Le Parthénon n’est pas une ruine héritée de l’Antiquité. Jusqu’au soir du 26 septembre 1687, le temple d’Athéna, bâti au Ve siècle avant J.-C., gardait presque tout son volume sur l’Acropole : un toit, des murs, ses colonnes. Ce qui l’a éventré n’a pas été apporté par l’ennemi, mais rangé à l’intérieur par ses occupants : de la poudre.
Un seul tir de mortier, environ 300 morts, 14 colonnes à terre.
Des millions de touristes photographient aujourd’hui ce squelette de marbre en le prenant pour le produit de l’usure et de l’abandon. Il date pourtant d’une soirée de guerre, et d’un choix logistique fait par une garnison.
À retenir
- Le Parthénon servait de dépôt de poudre à la garnison ottomane en 1687.
- Un tir de mortier vénitien a fait exploser la poudre le 26 septembre 1687.
- L’explosion a fait environ 300 morts et abattu une partie des colonnes et de la frise.
Sommaire
Deux millénaires de service, puis un entrepôt
Pendant plus de 2 000 ans, le bâtiment a changé d’usage sans cesser de tenir debout. Temple, puis église chrétienne, puis mosquée : trois vies successives. Un édifice qu’on utilise est un édifice qu’on entretient, ce qui aide à comprendre qu’il soit arrivé presque entier jusqu’en 1687.
L’étincelle vient de la guerre de Morée, qui oppose Venise à l’Empire ottoman entre 1684 et 1699 et s’inscrit dans la Grande Guerre turque, un conflit de 15 ans. Les Vénitiens ont arraché le Péloponnèse (alors appelé Morée) aux Ottomans lors de campagnes menées de 1685 à 1687. Le 21 septembre 1687, l’armée du comte de Königsmarck, forte de 10 750 hommes, débarque à Éleusis pendant que la flotte entre au Pirée. Les Turcs abandonnent aussitôt la ville d’Athènes et se retranchent sur l’Acropole, en attendant des renforts venus de Thèbes.
À la tête des Vénitiens, Francesco Morosini, futur doge et capitaine général très fêté, a reçu l’ordre de s’emparer d’Athènes et de ses environs. La cible est ingrate : le site est fortifié, et une partie de la population turque vit sur place, parmi les monuments.
Pourquoi ranger de la poudre dans un temple
La garnison transforme l’Acropole en place forte. Elle démonte en partie le temple d’Athéna Nikè pour y installer une batterie de canons. L’Érechthéion, lui, sert selon les sources de harem ou de résidence au commandant.
Pour la poudre, il fallait un abri jugé sûr. Selon la notice française de Wikipédia, le Parthénon a été choisi peut-être parce qu’il semblait le bâtiment le plus solide du rocher. D’autres récits avancent un calcul plus cynique : les Ottomans auraient parié que les Vénitiens hésiteraient à tirer sur un monument aussi célèbre. Le pari était risqué, car d’après History Today, une poudrière des Propylées avait déjà explosé en 1656.
La veille, un boulet vénitien avait déjà fait exploser une poudrière des Propylées.
Le soir du 26 septembre 1687
Les Vénitiens ont installé des batteries de canons et de mortiers sur la Pnyx et sur d’autres hauteurs autour de la ville. Dans la soirée du 26 septembre, un obus de mortier touche le Parthénon. Les récits divergent sur l’intention, tir visé ou coup du hasard, mais Morosini lui-même a parlé d’un tir « miraculeux ».
La poudre s’embrase. Le toit et les murs s’effondrent, la partie centrale du temple, la cella, est soufflée et une grande part de la frise tombe avec elle. Les colonnes des côtés basculent et entraînent architraves, triglyphes et métopes. Le bilan humain avancé par l’article de Wikipédia consacré au siège est d’environ 300 morts.
Reste le nombre de colonnes. Les sources ne s’accordent pas : 14 abattues pour certaines, 21 pour la notice française de Wikipédia, une vingtaine pour d’autres. L’écart pourrait tenir à la façon de compter, colonnes entières ou simples tronçons, mais aucune ne le précise. Parmi les victimes figuraient des soldats et, selon certains récits, des familles venues s’abriter des bombardements.
La garnison capitule le 29 septembre, 3 jours après l’explosion.
Ce que Venise a ajouté, puis ce qu’il en reste
Morosini n’a pas fini son travail avec la poudre. Il a voulu emporter les statues d’Athéna et de Poséidon du fronton ouest comme trophée, et la maladresse de ses hommes a fait tomber le fronton, qui s’est brisé. Les Vénitiens se sont retirés dès 1688.
Les Ottomans reviennent dans un monument éventré. Ils y construisent une mosquée plus petite, dans l’espace ouvert de l’ancienne cella, démontée en 1843.
Le temple se dresse sur l’Acropole, un rocher à sommet plat qui s’élève à 150 m au-dessus du niveau de la mer. Le toit manquant, la cella ouverte au ciel et les colonnes des flancs arrachées doivent surtout leur état à cette nuit de 1687. Le visiteur qui lève les yeux vers cet espace vide regarde l’endroit exact où l’armée ottomane stockait sa poudre.
Le Parthénon n’était pas un cas isolé dans cette guerre. Le 22 juillet 1686, environ 14 mois plus tôt, 80 tonnes de poudre avaient explosé dans le château de Buda, tuant 1 500 défenseurs ottomans, selon la liste des plus grandes explosions non nucléaires de Wikipédia. La cause la plus probable serait un tir d’un artilleur italien, frère franciscain, qui avait atteint la réserve souterraine.
Sources : cultea.fr | maria-antonia.forumactif.com


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