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Écrans de fumée sur les particules… Les feux dans les cheminées interdits autour de Lille

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Auteur(s) G. L. Publié le 15 octobre 2026 – 10:10

Pexels

À partir du 1ᵉʳ novembre, allumer un feu dans une cheminée ouverte devient une infraction dans 95 nouvelles communes. Cette fois c’est la métropole lilloise qui est concernée, au moment même où des millions de Français peinent à remplir leur assiette, à ceux-là, on leur interdit le petit feu du réconfort. Et une fois de plus ce seront les plus démunis qui souffriront.

Il aura suffi d’un communiqué préfectoral, pour que la flambée du dimanche rejoigne la longue liste de ces petits gestes ordinaires que l’administration a décidé de requalifier en atteinte à l’intérêt général. Dans toutes les communes de la MEL, la cheminée sans porte ni vitre sera proscrite dès le 1ᵉʳ novembre, en chauffage principal comme en appoint, et jusqu’à la bûche allumée comme réconfort, un soir de pluie, un soir de spleen. Et à la clé, une amende bien sûr qui pourrait grimper jusqu’à 1 500 euros. Une broutille pour le smicard qui, un soir de bise, décidera comme appoint de brûler quelques branches sèches ramassées dans la forêt domaniale.

Le motif officiel tient dans le plan de protection de l’atmosphère, approuvé en août 2025, qui impute au chauffage au bois près de 70 % des émissions de PM2,5 de la métropole, un chiffre tiré d’un inventaire des rejets locaux qui ne dit à peu près rien, comme il se doit, sur l’air que respirent réellement les Lillois. En effet une bonne part des particules mesurées dans le Nord se forme dans l’atmosphère à partir de l’ammoniac des épandages et des oxydes d’azote, ou arrive avec les masses d’air venues de Belgique, d’Allemagne et de l’est de l’Europe, comme Atmo Hauts-de-France le rappelle si bien à chaque épisode de pollution. Contre les panaches des bassins industriels voisins, la préfecture du Nord ne peut évidemment rien, ce qui rend la bûche du particulier autrement plus commode à verbaliser. Remplacer l’âtre coûte cher, et la Prime Air de la MEL, comprise entre 1 000 et 2 850 euros, laisse l’essentiel de la facture à la charge du ménage dès qu’il s’agit d’une pompe à chaleur.

Un calendrier qui tombe bien mal, puisque le 12 octobre, comme le rappelait France-Soir, une étude OpinionWay pour Action contre la Faim établissait que 13 % des adultes, soit quelque 7 millions de personnes, déclarent manquer de nourriture en France. Et dans ce pays-là, le feu de bois n’a rien d’un caprice, il reste le dernier chauffage qui ne passe ni par compteur, ni par facture, pour ceux qui vont encore ramasser dans les forêts le bois mort.

Mais la ressource elle aussi se rarifie, la loi du 2 février 2023 a créé une contravention pour toute pénétration non autorisée dans une propriété rurale ou forestière privée, dès lors que celle-ci est signalée, avec 135 euros d’amende forfaitaire et jusqu’à 750 euros possible, alors que les trois quarts de la forêt française appartiennent à des particuliers. Reste le bois mort des forêts publiques, toléré au mieux pour un usage personnel et dans la limite de ce que l’on porte à bout de bras.

La cheminée ne fait que s’ajouter à un empilement de règles qui visent, texte après texte, tout ce qui permettait de vivre un tant soit peu en autonomie, en marge du supermarché et du fournisseur d’énergie. Les poules du jardin doivent être déclarées en mairie et confinées sous filet dès que le « risque aviaire » est relevé, les puits domestiques font l’objet d’une déclaration obligatoire depuis 2009 et tombent sous le coup des arrêtés sécheresse, tout comme l’arrosage du potager, encadré par tranches horaires dès que le niveau d’alerte grimpe. Quant aux semences paysannes, il aura fallu la condamnation de Kokopelli en 2012, puis des années de bataille, pour qu’une loi de 2020 autorise enfin leur vente aux jardiniers amateurs, sans desserrer pour autant l’emprise du catalogue officiel sur les agriculteurs.

Aucun de ces textes n’est réellement défendable, aucune étude d’impact, aucun objectif sanitaire. Mis bout à bout, on dessine une société où l’on peut désormais avoir froid et faim, mais en conformité, sous peine de se voir amputé une bonne part de son salaire à la première incartade.

Source : France Soir

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