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Nestlé n’a jamais quitté le podium mondial des pollueurs plastiques depuis 2018 : la même marque de soda l’a devancé à chaque classement

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Une bouteille rouge et blanche échouée sur une plage de Bali, un emballage de nouilles instantanées coincé dans la vase d’un fleuve philippin, un sachet de confiserie à moitié décomposé sur une berge française : ces images, tristement banales, ont un point commun que peu de gens soupçonnent. Depuis que des bénévoles du monde entier trient et photographient méthodiquement les déchets qu’ils ramassent, un même trio d’entreprises revient, année après année, en tête des classements. Et ce qui frappe le plus, ce n’est pas tant la présence de ces géants industriels dans le palmarès, mais leur incroyable stabilité au sommet, comme si la pollution plastique mondiale obéissait à une hiérarchie presque figée.

À retenir

  • Depuis 2018, le rapport Branded de Break Free From Plastic, basé sur plus de 200 000 volontaires dans 87 pays, place systématiquement Coca-Cola, PepsiCo et Nestlé en tête des pollueurs plastiques mondiaux.
  • Coca-Cola domine très largement le classement depuis six éditions, générant plus de déchets que Nestlé et PepsiCo réunis, Nestlé n’ayant quitté le podium qu’une seule fois en 2021 au profit d’Unilever.
  • Face à cette stagnation malgré les engagements volontaires des entreprises, le collectif réclame désormais un traité mondial sur le plastique juridiquement contraignant.

Depuis 2018, le collectif international Break Free From Plastic publie chaque année un rapport baptisé Branded, construit à partir de collectes de déchets et d’audits de marques menés par des dizaines de milliers de volontaires, dans des dizaines de pays répartis sur tous les continents. Ce travail de fourmi, répété sans interruption pendant six éditions, a permis de dresser un portrait précis des multinationales dont les emballages se retrouvent le plus souvent sur les plages, dans les rivières et les décharges à ciel ouvert. Et ce portrait, sans grande surprise mais avec une régularité troublante, met en scène les mêmes acteurs depuis le tout début.

Le podium que personne ne revendique

Il existe des podiums qu’on brandit fièrement, et d’autres qu’on préfère ne jamais commenter. Celui-là appartient clairement à la seconde catégorie. Sur plus de 1 500 marques auditées à travers le monde, un trio d’entreprises concentre à lui seul une part massive des déchets plastiques identifiés lors des opérations de nettoyage. Plus de 200 000 volontaires ont participé à ces collectes et audits depuis 2018, dans 87 pays différents, créant ainsi l’une des bases de données les plus vastes jamais constituées sur la pollution plastique de terrain.

Ce qui rend ce classement si parlant, ce n’est pas uniquement le nom des entreprises pointées du doigt, mais la méthode utilisée pour les identifier : des bénévoles ramassent des déchets, les trient, photographient les logos encore lisibles, puis comptabilisent les occurrences par marque. Un exercice fastidieux, répété chaque année dans des dizaines de pays, qui aboutit toujours au même constat glaçant : les emballages de quelques multinationales se retrouvent dans pratiquement tous les environnements étudiés, qu’il s’agisse d’une plage d’Asie du Sud-Est, d’un cours d’eau africain ou d’un littoral européen.

Nestlé, l’abonné permanent du haut du tableau

Parmi ces noms qui reviennent sans cesse, celui de Nestlé occupe une place particulière. Depuis la toute première édition du rapport Branded, le géant agroalimentaire suisse n’a jamais réellement quitté le sommet du classement. Qu’il s’agisse de sachets de café soluble, d’emballages de confiserie ou de bouteilles d’eau en plastique, les traces de la marque se retrouvent dans la quasi-totalité des pays où les audits sont menés, ce qui en fait l’une des entreprises les plus systématiquement identifiées sur la durée.

Il existe pourtant une nuance intéressante à apporter. Lors de l’édition 2021, un concurrent inattendu est venu bousculer temporairement cet ordre établi : Unilever a dépassé Nestlé, reléguant le groupe suisse à la quatrième place cette année-là. Un épisode isolé, qui montre que ce classement n’est pas totalement figé dans les moindres détails, mais qui confirme paradoxalement la force de l’habitude : cette unique sortie du podium strict n’a duré qu’un an, avant que Nestlé ne retrouve sa place parmi les trois premiers dès l’édition suivante. L’entreprise affirme par ailleurs avoir réduit le poids total de ses emballages plastiques depuis 2018, mais les rapports successifs pointent une stagnation sur plusieurs de ses engagements environnementaux, notamment ceux liés à la réduction effective du plastique à usage unique.

Coca-Cola et PepsiCo, les complices qui ne lâchent jamais la deuxième et troisième place

Si Nestlé incarne la régularité, Coca-Cola incarne quant à lui l’écrasante domination. Depuis six éditions consécutives du rapport, la marque à la bouteille rouge reste systématiquement en tête du classement mondial, et pas de justesse. Au cours des cinq dernières années, les bénévoles ont retrouvé davantage de déchets estampillés Coca-Cola que ceux des deux marques suivantes réunies, un écart qui illustre à quel point la présence de cette multinationale dans l’environnement dépasse largement celle de ses concurrents directs.

PepsiCo, de son côté, complète ce trio avec une constance tout aussi remarquable. L’entreprise américaine occupe presque invariablement la deuxième ou la troisième marche du podium, aux côtés de Nestlé, formant ainsi un ensemble de trois multinationales qui, ensemble, dominent le classement mondial des pollueurs plastiques depuis cinq années consécutives selon les dernières éditions du rapport. Ce triumvirat, composé de deux géants du soda et d’un mastodonte de l’agroalimentaire, illustre une réalité simple : la pollution plastique mondiale n’est pas diffuse parmi des milliers d’acteurs anonymes, elle est en grande partie concentrée autour de quelques marques devenues omniprésentes dans le quotidien de milliards de consommateurs.

Six ans d’immobilisme : ce que ce classement dit vraiment de l’industrie du plastique

Ce qui frappe le plus, au terme de six éditions successives de ce rapport, c’est l’absence quasi totale de renouvellement en haut du classement. Coca-Cola, PepsiCo et Nestlé restent, sur la durée, les entreprises les plus régulièrement citées, aux côtés d’Unilever qui gravite en permanence autour du podium. Cette immobilité en dit long sur les limites des engagements volontaires pris par les grandes entreprises de biens de grande consommation en matière de réduction du plastique à usage unique. Malgré des promesses répétées, des objectifs affichés et des campagnes de communication axées sur le développement durable, les audits de terrain racontent une tout autre histoire, celle d’une production d’emballages jetables qui continue d’alimenter, année après année, les mêmes décharges, les mêmes plages et les mêmes cours d’eau.

Face à ce constat, le mouvement Break Free From Plastic ne réclame plus de simples engagements volontaires, jugés insuffisants au regard des résultats obtenus depuis 2018. Le collectif plaide désormais pour un traité mondial sur le plastique, ambitieux et juridiquement contraignant, capable d’imposer des obligations réelles aux multinationales plutôt que de simples promesses marketing. Une revendication qui prend tout son sens lorsqu’on observe à quel point le même trio de marques occupe, sans discontinuer, le sommet d’un classement qu’aucune entreprise n’a jamais eu l’ambition de quitter volontairement.

En définitive, ce que révèlent ces six années de collectes et d’audits dépasse largement la simple curiosité statistique. Elles mettent en lumière un système industriel où quelques marques, par leur omniprésence et leurs volumes de production, façonnent une grande partie de la pollution plastique mondiale, sans que les classements successifs ne parviennent à infléchir durablement leurs pratiques. Reste à savoir si la pression citoyenne, relayée par ces audits bénévoles menés dans l’ombre des grandes conférences internationales, finira par peser suffisamment lourd pour transformer ces constats en véritables changements industriels.

Brice L.

Rédigé par Brice L.

Brice est un journaliste passionné de sciences. Il collabore avec Sciencepost depuis plus d'une décennie, partageant avec vous les nouvelles découvertes et les dossiers les plus intéressants.

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