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Nauru a un fonds souverain de 1,3 milliard de dollars alimenté pendant des décennies : il n’en reste presque rien et l’île importe désormais tout ce qu’elle mange

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Un pays a réussi l’exploit de passer du deuxième PIB par habitant mondial à la quasi-faillite en l’espace de deux décennies, tout en perdant simultanément la capacité de nourrir sa population avec sa propre terre. C’est l’histoire de Nauru, minuscule île du Pacifique de 21 kilomètres carrés, dont le fonds souverain a fondu comme neige au soleil et dont les habitants dépendent aujourd’hui presque entièrement des boîtes de conserve importées.

À retenir

  • Un minuscule caillou de phosphate a rendu une île du Pacifique plus riche que presque tous les pays du monde
  • Le fonds souverain créé pour assurer l’avenir a été dilapidé dans des gratte-ciel de luxe et même une comédie musicale londonienne
  • Aujourd’hui, l’île ne peut plus rien cultiver et dépend à 90 % des aliments importés en boîtes de conserve

Sommaire

  1. Un caillou de phosphate qui a rendu ses habitants richissimes
  2. Comment 1,3 milliard de dollars se sont volatilisés
  3. Un paysage lunaire et une assiette 100 % importée
  4. Et maintenant ? Un deuxième fonds, plus prudent

Un caillou de phosphate qui a rendu ses habitants richissimes

Tout commence par une découverte presque anecdotique. En 1896, un employé d’une compagnie maritime tombe sur une pierre étrange sur l’île, qu’il prend d’abord pour du bois pétrifié. C’était en réalité du phosphate d’une pureté exceptionnelle, accumulé pendant des millénaires grâce aux excréments d’oiseaux marins. La présence de phosphate est confirmée en 1901, quand des géologues découvrent que près de 80 % de l’île entière en est constituée.

L’exploitation démarre sous administration coloniale, puis Nauru en récupère le contrôle à son indépendance. Le pays devient indépendant en 1968, et son gouvernement obtient le contrôle de ses opérations phosphatières en 1970. Dès lors, l’argent coule à flots : le pays accumule environ 2,5 milliards de dollars australiens de richesse au début des années 1980, soit plus de 500 000 dollars par habitant pour une population d’à peine 4 000 personnes, ce qui hisse son PIB par habitant au deuxième rang mondial, juste derrière les Émirats arabes unis. Le gouvernement supprime l’impôt sur le revenu, offre logement, santé et éducation gratuits, et la plupart des Nauruans touchent des royalties sans avoir vraiment besoin de travailler.

Ce confort a un revers immédiat : les bateaux de pêche pourrissent faute d’usage, les jardins vivriers sont abandonnés, les cocotiers ne sont plus entretenus. Une génération entière grandit dans un État providence financé, littéralement, par le grignotage du sol sous leurs pieds.

Pour transformer cette manne minière en rente durable, Nauru crée le Nauru Phosphate Royalties Trust. L’idée est simple sur le papier : placer les royalties pour qu’elles continuent à produire un revenu une fois le phosphate épuisé. La valeur de ce fonds atteint 1,3 milliard de dollars en 1990, un pactole colossal pour une population qui ne dépasse pas quelques milliers d’habitants.

Mais la gestion tourne au fiasco. Cet argent est réinvesti dans un portefeuille immobilier et divers projets, mais mismanagement et corruption finissent par ruiner le fonds, entraînant dans sa chute les finances de tout le pays. Parmi les décisions les plus surréalistes : le trust finance des gratte-ciel de luxe et des projets à haut risque qui ne rapportent rien, allant jusqu’à financer une comédie musicale londonienne coproduite par l’un de ses propres conseillers financiers.

La descente aux enfers s’accélère dans les années 1990. Le trust contracte un emprunt de 236 millions de dollars australiens auprès de General Electric pour consolider ses autres dettes ; incapable de rembourser, le gouvernement voit GE saisir tout son portefeuille immobilier international. La banque nationale fait faillite, la société de finance publique cesse ses activités, et en quelques années à peine, un pays qui détenait un demi-milliard de dollars d’actifs se retrouve en quasi-insolvabilité, avec un chômage frôlant les 90 %. La valeur du fonds s’effondre de 1,3 milliard de dollars en 1990 à seulement 300 millions en 2004, et ces chiffres ne sont même pas ajustés de l’inflation, ce qui rend la chute réelle bien plus brutale encore. Acculé, le gouvernement tente diverses stratégies désespérées, de la vente de passeports à des pratiques bancaires offshore controversées, avant d’y renoncer.

Un paysage lunaire et une assiette 100 % importée

L’héritage le plus visible de ce boom minier, ce n’est pas la richesse évaporée : c’est le paysage. L’extraction a laissé des champs de pinacles calcaires sur 80 % de la surface de l’île, rendant cette terre inutilisable ; seule la frange côtière densément peuplée reste potentiellement habitable. Ces pinacles, décrits comme des structures coralliennes déchiquetées pouvant atteindre 15 mètres de haut, forment ce que les Nauruans appellent le « Topside », l’intérieur dévasté de l’île.

Conséquence directe : plus aucune agriculture n’est possible. La terre ne pouvant plus soutenir de cultures, la population locale dépend d’un approvisionnement alimentaire composé de produits importés et fortement transformés. Environ 90 % de la nourriture consommée sur l’île provient de l’importation. Boîtes de conserve, nouilles instantanées, sodas : le régime alimentaire nauruan s’est reconstruit de toutes pièces autour de produits venus par cargo, faute d’autre choix.

Le prix sanitaire de cette dépendance est vertigineux. Selon l’Organisation mondiale de la santé, le pays affiche le taux d’obésité le plus élevé au monde (94 %), et plus de 40 % de la population souffre de diabète. Un chercheur cité par la plateforme ThinkLandscape du Global Landscapes Forum résume la situation en évoquant une forme de « colonialisme moderne » qui opère subtilement à travers l’aide étrangère, les systèmes commerciaux et surtout l’alimentation. Difficile de trouver meilleure illustration : un pays autrefois parmi les plus riches du globe, aujourd’hui incapable de faire pousser une carotte sur son propre sol.

Et maintenant ? Un deuxième fonds, plus prudent

Nauru n’a pas totalement renoncé à l’idée d’épargner pour l’avenir. En 2016, le pays a créé un nouveau fonds intergénérationnel, cette fois co-géré avec deux partenaires extérieurs, Taïwan et l’Australie, précisément pour éviter de reproduire les erreurs du passé. Ce nouveau véhicule reste toutefois d’une taille bien plus modeste que l’ancien pactole, et sa structure comporte des verrous volontaires pour empêcher les retraits impulsifs qui avaient saigné le premier trust. Le pays tire aussi désormais une part significative de ses revenus du centre de traitement de demandeurs d’asile financé par l’Australie sur son territoire, une source de fonds elle aussi jugée fragile et controversée par plusieurs observateurs.

Reste une question qui plane sur l’avenir de l’île : Nauru, qui a déjà épuisé un gisement minier terrestre et un fonds souverain, s’est officiellement positionné comme l’un des pionniers mondiaux de l’exploitation minière des fonds marins. Le pays qui a appris à ses dépens le prix d’une richesse minérale mal gérée s’apprête-t-il à rejouer la même partie, cette fois au fond de l’océan ?

Sources : en.wikipedia.org | devpolicy.org

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Rédigé par L'équipe Sciencepost

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