On imagine volontiers l’été comme une cure naturelle : quelques après-midis au soleil, et voilà nos réserves de vitamine D pleines à ras bord pour affronter l’hiver. Sauf que des chercheurs de l’Université de Newcastle, au Royaume-Uni, viennent de faire voler cette évidence en éclats. Chez la majorité des personnes testées, les taux n’ont quasiment pas bougé entre l’hiver et l’été.
Des taux figés de décembre à août : les chiffres qui déboulonnent un mythe
C’est le genre de résultat qui bouscule nos certitudes. En pleine saison estivale, alors que le soleil tape et que l’on passe plus de temps dehors, on s’attend logiquement à voir ses réserves se recharger. L’étude menée à Newcastle a suivi 299 personnes sur plusieurs mois, entre l’hiver et la fin de l’été, à l’aide d’un simple test sanguin par piqûre au doigt. Environ la moitié des participants avait plus de 65 ans, l’autre moitié plus de 18 ans avec une peau foncée.
Le verdict est saisissant. Près de 55 % des adultes de 65 ans et plus restaient sous le seuil recommandé, tout comme plus de 72 % des adultes à peau foncée. Et surtout, ces chiffres n’ont pratiquement pas évolué de l’hiver au printemps, puis à l’été. Autrement dit, la belle saison n’a joué aucun rôle de recharge pour ces populations. Le mythe du plein estival prend un sérieux coup.
Âge, mélanine, latitude : le trio qui vous prive de vitamine D sans que vous le sachiez
Comment expliquer qu’un été entier ne suffise pas ? Trois facteurs, souvent silencieux, se conjuguent. Le premier, c’est l’âge : avec les années, la peau devient moins efficace pour fabriquer de la vitamine D à partir du soleil, et l’on passe généralement moins de temps à l’extérieur. La machine tourne au ralenti, même sous un ciel généreux.
Le deuxième facteur tient à la pigmentation de la peau. La mélanine, ce pigment protecteur, agit un peu comme un filtre solaire naturel : elle bloque une partie des rayons UVB, ceux-là mêmes qui déclenchent la synthèse de la vitamine. Résultat, une peau foncée a besoin de bien plus d’exposition pour produire la même quantité. Enfin, la géographie pèse lourd. Le nord de la Grande-Bretagne reçoit un ensoleillement faible, et à ces latitudes élevées, le soleil peine à fournir la dose nécessaire, même au cœur de l’été.
Os, muscles, moral : ce qu’une carence silencieuse fait vraiment à votre corps
Pourquoi s’en soucier ? Parce que la vitamine D est un rouage discret mais essentiel. Elle facilite l’absorption du calcium, pierre angulaire de la solidité de nos os. Elle intervient aussi dans la fonction musculaire et soutient le système immunitaire. Autant dire qu’un déficit prolongé ne se voit pas toujours, mais qu’il travaille en coulisses.
Son influence pourrait même s’étendre à la santé mentale. Des taux plus élevés ont été associés à moins de symptômes dépressifs chez des personnes déjà touchées par la dépression. En revanche, d’autres pistes évoquées, comme un lien avec certains cancers ou le diabète, restent débattues et loin d’être tranchées. La prudence reste donc de mise sur ces terrains-là.
Sept minutes à Valence, deux heures au nord : comment reprendre la main sur vos réserves
La latitude change tout, et un exemple parle de lui-même. À Valence, en Espagne, environ sept minutes de soleil de midi en plein été suffisent à produire une dose intéressante de vitamine D. Le revers de la médaille, c’est que la chaleur peut y grimper au-delà de 38 °C. Plus au nord, sous un ciel moins généreux, il faudrait à l’inverse près de deux heures d’exposition pour un résultat comparable. Une différence vertigineuse pour un même astre.
Concrètement, cela signifie qu’à nos latitudes, compter uniquement sur le soleil relève parfois du pari perdu, surtout pour les personnes âgées ou à peau foncée. En ce moment, en plein été, l’occasion est belle de profiter du dehors sans excès, mais aussi de garder en tête que le soleil n’est pas une baguette magique universelle.
Ce que révèle cette étude, c’est surtout que la vitamine D n’est pas qu’une affaire d’hiver. Si le soleil estival ne recharge pas les réserves de tout le monde, alors la question mérite d’être posée toute l’année, sans attendre les journées grises. Et vous, savez-vous vraiment où en sont vos propres réserves ?


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