Six accusés dont trois leaders présumés de la DZ Mafia sont jugés à compter de lundi pour un double assassinat commis en 2019 dans un contexte de rivalités entre narcotrafiquants marseillais, un procès à Aix-en-Provence entouré de mesures de sécurité "sans précédent".
C'est un procès important qui s'ouvre la semaine prochaine à Aix-en-Provence. Six personnes, dont trois leaders présumés de la DZ Mafia sont jugés à partir de lundi pour un double assassinat commis en 2019. Il faut dire que début mars, un coup de filet inédit pour taper ce groupe criminel en son "cœur" a révélé des choses très inquiétantes.
Chose rarissime, l'avocat d'un des accusés a été écroué, soupçonné d'avoir été corrompu par son client, Gabriel Ory, qui serait selon la police l'un des trois "pères fondateurs" de la DZ Mafia.
Les enquêteurs s'interrogent par ailleurs sur l'achat de cordes, talkies-walkies, tenues de policiers faisant penser à un projet d'action violente, selon le ministre de l'Intérieur Laurent Nuñez. Des téléphones ont été aussi retrouvés dans des cellules du quartier d'isolement de la prison d'Aix-Luynes peu avant l'arrivée de Gabriel Ory pour le procès.
Un procès aux dimensions "rarement atteinte"
"Ce procès a une dimension rarement atteinte qui traduit ce qu'est la criminalité organisée et sa prise en compte par l'Etat y compris en terme de sécurisation des biens et des personnes", prévient le procureur général de la cour d'appel d'Aix, Franck Rastoul.
Les faits jugés remontent au 30 août 2019 alors que le terme même de DZ Mafia n'existe pas encore. Ce jour-là, une femme de ménage d'un hôtel Formule 1 proche de Marseille, découvre dans la chambre 120 le corps de deux hommes exécutés par balle dans leur sommeil.
L'identité de l'un d'eux, Farid Tir, 29 ans, sorti de prison un an plus tôt, ne laisse aucun doute sur un règlement de comptes. La seconde victime, Mohamed Benjaghlouli, 29 ans, ami d'enfance du premier, apparaît comme une victime collatérale. Au terme de ses investigations, la Juridiction interrégionale spécialisée (Jirs) de Marseille dessine les contours de l'organisation criminelle qui serait à l'origine de ces faits.
Acteur très impliqué à l'époque dans les guerres de territoires de la drogue selon la police judiciaire, Karim Harrat, 37 ans, est jugé pour meurtres en bande organisée. Il est soupçonné d'avoir, depuis Dubaï, commandité ces faits, ce qu'il a toujours contesté.
Selon l'accusation il aurait été épaulé par Walid Bara, 39 ans, alias "Fondu", son relais sur le terrain et dans la traque de Farid Tir. Il est en fuite depuis mai 2024, au bénéfice de sa libération en raison d'erreurs de procédure commises dans les quatre dossiers le concernant. Il sera donc jugé par défaut et aurait récemment rallié la DZ Mafia.
Les confessions de "Tatoo"
Les enquêteurs ont estimé que les deux hommes qui se sont introduits dans l'hôtel, en possession des codes permettant l'ouverture des portes, seraient Zaineddine Ahamada, 29 ans, et Adrien Faure, 26 ans, qui nient farouchement. Le premier est aujourd'hui considéré par la police judiciaire comme l'un des "meneurs incarcérés" de la DZ Mafia.
Gabriel Ory répondra lui de sa participation présumée à ce double assassinat. Selon le juge d'instruction, le rôle de "Gaby" aurait été celui d'une taupe, "un traître en se faisant passer pour l'ami de Farid Tir", à en croire une proche des victimes.
Il aurait été mis en relation avec Farid Tir par l'entremise d'Amine Oualane, alors détenu. Gabriel Ory aurait notamment remis aux auteurs du double assassinat les codes de l'hôtel ce qui lui vaut de comparaître pour meurtre en bande organisée tandis qu'Amine Oualane, surnommé "Mamine" comparait pour cette mise en relation qualifiée d'association de malfaiteurs en récidive.
Les deux hommes ont, depuis ces faits, été mis en examen dans plusieurs dossiers criminels liés à la DZ Mafia. Décrit par une source policière haut placée comme "ayant perdu toute influence", Karim Harrat n'a lui pas de lien a priori avec cette "hydre" criminelle.
L'accusation repose en grande partie sur les déclarations des proches des victimes et sur les longues confessions d'un certain "Tatoo". Le témoignage de ce trafiquant de drogue "repenti" sera au coeur des débats. Des "déclarations farfelues d'un individu auquel on ne peut accorder aucun crédit", pour Me Inès Médioune, avocate d'Amine Oualane qui plaidera l'acquittement en raison "des éléments erronés retenus contre lui". Le procès doit durer trois semaines pour un verdict attendu le 10 avril.


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