paraboliques de 20 à 40 m ont fini par enfouir.
Aujourd’hui encore, le moteur reste le vent. Selon des publications locales, les vents d’ouest arrachent du sable aux bancs marins, dont le Banc d’Arguin, et le déposent sur la plage, d’où la dune progresse vers l’est. Sur son passage, elle grignote la forêt de pins maritimes plantée au XVIIIe siècle par Nicolas Brémontier, précisément pour fixer les dunes côtières.
Un calcul de coin de table aide à situer les 200 m. Rapportés à un peu plus de 80 ans, ils donnent une moyenne d’environ 2,5 m par an, au milieu de la fourchette de 1 à 5 m, à condition de supposer une marche régulière, ce que le vent ne garantit jamais.
Sur la crête, un de ces ouvrages a servi, selon un site local du Bassin, de poste d’observation ou de tir à une section d’une cinquantaine de soldats allemands. Le panorama s’y prêtait : l’océan à perte de vue, les passes du bassin d’Arcachon, la pointe du Cap Ferret. Mais une dune n’est pas un socle. Le béton qu’on y coule reste pesant et immobile pendant que le sable file en dessous, grain après grain.
Marc Robin, géographe à l’université de Nantes et spécialiste des risques littoraux, décrit le mécanisme sur un autre site de la côte atlantique, à Pen Bron. La fondation reposait sur du sable, la mer enlève le sable, et le blockhaus bascule. Pour lui, « les bunkers n’ont donc pas avancé, tout au plus ils ont glissé au pied de la dune », là où il estime que la dune a reculé de 23 à 25 m depuis la guerre.
Au Pilat, la logique s’inverse sans changer le verdict : la dune ne recule pas, elle migre vers l’intérieur des terres. Les blockhaus posés sur sa crête ont suivi le sable qui s’effaçait sous eux, vers la plage, puis vers l’eau.
Mesurer leur déplacement revient à mesurer l’érosion du littoral.
Le Pilat n’a pas l’exclusivité du phénomène. Sur la côte d’Aquitaine, de nombreux blockhaus se retrouvent ensablés sur la plage, voire dans l’eau, alors qu’ils se trouvaient au départ en haut des dunes. Le mur de l’Atlantique comptait quelque 12 000 ouvrages (forteresses, bases sous-marines, blockhaus, tobrouks, cuves à canons) entre le Danemark et la Bidassoa.
Sur la plage ou sous 15 m d’eau : où les trouver
Selon un site consacré à la dune, plusieurs de ces ouvrages gisent au nord et au sud de la dune, sur la plage ou dans l’eau. Plus au sud, la batterie des Gaillouneys, construite elle aussi près de la dune, est aujourd’hui engloutie dans la passe sud du bassin d’Arcachon sous l’effet de l’érosion. L’éditeur d’un ouvrage qui lui est consacré la présente comme le site de plongée sur blockhaus le plus spectaculaire d’Europe, un jugement qui reste le sien. Ceux qui sont encore à sec sont couverts de graffitis et attendent, d’après ce même site, de rejoindre l’océan.
Sous l’eau, le béton sert désormais de récif artificiel à la faune marine.
Les visiteurs qui gravissent la dune en croisent un sans le chercher. Une fois en haut, un gros point gris apparaît en bas à droite : un blockhaus échoué sur la plage, au pied de la dune, d’après un site local du Bassin. Les témoins ne manquent pas, puisque la dune accueille plus de 10 000 touristes certains jours d’août, ce qui en fait le site le plus visité de Gironde et l’un des sites naturels les plus visités de France, derrière la forêt de Fontainebleau et la baie du Mont-Saint-Michel.
Les chiffres eux-mêmes bougent avec le sable : certaines publications locales avancent 106,6 m de hauteur, 60 millions de m³ ou deux blockhaus déplacés de 250 m, là où les données reprises ici s’arrêtent à 103,6 m, 55 millions de m³ et 200 m. Les écarts tiennent sans doute aux dates et aux méthodes de mesure, la dune changeant de forme au gré du vent.
Sources : bassin-arcachon.org | longecote-capferret.fr | dunedupilat.com


5 hour_ago
45



























.jpg)






French (CA)