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Lundi, des agents fédéraux ont perquisitionné le domicile à Washington de la représentante du Minnesota Ilhan Omar et ont saisi son téléphone, ses ordinateurs personnels, ses carnets et son passeport. La perquisition, menée par Homeland Security Investigations, la branche d’enquête criminelle du service de l’immigration et des douanes (ICE), constitue le premier acte d’une offensive de l’administration Trump visant à révoquer la citoyenneté d’une membre du Congrès en exercice et à l’expulser.
La Gestapo de l’immigration a été lancée contre une élue à propos de documents déposés alors qu’elle était enfant, trois semaines avant une élection où elle est quasi certaine de remporter un cinquième mandat. Première Somalienne élue au Congrès, Omar a remporté ses deux dernières élections avec 74 pour cent des voix et sa primaire d’août avec 81 pour cent.
L’administration Trump s’arroge le pouvoir d’annuler le verdict des urnes et de chasser une opposante politique du Congrès et du pays. Il s’agit d’une attaque contre les droits démocratiques à laquelle toute la classe ouvrière doit s’opposer.
Pour obtenir un mandat de perquisition, les procureurs doivent convaincre un juge qu’il existe des motifs sérieux de penser qu’un crime a été commis et que l’on en trouvera des preuves. De quel prétendu crime s’agit-il ? Les enquêteurs au service de Trump affirment qu’Omar ou son défunt père a déclaré un âge erroné d’un an dans les documents par lesquels elle est devenue citoyenne en 2000, à l’âge de 17 ans. Son père est mort en 2020. La même allégation a été examinée en 2019, puis de nouveau sous l’administration Biden, et ces deux examens ont conclu à l’insuffisance des éléments pour engager des poursuites.
Les procédures de dénaturalisation se déroulent ordinairement sous la forme d’actions civiles fondées sur les propres dossiers du gouvernement. D’anciens responsables de l’immigration ont déclaré à Reuters qu’il est « extrêmement inhabituel que [ces procédures] impliquent des mandats de perquisition ». Nul besoin d’une descente pour consulter un dossier d’immigration vieux de 26 ans. L’administration cherche un fondement qui lui permette d’infliger la sanction que Trump a réclamée à maintes reprises : l’expulsion.
Le soir du 12 octobre, quelques heures après la perquisition, Trump est monté sur scène lors d’un meeting de campagne à Youngstown, dans l’Ohio, et a prononcé une diatribe fasciste contre Omar. « C’est un désastre », a-t-il déclaré. « Elle débarque d’un pays sans lois, sans police, sans armée. Tout ce qu’ils font, c’est se tirer dessus, et elle arrive dans notre pays et elle dit : “J’ai un droit constitutionnel.” » La foule a répondu par des cris de « Expulsez-la ! »
Le jour même où son administration a perquisitionné son domicile, le président a tourné en dérision l’idée qu’une membre du Congrès née en Somalie ait ne serait-ce que des droits constitutionnels.
Omar est membre du Parti démocrate, et le Socialist Equality Party (Parti de l’égalité socialiste) a de profondes divergences politiques avec sa politique. Mais elle est persécutée pour des motifs réactionnaires.
Omar est arrivée aux États-Unis, enfant réfugiée, pour fuir la guerre civile en Somalie, et représente Minneapolis au Congrès depuis 2019. Elle faisait partie, dès l’origine, de la « Squad », composée de quatre femmes démocrates « progressistes » élues pour la première fois au Congrès en 2018, dont Alexandria Ocasio-Cortez, Ayanna Pressley et Rashida Tlaib.
Omar et Tlaib sont dans le collimateur de l’administration Trump parce qu’elles qualifient de génocide la guerre d’Israël contre Gaza. Omar a également qualifié la guerre de Trump contre l’Iran d’« opération illégale » qui « doit cesser immédiatement ». En janvier, lors d’une réunion publique dans sa circonscription, elle a déclaré : « Nous devons abolir l’ICE pour de bon. »
La persécution d’Omar est aussi liée à une campagne fascisante et raciste contre les immigrés somaliens. Lors d’une réunion du cabinet en décembre dernier, Trump a traité les immigrés somaliens d’« ordures » et a déclaré : « Leur pays est pourri. » Ce mois-là, l’ICE a lancé à Minneapolis l’opération Metro Surge, qui s’est étendue à tout le Minnesota et a entraîné plus de 3 000 enlèvements par l’ICE, ainsi que les meurtres des citoyens américains Renée Good et Alex Pretti.
L’administration a mis fin au statut de protection temporaire (TPS) pour les Somaliens et a ouvert un examen des dossiers de naturalisation de personnes originaires de Somalie et de 18 autres pays en vue d’éventuelles dénaturalisations. Le 8 octobre, quatre jours avant la perquisition au domicile d’Omar, Trump a écrit sur Truth Social que « des immigrés somaliens sont en train de prendre le contrôle » du Minnesota, et a exhorté : « Ripostez, Minnesota, ripostez ! »
La fusion de l’agitation anti-immigrés et de la persécution de l’opposition de gauche a une longue histoire aux États-Unis. Entre 1917 et 1921, alors que les États-Unis entraient dans la Première Guerre mondiale et que la classe dirigeante réagissait avec effroi à la révolution russe, l’État américain a mené une guerre contre les droits démocratiques à l’intérieur du pays.
Victor Berger, représentant du Socialist Party pour Milwaukee et lui-même immigré, a été condamné en vertu de la loi sur l’espionnage (Espionage Act) pour son opposition à la guerre. Le 10 novembre 1919, la Chambre des représentants a voté par 311 voix contre 1 pour lui interdire de siéger. Ses électeurs l’ont réélu et, le 10 janvier 1920, la Chambre l’a de nouveau exclu, par 330 voix contre 6.
La citoyenneté de l’anarchiste Emma Goldman découlait de son mariage avec Jacob Kershner, et en 1908 le gouvernement a révoqué la naturalisation de ce dernier. Jugeant que la révocation de la citoyenneté de son mari avait annulé la sienne également, les autorités décidèrent de l’expulser. Le 21 décembre 1919, Goldman et 248 autres personnes ont été embarquées à bord du Buford, l’« Arche soviétique », et expulsées vers la Russie. J. Edgar Hoover, alors âgé de 24 ans, se trouvait à bord pour assister à leur départ.
Cela s’inscrivait dans une attaque plus large contre toute opposition politique. Des opposants à la guerre ont été emprisonnés en vertu de l’Espionage Act, les journaux socialistes ont été interdits d’acheminement par la poste, et la loi sur l’immigration de 1918 a autorisé l’expulsion des anarchistes, des socialistes et des organisateurs syndicaux immigrés. Joe Hill, chanteur, auteur-compositeur et militant ouvrier, a été exécuté à la prison de Sugar House, dans l’Utah, en 1915, après avoir été victime d’un coup monté pour meurtre. Frank Little, lui aussi membre des Industrial Workers of the World (IWW), a été lynché avec brutalité par des agents de la Pinkerton à Butte, dans le Montana, en 1917.
La leçon de cette période est que l’attaque contre les immigrés et l’attaque contre la gauche politique forment une seule et même opération. L’opposition à la guerre et à l’exploitation est présentée comme l’œuvre d’étrangers, et la naissance à l’étranger devient un motif pour la réduire au silence.
Dans la situation actuelle, l’enjeu dépasse de très loin le sort d’une seule élue du Parti démocrate. Quelque 26 millions de citoyens naturalisés vivent aux États-Unis, selon le Service de recherche du Congrès (Congressional Research Service). Le Transactional Records Access Clearinghouse a recensé au moins 105 actions civiles en dénaturalisation durant les sept premiers mois de 2026, dont 50 pour le seul mois de juillet. Sur l’ensemble de la période allant de 2008 à 2025, il en a recensé 125.
L’attaque contre Omar s’inscrit aussi dans une conspiration visant les élections elles-mêmes. Le 15 octobre, le ministère de la Justice a poursuivi la Californie en justice afin d’empêcher le décompte des bulletins de vote par correspondance de plus de 20 000 électeurs inscrits qui, selon lui, seraient probablement des non-citoyens. Une affirmation similaire, portant sur près de 16 000 non-citoyens figurant sur les listes électorales du Nevada, s’est effondrée lorsque l’examen mené par l’État n’en a pas établi un seul.
L’objectif n’est pas de purger les listes électorales de quelques électeurs inéligibles. L’administration prépare le terrain pour déclarer frauduleux les résultats de l’élection du 3 novembre, pour écarter des bulletins dans des États qu’elle ne remporte pas, et pour considérer tout résultat qu’elle rejette comme le produit du vote d’« étrangers ».
La réponse de l’establishment du Parti démocrate est essentiellement le silence. Alexandria Ocasio-Cortez, démocrate des Democratic Socialists of America (DSA) et elle aussi membre de la « Squad », n’a pas publié le moindre communiqué de presse sur son site web parlementaire pour dénoncer la campagne fascisante contre Omar. Alors que le compte Instagram d’Ocasio-Cortez regorge de mises à jour quotidiennes sur les démarches de la représentante pour congeler ses ovules, on n’y trouve rien sur l’ICE ni sur la tentative de l’administration Trump de dénaturaliser et d’expulser sa collègue.
Le chef de la minorité au Sénat, Chuck Schumer, fervent partisan du génocide à Gaza, n’a pas dit un mot au cours des plus de cinq jours écoulés depuis la perquisition du domicile d’Omar.
Les attaques les plus virulentes des démocrates contre Trump sont réservées à sa politique envers la Russie, et non à son offensive contre les droits démocratiques. Ce qu’ils redoutent, ce n’est pas la dictature, mais un mouvement de la classe ouvrière qu’ils ne peuvent pas contrôler. Un parti qui répond à la persécution de l’un de ses propres élus par un simple communiqué de presse aux termes mesurés ne défendra pas les droits des travailleurs.
Trump est l’incarnation d’une oligarchie financière confrontée à une crise économique et géopolitique qui s’aggrave. Celle-ci mène une guerre mondiale en escalade et se heurte à une résistance grandissante de la classe ouvrière sur le plan intérieur. La concentration sans précédent de richesses entre les mains d’un petit groupe de milliardaires est incompatible avec des formes démocratiques de gouvernement, et la classe dirigeante se tourne vers la dictature. Comme il y a un siècle, la désignation des immigrés comme boucs émissaires sert à diviser la classe ouvrière et à préparer la répression contre toutes les formes d’opposition.
La défense des droits démocratiques est une question de classe. Les travailleurs nés dans le pays et les travailleurs immigrés doivent s’unir dans des comités de base sur chaque lieu de travail et dans chaque quartier pour s’opposer aux rafles, aux expulsions et aux dénaturalisations. Ce combat doit être relié à la lutte contre la guerre, contre l’oligarchie capitaliste et contre le système qui les engendre.


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