Lorsque l’on parle de la fermeture du détroit d’Ormuz, on évoque principalement les problèmes d’approvisionnement en pétrole et en gaz naturel. Néanmoins, le blocus met également en péril le transit de l’hélium, un gaz essentiel dans la production de semi-conducteurs. Or, cette industrie pourrait être impactée à l’échelle mondiale.
Une grande partie de la production se trouve dans la zone
Depuis le 28 février 2026, le détroit d’Ormuz est officiellement fermé par l’Iran, suite aux frappes lancées dans le cadre de l’Opération Epic Fury, menée par les Etats-Unis et Israël. Le fait est que ce passage hautement stratégique voit transiter pas moins de 20% des approvisionnements mondiaux en pétrole et en gaz naturel liquéfié (GNL). Il y a peu, nous rappelions le fait que ce blocus traduisait à nouveau la dépendance de nombreux pays aux énergies fossiles et que de plus en plus, le développement des énergies renouvelables est essentiel en matière de sécurité énergétique.
Comme l’expliquait le New York times dans un article du 27 mars 2026, d’autres ressources importantes sont également bloquées dans la zone. Citons le naphta, un mélange d’hydrocarbures liquides issu de la distillation du pétrole brut, essentiel pour la production de plastiques, de médicaments et de textiles synthétiques. Cependant, une ressource en particulier inquiète beaucoup en raison de son importance stratégique : l’hélium.
Gaz inerte, incolore et inodore, l’hélium (He) indispensable à la production de semi-conducteurs. Celui-ci est utilisé pour le refroidissement des wafers (tranches de silicium), la gravure plasma, la détection de fuites mais aussi, comme atmosphère protectrice. Or, dans la mesure où la production se cantonne à certains pays, dont certains se trouvent au Moyen-Orient, les inquiétudes grandissent logiquement. Ceci se conjugue évidement à une hausse de la demande en semi-conducteurs, principalement en raison du développement intensif de l’intelligence artificielle.
Source: DR
Seulement six semaines de réserve d’hélium
Si le premier producteur mondial d’hélium n’est autre que les Etats-Unis, le second est le Qatar et ce dernier assure tout de même un tiers de l’offre mondiale. Cependant, des frappes iraniennes ont endommagé plusieurs lignes de production dans le pays et plusieurs années devraient être nécessaires pour les rendre à nouveau opérationnelles. Pour l’instant, les stocks accumulés avant le conflit permettent de tenir mais malheureusement, les marges se réduisent. Néanmoins, il est question de seulement six semaines de réserve et ce, pour des raisons physiques. Effectivement, passé ce délai l’hélium liquide commence à se réchauffer et se dilater avant de gagner grandement en dangerosité.
Par ailleurs, le groupe industriel français Air Liquide assure l’approvisionnement des grands fabricants de semi-conducteurs. Ce dernier a ouvert une usine en urgence à Taïwan – leader du secteur avec la société TSMC – et tente de diversifier ses approvisionnements. Cependant, la logistique de l’hélium est complexe. En effet, le gaz sous sa forme liquide doit être maintenu à une température proche du zéro absolu dans des conteneurs dédiés, par bateaux et camions.
A l’heure où sont écrites ces lignes, 200 navires transportant de l’hélium sont bloqués dans le détroit d’Ormuz. En cas de pénurie, les diverses entreprises ayant recours aux semi-conducteurs pourraient ralentir leur production et peut-être même la stopper. Enfin, il est important de savoir que pour l’instant, la situation reste encore très floue. En effet, rien ne semble réellement indiquer si le conflit fera à court terme l’objet d’une désescalade où d’un regain d’intensité.


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