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On accuse les harpons de l’atterrisseur européen depuis dix ans, mais ce qui l’a envoyé finir dans l’ombre s’est joué au tout premier contact avec le sol

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Douze ans de recherches pour retrouver un robot de la taille d’une machine à laver, posé sur une comète à 500 millions de kilomètres de la Terre. Voilà le résumé de l’histoire de Philae, l’atterrisseur européen dont l’échec partiel a longtemps été attribué à ses harpons défaillants. Mais le vrai coupable de son silence prolongé s’est joué ailleurs, dans les toutes premières secondes du contact avec le sol de la comète Tchourioumov-Guérassimenko.

À retenir

  • Philae a rebondi trois fois avant de se stabiliser à un kilomètre du site prévu d’atterrissage.
  • L’atterrisseur s’est coincé dans une fissure sombre qui le privait d’énergie solaire.
  • Les harpons ne sont pas responsables : c’est la défaillance de la propulsion et le relief accidenté qui ont causé l’échec.

Sommaire

  1. Un atterrissage qui part en vrille dès le premier contact
  2. Coincé dans une fissure, loin de tout soleil
  3. Soixante heures de science, puis le noir
  4. Retrouvé par hasard, un mois avant la fin de la mission

Philae a été largué par la sonde Rosetta le 12 novembre 2014 à 08:35 (GMT) depuis une vingtaine de kilomètres d’altitude. Après une descente de sept heures, Philae a touché la surface de la comète 67P à 15:34. Tout semblait jusque-là fonctionner comme prévu.

L’agence spatiale européenne avait prévu plusieurs dispositifs pour empêcher l’atterrisseur de rebondir : deux harpons, des vis dans les pieds et un système de propulsion qui devait plaquer Philae au sol. Mais il semble qu’aucun de ces dispositifs n’ait fonctionné correctement, et l’atterrisseur a rebondi, à une vitesse de 38 centimètres par seconde. Trois pieds posés au sol, une gravité quasiment nulle, et rien pour retenir l’engin.

Du fait de la faible gravité de la comète, il a réussi à atteindre une altitude d’environ un kilomètre avant de retomber. À 16:20, l’un des pieds de Philae a probablement heurté un point élevé de la surface, peut-être le bord d’un cratère. Philae a de nouveau touché la surface à 17:25, avec un pied puis trois, avant de rebondir à trois centimètres par seconde pour voler pendant quelques minutes et finir par se poser pour de bon à 17:31. Trois contacts avec le sol en deux heures. C’est là, sur ce dernier atterrissage manqué, que tout s’est décidé.

Coincé dans une fissure, loin de tout soleil

Le site final n’avait rien à voir avec la zone dégagée baptisée Agilkia, choisie avec soin pour son ensoleillement. Le robot a rebondi deux fois avant de se stabiliser à environ un kilomètre du site initialement prévu, en position quasi verticale. Un kilomètre, c’est peu à l’échelle terrestre. Sur un noyau cométaire de quatre kilomètres de long, c’est un exil complet.

Une photographie prise par l’un des capteurs de Philae a montré, à quelques mètres, une petite falaise, esthétique mais qui risquait de faire de l’ombre à l’atterrisseur et à ses panneaux solaires. Les ingénieurs en ont déduit sa position : de travers, avec une des trois jambes du train d’atterrissage qui ne touchait pas le sol. Le diagnostic était posé dès les premières heures, mais il était déjà trop tard pour changer quoi que ce soit.

Soixante heures de science, puis le noir

Philae n’a pourtant pas capitulé tout de suite. Il a fourni des informations extrêmement intéressantes pendant la durée de vie des piles qu’il emportait, soit environ 60 heures. Le temps de transmettre des données de forage inédites, une première mondiale pour l’analyse directe d’un noyau cométaire.

Puis le silence. Une fois les dernières données scientifiques renvoyées sur Terre, la puissance de Philae s’est rapidement affaiblie et Rosetta a perdu contact avec l’atterrisseur, car le site où Philae a atterri se trouve dans l’ombre et ne peut pas capter l’énergie solaire pour recharger sa batterie. Un bref sursaut est intervenu quelques mois plus tard : Philae s’est réveillé brièvement en juin puis en juillet 2015 pour envoyer un bref bonjour à Rosetta. Ces deux signaux resteront les derniers.

Retrouvé par hasard, un mois avant la fin de la mission

Pendant près de deux ans, personne ne savait exactement où gisait Philae. Ces brefs réveils avaient permis aux équipes scientifiques de l’ESA d’émettre des suppositions sur l’endroit où se trouvait Philae à la surface de la comète, sans certitude. La sonde Rosetta, elle, continuait ses rotations autour du noyau, en resserrant progressivement son orbite.

Moins d’un mois avant la fin de la mission, des photos prises par la caméra haute résolution de Rosetta ont dévoilé l’atterrisseur Philae, coincé dans une fissure sombre de la comète. Le lander de Rosetta a été identifié sur des images de la caméra à angle étroit OSIRIS prises le 2 septembre 2016 depuis une distance de 2,7 km, à une échelle d’environ 5 cm par pixel, montrant le corps de Philae, d’un mètre de large, et deux de ses trois jambes déployées. Un cliché, et dix ans de spéculations sur les causes de son échec prenaient enfin une forme précise.

Ces images ont fourni la preuve de l’orientation de Philae et confirmé pourquoi il fut si difficile d’établir la communication avec lui après son atterrissage. Quelques semaines plus tard, la mission Rosetta elle-même s’achevait volontairement sur la surface de la comète, mettant un point final à une aventure qui aura duré plus de dix ans depuis le lancement de la sonde.

L’histoire retient les harpons comme symbole de l’échec. Mais les données de l’ESA racontent une version plus précise : c’est la combinaison d’une propulsion défaillante et d’un relief accidenté au moment exact du troisième contact qui a envoyé Philae dans cette fissure, hors de portée du soleil, et donc hors de portée de toute reprise de mission.

Sources : cordis.europa.eu | quebecnouvelles.com | shango.media

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