Difficile d'être plus clair. Le non des Suisses à l'initiative sur la neutralité ne fait pas un pli: plus de 70% de refus pour ce texte voulu, conçu et porté par Christoph Blocher. L'engagement personnel du vieux lion de Herrliberg n'aura pas suffi, ni les millions qu'il a sortis de sa poche. Christoph Blocher, très présent durant la campagne, n'a pas daigné se déplacer au Stamm des partisans, dimanche à Berne, signe sans doute que la défaite était bien plus lourde qu'il ne l'avait envisagé. Et pas facile à avaler.
Lire aussi: La neutralité: la dernière croisade de Christoph BlocherCe non massif, exprimé dans tous les cantons, c'est aussi un immense oui. Un oui à la manière dont le Conseil fédéral applique la neutralité. Et ce plébiscite est une première. Curieusement, alors que la neutralité fait partie de l'identité helvétique, les Suisses ne s'étaient jamais prononcés sur sa définition. C'est chose faite, et cela a le mérite de clarifier les choses à un moment où le monde bascule. Les citoyens veulent une neutralité pragmatique, qui s'adapte, comme cela a toujours été le cas, au contexte international. Ils laissent au Conseil fédéral la latitude nécessaire pour l'appliquer. La Suisse est ancrée dans l'Europe, entourée par des pays de l'UE et de l'OTAN. Et s'il n'est pas question d'y adhérer, elle ne peut faire fi de cette appartenance géographique, politique et culturelle. Ce texte partait de la participation helvétique aux sanctions contre la Russie. Le résultat de ce dimanche montre que les Suisses ne veulent pas y renoncer. Un message qui sera analysé bien au-delà de nos frontières.
Lire aussi: Initiative neutralité des souverainistes refusée: le Conseil fédéral veut continuer à reprendre les sanctions contre des pays en guerreUn message qui devra aussi être décrypté par l'UDC. Le premier parti de Suisse ne joue pas la gagne dans les urnes, ces temps-ci. SSR, Suisse à 10 millions, neutralité… C'est la troisième défaite cette année. Mais celle-ci fait particulièrement mal. D'abord par son ampleur. Mais surtout parce qu'elle touche à ses thèmes de prédilection: neutralité, souveraineté et indépendance. Le non sorti des urnes dit quelque chose de la vision qu'ont les Suisses de leur place dans le monde actuel. Un monde qui bouge, où les menaces se précisent méchamment, et où la guerre hybride ne nous épargne pas.
Les prochaines échéances arrivent à grands pas: la votation sur les exportations de matériel de guerre en novembre et, surtout, celle sur les Bilatérales III, l'an prochain ou en 2028. Le vote de ce dimanche ne préjuge pas de leur issue, mais il pourrait donner des ailes à Ignazio Cassis. Etonnamment, l'initiative sur la neutralité était le premier objet de votation dont il avait la charge. Il s'est imposé haut la main.


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