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Municipales : «La politique du logement à Paris, symbole d’un échec socialiste»

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FIGAROVOX/TRIBUNE - Hausse de la fiscalité, construction de logements sociaux, encadrement des loyers... les socialistes, au pouvoir à Paris depuis 2001, ont largement contribué à faire fuir les habitants de la capitale, analyse l’essayiste Erwan Le Noan.

Erwan Le Noan est consultant et essayiste. Il a publié L’Obsession égalitaire. « Comment la lutte contre les inégalités produit l’injustice » (Presses de la Cité, 2023).


La campagne électorale pour la mairie de Paris semble se dérouler comme si l’équipe sortante n’avait ni héritier assumé ni soutien volontaire : tous les candidats, y compris ceux qui en sont issus, paraissent accuser par leur discours le bilan de la gestion municipale – on le sait : la défaite est orpheline. C’est par exemple le cas en matière de logement : même Emmanuel Grégoire joue la carte d’une relative rupture, assurant que, s’il est élu, les Parisiens pourront enfin se loger, «grâce au logement public et à l’encadrement des loyers». Ce domaine, déterminant pour la vie quotidienne, est spécifiquement révélateur : la façon dont il est abordé dessine une scission idéologique fondamentale entre les candidats ; celle dont il est géré indique les défaillances de l’interventionnisme municipal.

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En matière de positionnement politique, une ligne de fracture ressort ainsi des déclarations des postulants à la magistrature municipale, comme de la lecture de leurs programmes. D’un côté, les candidates de droite se placent implicitement – mais sans toujours l’assumer pleinement, du côté de l’offre sur le marché : elles promettent, en somme, de maîtriser le développement du logement social, d’y accroître la mobilité et de lever la bureaucratisation des prix. De l’autre, la gauche met l’accent sur un couple «intervention / interdiction», favorisant des contraintes complémentaires et des régulations additionnelles. Le candidat socialiste promet ainsi d’accroître le nombre de «logements publics» : 60 000 seront construits en un mandat (à titre de comparaison, Paris en a bâti un peu plus du double, 126 000, sur le dernier quart de siècle). Et il envisage la création d’une brigade de police spéciale pour lutter contre les locations touristiques. Entre les deux, le centriste Pierre-Yves Bournazel promet un peu de mobilité, beaucoup de contrôles – et un «nouveau pacte de confiance pour le logement».

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Au pouvoir à Paris depuis 2001, la gauche n’a pas démérité dans l’interventionnisme ! Elle a activement socialisé le secteur. Elle a contrôlé, régulé, fiscalisé. La part des logements sociaux a doublé, passant de 13% en 2001 à plus de 25% en 2025 – l’objectif officiel étant même d’atteindre 40% en 2035 (taux déjà largement dépassé dans les XIIIe, XIXe et XXe arrondissements). L’encadrement des loyers a été mis en place en 2019. Les offensives contre la «spéculation» n’ont cessé de se multiplier. Las ! Rien n’y fait. Près de 300 000 ménages sont sur liste d’attente pour un logement social. Et dans le même temps, environ 80 000 habitants ont fui la capitale depuis 10 ans. Les Parisiens peinent à se loger. Pourquoi ?

La ville de New York a tenté l’expérience. Deux ans plus tard, les loyers n’ont pas baissé et les taux de vacance restent bas, ce qui est illustratif d’un marché toujours aussi tendu.

Dans une économie de marché, les pénuries sont le reflet d’une offre insuffisante : quand la demande excède le nombre de biens disponibles, les prix croissent – et la satisfaction des consommateurs décroît. Elles ont pour cause soit des défaillances de marché (par exemple, parce que les entreprises et les particuliers ne sauraient pas produire les biens ou services nécessaires), soit des contraintes politiques excessives. Dans le secteur du logement, c’est évidemment cette dernière cause, celle d’une régulation mal conçue, qui est éclairante.

Pour répondre à l’enjeu, l’action publique peut choisir deux voies. La première consiste à supprimer les obligations absconses (permettre de construire par exemple), lever les incertitudes (sur la récupération des logements mis en location), encourager la mobilité, inciter à l’investissement et faciliter l’activité économique. La seconde est de se substituer au secteur privé, impasse reposant sur l’idée paradoxale et contradictoire selon laquelle renforcer les causes des problèmes pourrait en être la solution. De fait, ces politiques prennent le risque de porter atteinte à la propriété (qui voudra investir s’il risque de s’en retrouver, même partiellement, arbitrairement privé ?), de plomber la rentabilité (en brouillant l’effet des prix, soumis à un plafond fixé par l’administration), de multiplier les intrusions, les contrôles, les tracasseries administratives et finalement d’évincer le secteur privé. L’interventionnisme nourrit la pénurie. Les consommateurs en sont toujours les victimes. En Argentine, la suppression du contrôle des loyers décidé fin 2023 a, à l’inverse, immédiatement élargi l’offre locative, en particulier à Buenos Aires, et contribué à une détente des prix en termes réels. Là où la régulation avait asséché le marché, sa levée l’a fluidifié.

Ce qui est vrai des locations de long terme l’est également de celles mises à disposition temporairement à des fins touristiques. Variant selon ses déclarations, Emmanuel Grégoire promet de l’interdire de droit ; Pierre-Yves Bournazel quasiment de fait. La ville de New York a tenté l’expérience. Deux ans plus tard, les loyers n’ont pas baissé et les taux de vacance restent bas, ce qui est illustratif d’un marché toujours aussi tendu. À l’inverse, les prix des hôtels ont augmenté (de 14 à 19 dollars par nuit) et l’industrie hôtelière a fait croître son chiffre d’affaires de près de 40% (sans lien avec le nombre de réservations). Lisbonne vient, de son côté, d’alléger les contraintes qu’elle avait mises pour étouffer le marché, faute d’avoir obtenu le moindre résultat favorable aux locations de long terme.

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La contrainte, l’interdiction, l’atteinte à la propriété sont rarement de bonnes solutions pour soutenir l’activité économique. Elles ne le sont pas plus pour améliorer la vie quotidienne des citoyens. Elles produisent des prix plus élevés et des offres plus rares. Le socialisme, municipal ou national, est une voie pour l’échec, dans le secteur du logement ou ailleurs.

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