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Notre sélection polar du mois de mars

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Musso se/nous la joue Christie

Guillaume Musso avait, semble-t-il, depuis longtemps envie d’écrire un roman à la manière d’Agatha Christie. Il s’exécute dans Le crime du paradis, un whodunit classique, mais qui porte sa patte, dont il ancre l’intrigue au cap d’Antibes, en 1928, dans une villa luxueuse et un hôtel de rêve. Entrée d’un riche couple d’Américains, des invités tout droit venus de Hollywood, du personnel de maison et de l’enfant. Le petit Oscar, qui se fait enlever. Est-on dans Le crime de l’Orient-Express, intrigue que la reine du crime avait dite inspirée par l’affaire du bébé Lindbergh ? Après tout, la présence d’une romancière prénommée Agatha pourrait être un indice. Ou pas. En fait, Musso s’amuse ici énormément, on le sent, et le lecteur s’amusera aussi. Au-delà du drame et des drames, il y a là une lumière, un allant, qu’il fait bon ressentir en ces temps difficiles. Bref, les fans de l’auteur le plus lu de l’Hexagone seront heureux de savoir que ce nouvel opus « mussoïen » est un bon cru.

Sonia Sarfati

Les mots et les morts

Le point de départ est classique : une jeune femme revient, pour les funérailles de son père, au village qu’elle a quitté 15 ans plus tôt dans des conditions dramatiques (l’arrestation de son frère, jugé responsable de deux morts). Bref, ce retour se fait à reculons. D’autant qu’il semble avoir « réveillé » le tueur qui, des années plus tôt, avait assassiné une adolescente dont Amanda (la narratrice principale, c’est elle) avait trouvé le corps. Comprendre qu’il y en a, des disparus, dans Les disparus de Wolfsburg, deuxième roman de Virginie Roy. S’en ajoutent d’autres, dont un ado victime d’un délit de fuite. Pleine de failles (et à la limite du désagréable), Amanda va mener les enquêtes. De front. Et plus efficacement que le policier du cru (mignon, mais inoffensif). Malgré quelques faiblesses (dont un procédé narratif original, mais laborieux, abandonné en cours de route pour des retours en arrière plus convenus, mais efficaces), il y a ici une plume prometteuse.

Sonia Sarfati

Triple jeu

Depuis la finale époustouflante d’Alias Nina P. — qui a reçu de la Société de Saint-Pacôme le prix 2025 du premier polar —, on sait que Chloé Archambault aime raconter des histoires compliquées. La tendance se maintient allègrement dans ce deuxième roman mettant en vedette le personnage improbable de Nina Palaster (alias Ekaterina Yagorova) devenue Rose Ellis en Californie… où elle travaille maintenant comme analyste pour l’Office of the Director of National Intelligence, l’ODNI. Vous suivez toujours ? Or, voilà que Nina/Rose se retrouve sur le terrain pour faciliter le contact avec un pirate informatique russe très convoité… et que tout part en eau de boudin avant qu’on la rejoigne à Montréal, prise entre les services russes et américains, alors que son père vient d’être empoisonné au Novitchok à San Diego. Ouf. Il faut bien sûr ne jamais perdre le fil, mais tout cela est passionnant, même si on est loin de John le Carré. N’empêche, l’écriture souple et pleine de ressources d’Archambault est en train de creuser un filon trop peu souvent exploité ici.

Michel Bélair

Retour en enfer

Emma Fauvel, enquêtrice à la Police judiciaire, est réquisitionnée dans la ville d’Annemasse, près de la frontière suisse, pour tirer au clair une histoire bizarre. Une jeune femme, Adèle Jezequel, vient d’y être enlevée… précisément au même endroit et de la même façon qu’elle l’avait été sept ans plus tôt. À l’époque, l’affaire avait fait grand bruit sans qu’on trouve le coupable, et voilà : rebelote. Emma est d’autant plus concernée par l’histoire d’Adèle qu’elle a aussi vécu des moments pénibles à Annemasse quand elle était toute jeune. En fouillant méticuleusement les dossiers, elle trouve des failles dans la première enquête, mais elle prend surtout conscience du fait qu’elle doit replonger en enfer pour parvenir à y voir clair. Le prix à payer est élevé, car l’histoire est très sombre : on parle ici de corruption et de violences sexuelles sur des enfants. Heureusement, tout cela est raconté dans une langue remarquable aux accents littéraires qu’on ne rencontre pas souvent dans un premier roman.

Michel Bélair

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