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«Nino»: la traversée de Paris de Théodore Pellerin

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C’est vendredi, et Nino, un jeune Parisien, se rend à l’hôpital pour une consultation de routine. Du moins le croit-il. En effet, on lui apprend plutôt qu’il est atteint d’un cancer de la gorge, et que la chimiothérapie débutera dès le lundi suivant. Dans l’intervalle, Nino va de déambulations en rencontres, certaines prévues, d’autres fortuites. Alors que la réalité de sa maladie le rattrape, à l’instar des possibles conséquences du traitement, Nino fait face à des questionnements existentiels inédits pour lui. Écrit et réalisé par Pauline Loquès, Nino a valu au Québécois Théodore Pellerin le Prix de la révélation à la Semaine de la critique à Cannes. On s’est entretenu avec la cinéaste.

Il faut savoir que le protagoniste est en partie inspiré par un ami proche de la scénariste-réalisatrice, celle-ci lui ayant dédié ce premier long métrage.

« C’est le personnage qui est venu en premier, oui : le récit s’est construit autour de lui. J’avais l’image de ce jeune homme portant des vêtements larges, comme une ombre, avec son phrasé un peu hésitant, et qui reçoit ce diagnostic effrayant. Pendant de longs mois toutefois, je n’ai eu que ça dans ma tête : cette image. Je ne savais pas du tout quoi en faire », se souvient Pauline Loquès lors d’un tête-à-tête organisé pendant sa venue à Cinemania.

Finalement, la scénariste-réalisatrice se rendit compte qu’il pourrait être intéressant de simplement « suivre » Nino durant cette fin de semaine de flottement.

« Le plus étrange, c’est que, pendant l’écriture, j’ai vraiment eu l’impression de le suivre. C’était si bizarre… Je me disais : “Tiens, il va chez sa mère. Tiens, il croise son meilleur ami.” Ce qu’il faisait me surprenait, comme si je n’en étais pas l’instigatrice. C’est le personnage qui a pris possession du scénario. »

Différentes facettes

La structure dudit scénario est d’une élégante simplicité, tout de rencontres successives, construites une personne à la fois.

« On commence le film sans connaître le protagoniste, alors qu’il lui arrive quelque chose de grave. Et je me suis dit que ce pourrait être intéressant qu’on le découvre au fur et à mesure qu’il se découvre lui-même. Or, c’est par l’entremise des autres personnages, que Nino se révèle. »

Ainsi la mère de Nino le perçoit-elle d’une certaine façon, tandis que son meilleur ami le voit autrement, et ainsi de suite. Et tout le monde a au fond raison.

« Ça, c’est quelque chose dont je suis convaincue : je ne crois pas à une identité fixe. Je crois que chaque nouvelle rencontre fait de nous quelqu’un d’un tout petit peu différent. Chaque rencontre est une tentative de connexion visant à briser, momentanément, ce mince filtre qui nous sépare les uns des autres. Je voulais explorer comment le moment présent et une atmosphère donnée font en sorte que, par exemple, vous vous sentez tout à coup très proche d’une personne inconnue, ou très loin de votre meilleur ami. »

La dynamique des duos s’imposa d’elle-même. Ce faisant, la cinéaste crée des situations extrêmement satisfaisantes et complètes malgré leur relative brièveté individuelle.

« J’ai tâché de ne pas offrir des archétypes de relations, mais des relations qui soient riches et nuancées, comme dans la vie. Je voulais essayer de représenter comment on existe, ou pas, à côté de quelqu’un. À titre d’exemple, Jeanne [Balibar, qui joue la mère de Nino] et Théodore ont très bien su montrer, en deux scènes à peine, qu’on peut être distant avec sa mère pour finalement baisser les armes une heure après et être dans un tout autre rapport d’intimité. »

Au sujet de Jeanne Balibar, la vedette de Va savoir, Le bal des actrices et Barbara était, pour Pauline Loquès, la « mère de cinéma » idéale pour Théodore Pellerin.

« Ils ont en commun cette espèce de grande élégance. Ils ont aussi tous les deux une voix particulière. Et ces yeux ! Ces yeux absolument incroyables ! Pour moi, ça allait de soi. J’avais l’intime conviction qu’il se jouerait beaucoup de choses entre eux. »

Une évidence

C’est en l’occurrence après avoir fait le tour des jeunes acteurs français connus et inconnus que Pauline Loquès en vint à élargir son spectre de recherches pour trouver son acteur principal.

« Un jour, ma directrice de casting m’a parlé de lui, de Théodore. Elle m’a dit : “Il est extraordinaire.” J’avoue que je ne le connaissais pas. Un soir, il était 23 h, je me souviens, j’ai regardé le film Chien de garde, de Sophie Dupuis. Et là, j’ai été absolument fascinée. Je n’ai pas pu m’arrêter et j’ai enchaîné avec ses autres films. Bref, dès que j’ai eu connaissance de l’existence de Théodore, il est devenu Nino. J’étais très impressionnée par son talent d’acteur, même si je ne savais pas encore s’il serait en mesure d’aller dans cette intériorité dont j’avais besoin. Sauf que, lorsque je l’ai rencontré, à la seconde où il est entré dans la pièce, ç’a été une évidence. »

De poursuivre la cinéaste : « Dans la vie, Théodore est très pudique. Il parle peu, mais il est très présent dans son écoute. Et c’était ça, la qualité dont j’avais absolument besoin pour le personnage. Ses yeux, son sourire… Quand Théodore sourit, son visage change complètement. Et il a une présence incroyable à la caméra, mais il n’en joue pas : parfois, des acteurs jouent de ça, et ça rompt le charme. Pas Théodore. »

C’est de la fiction

Au sujet de la dimension personnelle du projet, Pauline Loquès confie : « Je voulais faire un film lumineux sur le cancer. »

Un concept qui représentait un défi de taille, puisque reposant sur une contradiction. En même temps, l’originalité de la proposition constituait un atout majeur.

D’ailleurs, situer l’action exclusivement durant les quelques jours qui suivent le diagnostic et précèdent le traitement se sera avéré une décision judicieuse.

« J’ai vraiment plongé en étant déterminée à y croire et à croire en ce personnage. Sauf que, quand on a tourné la scène de fin, soit la première séance de chimiothérapie, j’ai constaté que je n’y croyais pas. J’ai dit à l’équipe : “Dans la vie, ça ne se passe pas comme ça.” Et j’ai soudain ressenti un terrible sentiment d’imposture. Théodore m’a alors dit : “C’est ton film. Si tu as envie que ça se passe comme ça, tu as le droit.” Il m’a aidée à aller dans cette direction, à assumer mon intention ; à assumer mon envie de lumière et d’apaisement. C’est un film qui ne va sauver personne et qui ne ramènera pas la personne que j’ai perdue. C’est de la fiction. Mais ça peut être très beau, la fiction. »


Le film Nino prendra l’affiche le 16 janvier.

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