À retenir
- Le réseau de vapeur new-yorkais a été mis en service le 3 mars 1882.
- Environ 1 600 établissements sont raccordés, par près de 169 km de conduites.
- La vapeur visible est de l’eau liquide en gouttelettes, et rien ne brûle sous la chaussée.
Sommaire
Un réseau né dans le bas de Manhattan
Le panache blanc qui s’élève d’une bouche d’égout de Manhattan n’est ni de la fumée ni le signe d’un incendie. C’est de la vapeur d’eau, livrée par un réseau de chauffage collectif en service depuis le 3 mars 1882. Quelque 1 600 établissements y sont raccordés, par environ 105 miles de conduites principales et de branchements, soit 169 km.
Le plus grand réseau de vapeur commercial du monde passe sous les trottoirs new-yorkais.
Tout commence dans le bas de Manhattan, le 3 mars 1882. Ce jour-là, une compagnie de vapeur fournit son premier client, l’immeuble de la United Bank, au 88-92 Broadway. En décembre, elle compte 62 clients. Les conduites principales de la ville ne couvrent alors qu’environ 3 miles, moins de 5 km.
Le réseau actuel pèse environ 35 fois plus de conduites qu’à ses débuts. Les 169 km (certaines sources arrondissent à 168) représentent près de 5 fois le tour du périphérique parisien.
Cette même année 1882, un concurrent a tenté sa chance, sans succès. Selon un historique du chauffage urbain aux États-Unis, l’American Heating and Power Company a démarré plus tard dans l’année et provoqué plusieurs explosions dans le bas de Manhattan, apparemment dues à des coups de bélier. Elle a suspendu ses activités peu après et fait faillite.
En 1886, la survivante comptait 350 clients et 5 miles de conduites, et elle amorçait son extension vers le nord. Le blizzard du 11 au 14 mars 1888 a fourni la preuve de sa fiabilité : le réseau a fonctionné pendant toute la tempête.
Le décompte de la clientèle varie selon les sources : près de 1 600 établissements desservis d’un côté, plus de 1 700 clients de l’autre. En 1932, le réseau fournissait déjà plus de 2 500 bâtiments depuis six centrales, dont la massive station de Kips Bay, sur l’East River, près de Midtown. Les chiffres ne mesurent peut-être pas la même chose (bâtiments, clients, établissements), ce qui interdit de conclure à un recul.
D’où vient ce nuage blanc
La vapeur d’eau pure est invisible. Ce que l’on voit au-dessus d’une bouche, ce sont de minuscules gouttelettes d’eau liquide, le même phénomène que la buée sur un miroir ou le nuage au-dessus d’une casserole, d’où cet aspect de fumée blanche.
Deux situations expliquent la vapeur visible dans la rue. La première est une fuite : de la vapeur s’échappe du réseau. La seconde met en jeu de l’eau plus froide, qui touche l’extérieur d’un tuyau brûlant et se vaporise à son contact. Dans les deux cas, rien ne brûle sous la chaussée, puisque la vapeur arrive déjà formée depuis les centrales.
Les cheminées orange et blanc mesurent 3 m de haut.
Elles sont posées sur les bouches pour évacuer la vapeur. Un porte-parole de l’exploitant explique qu’il s’agit de la canaliser au-dessus du niveau des yeux, afin qu’elle ne distraie ni les conducteurs ni les piétons. Un ingénieur du réseau précise qu’elle doit aussi rester loin des passants, parce qu’elle est brûlante.
On en croise dans tout Manhattan, jusque dans Greenwich Village. Pour le même ingénieur, quiconque se promène dans l’île en a forcément déjà vu une.
À quoi sert cette vapeur, et jusqu’où elle va
Cette vapeur chauffe et refroidit des bâtiments, et sert aussi au nettoyage et à la désinfection dans certains établissements new-yorkais. Un immeuble raccordé peut se passer de chaudière, ce qui libère de la place et réduit la consommation de combustible ou d’électricité. Comme la vapeur monte naturellement, rappelle l’ingénieur, les bâtiments sont chauffés sans énergie supplémentaire pour la faire grimper dans les étages.
Le réseau court de la pointe de Manhattan jusqu’à la 96e rue côté ouest et la 89e rue côté est. Il est décrit comme un système de chauffage urbain de première génération : la vapeur circule directement des centrales jusqu’aux immeubles, sous les rues.
Le service fournit environ 15,14 milliards de livres de vapeur par an, selon un porte-parole de l’exploitant, soit près de 6,9 millions de tonnes. La demande culmine en hiver, à cause du chauffage. Le réflexe du piéton est simple : contourner les panaches et les cheminées, car la vapeur qui en sort est brûlante.
L’université Columbia et l’université de New York disposent de leurs propres réseaux de vapeur, plus modestes.
Source : waterworkshistory.us


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