Le barrage du Couesnon retient la marée montante puis la relâche à marée basse, avec un débit maximal de 100 m³/s. Ce flot repousse le sable vers le large. Entre 2009 et 2014, près de 40 hectares d’espaces maritimes ont été reconquis dans un cercle de 1 km autour du rocher.
Soit près de 6 fois la surface du rocher, qui compte 7 hectares.
À retenir
- Un barrage sur le Couesnon retient la marée puis la relâche à marée basse, à 100 m³/s au maximum.
- Entre 2009 et 2014, près de 40 hectares d’espaces maritimes ont été reconquis autour du rocher.
- Le barrage représente moins d’un cinquième du coût total du projet, soit 33,90 M€ HT sur 184,74 M€.
Sommaire
Un rocher qui s’enlisait depuis le XIXe siècle
Le site du Mont-Saint-Michel est inscrit au patrimoine mondial de l’UNESCO depuis 1979, et sa baie depuis 2007. L’île se situe à environ 1 kilomètre de la côte nord-ouest de la France. Mais la mer s’en éloignait, un peu plus à chaque décennie.
À partir du milieu du XIXe siècle, on a conquis des polders sur la baie : les fleuves côtiers ont été domestiqués et de nombreuses digues construites. Le niveau des sables s’est élevé, et le Mont s’est retrouvé de moins en moins souvent entouré par la mer. Les modélisations du laboratoire Sogreah le voyaient entièrement cerné d’herbus en 2042. La baie reçoit par ailleurs 3 millions de m³ de sédiments supplémentaires chaque année et se comble de 3 cm par an.
Un premier barrage sur le Couesnon a été construit de 1966 à 1969 pour protéger Pontorson des montées de niveau rapides. Équipé de 6 portes à flot qui s’ouvraient manuellement, il a contribué à l’envasement du fleuve, en amont comme en aval. En bloquant le remplissage du Couesnon, il supprimait aussi l’effet naturel de chasse du fleuve à marée descendante.
L’État décide en 1995 de restituer au Mont son écrin maritime. Une enquête d’utilité publique suit en 2002.
Le chantier court de 2005 à 2015.
Huit vannes et 1 200 000 m³ d’eau stockée
Conçu par l’architecte Luc Weizmann, le nouvel ouvrage a été mis en service en 2009. Sa largeur hydraulique de 78 m se partage entre 2 écluses à poissons de 3 m et 8 passes de 9 m, chacune dotée d’une vanne-secteur. À chaque cycle de marée, il peut stocker jusqu’à 1 200 000 m³, un mélange d’eau douce du Couesnon et d’eau de mer selon les coefficients. L’ancien barrage, situé 20 mètres en aval, a été détruit.
Environ 1 heure avant la pleine mer, les vannes se ferment et les sédiments se déposent côté mer. Dix minutes avant le sommet de la marée, elles s’ouvrent et la rivière se remplit par le dessus avec l’eau la moins chargée en sédiments. Les chasses sont déclenchées 6 heures après la pleine mer, et le courant atteint son maximum de 100 m³/s au bout de 20 minutes.
Ce maximum représente dix fois le débit naturel moyen du Couesnon.
Les essais ont fixé la barre : pour être efficace, une chasse doit libérer 1 million de m³ d’eau, à 100 m³/s pendant 1 h 30 en moyenne, pour un coefficient de 90. Elle se répartit dans deux chenaux séparés par un seuil, où le Couesnon peut divaguer librement. Le stock d’eau est constitué dans le Couesnon et dans l’anse de Moidrey, 35 hectares qui stockent 1,1 million de m³ en moyenne pour un coefficient de 90.
Le lâcher fait monter le Couesnon d’environ 40 cm dans la baie et élargit nettement son lit. La chasse dure de 2 à 5 heures, selon la quantité d’eau stockée.
À la mise en service, les chasses ne portaient que sur 300 000 m³, un volume qui devait être multiplié par 4 après le curage du Couesnon, prévu dès 2010. Le lit s’était déjà élargi de 200 mètres. Les chiffres de l’époque restent des objectifs de chantier, pas des mesures de régime établi.
Ce que la mer a vraiment repris
D’après les données du syndicat mixte citées par la Cour des comptes, les surfaces à caractère maritime dans un rayon de 1 km autour du Mont sont passées de 125 à 156 hectares entre février 2009 et avril 2011. Les surfaces terrestres y ont donc perdu 31 hectares en un peu plus de 2 ans. Sur la période 2009 à 2014, le bilan grimpe à près de 40 hectares. Les travaux ont aussi extrait 1,5 million de m³ de sédiments.
Côté accès, la digue routière a été totalement détruite et le parking de 15 hectares, soit 4 150 places, déplacé à l’intérieur des terres. Un pont-passerelle de 760 mètres a été créé, et l’eau passe désormais en dessous.
Le barrage a coûté 33,90 M€ HT (valeur avril 2006), pour une enveloppe prévue de 34,60 M€. Le financement prévisionnel de l’ensemble du projet s’établissait à 184,74 M€ en mars 2011. L’ouvrage qui fait travailler l’eau représente donc moins d’un cinquième de la facture.
Rétablir n’est pas désensabler
Le projet s’est d’abord appelé « désensablement du Mont », avant d’être rebaptisé dans les années 1990. Vider la baie est jugé irréalisable : il s’agit de dégager quelques km² autour du Mont pour que la mer y revienne plus souvent. Selon certaines analyses, le sable se redépose ailleurs dans la baie, le dispositif n’agissant que sur environ 1,5 % de sa surface. Le barrage, lui, est automatisé : il se pilote selon les horaires des marées, la hauteur d’eau à son pied et la turbidité de l’eau.
Le pont-promenade du barrage permet de passer d’une rive à l’autre avec un point de vue original sur le Mont, et son balcon maritime donne sur la baie. Pour assister à un lâcher, il faut viser environ 6 heures après la pleine mer, en vérifiant l’horaire des marées avant de partir.
Sources : afgc.asso.fr | geosoc.fr


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