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Les quelque 3500 policiers montréalais et leurs 600 véhicules de patrouille seront munis de caméras, a annoncé vendredi la mairesse de Montréal, Soraya Martinez Ferrada, qui veut ainsi renforcer le sentiment de sécurité de la population.
Lorsqu'une intervention policière est remise en question, les citoyens comme les policiers ont intérêt à ce que nous puissions établir les faits. La caméra permet d'avoir une trace objective d'une intervention, a-t-elle justifié en point de presse, vendredi matin.
À ses côtés, le directeur du Service de police de la Ville de Montréal (SPVM) a salué une étape importante dans l'évolution de la pratique.
Je dis bien une étape, parce que ce n'est pas une solution miracle, mais elle fait partie des solutions, a affirmé Fady Dagher.
On a eu plusieurs événements où la caméra était présente et ça n'a pas nécessairement évité un dérapage, a-t-il admis. Mais cela ne veut pas dire que l'outil n'est pas important.
Il faut travailler sur plusieurs autres angles, comme tout ce qui est l'approche policière, tout ce qui est l'approche avec les citoyens. Il y a plusieurs techniques de désescalade, donc, la caméra fait partie d'un des outils qui va nous permettre d'avoir un respect mutuel de part et d'autre.
En plus de caméras, les véhicules de patrouille seront équipés de technologies qui vont permettre notamment la lecture automatisée des plaques [d'immatriculation], a ajouté Mme Martinez Ferrada.
Les directives quant à l'usage des caméras restent à déterminer, a mentionné M. Dagher. Il a toutefois assuré qu'elles ne seront pas allumées 24 heures sur 24, mais seulement lorsque les policiers seront en interpellation ou en intervention, dans certaines circonstances.
Il y a beaucoup de gens qui sont préoccupés que le policier pourra fermer la caméra quand il veut, et la remettre à "on" quand il veut. Ce ne sera pas le cas. Ce sera vraiment de la transparence totale, a juré le chef de police.

Le directeur de la police de Montréal, Fady Dagher, et la mairesse de Montréal, Soraya Martinez Ferrada, annoncent que les policiers seront équipés de caméras d'intervention, lors d'une conférence de presse à Montréal, le vendredi 21 août 2026.
Photo : La Presse canadienne / Christinne Muschi
Déjà un budget prévu
Dans son dernier budget, la Ville de Montréal avait réservé 40 millions de dollars pour assurer l’acquisition et le déploiement de caméras d’intervention.
Mais Montréal attendait le feu vert de Québec pour aller de l’avant. C'est maintenant chose faite, grâce à une récente mise à jour de la pratique policière du ministère de la Sécurité intérieure, explique la Ville.
Montréal, on est prêts. Nous faisons notre part et nous nous attendons à ce que le gouvernement du Québec fasse également la sienne.
À ce chapitre, la mairesse suggère une mutualisation des coûts en termes de stockage de données qui pourrait être faite avec la contribution du gouvernement du Québec.
Pour l'heure, un appel d'offres sera lancé, a indiqué la mairesse.
Ça peut prendre jusqu'à un an avant que vous voyiez même une première caméra arriver sur un policier, a-t-elle prévenu.
Ça va être un déploiement progressif, sur quelques années. Ça ne sera pas fait en un seul coup d'appel d'offres, et ça va nous permettre aussi de lancer tout de suite des consultations, parce qu'effectivement il y a beaucoup de questions auxquelles on doit répondre.
Une mesure pour lutter entre autres contre le profilage racial
La mesure était réclamée de longue date par des intervenants du milieu communautaire, des élus et des citoyens pour renforcer le sentiment de sécurité du public.
Les allégations de gestes racistes qui auraient été commis par des policiers du poste de quartier 39, à Montréal-Nord, ont amplifié ces revendications.
La littérature scientifique est toutefois mitigée sur l'efficacité de tels dispositifs.
Un projet pilote munissant des agents de caméras avait déjà été déployé en 2016 et 2017 au SPVM, sans donner de suite.
L’expérience du projet n’a pas permis de démontrer sans équivoque que les caméras portatives favorisent la transparence des interventions policières, consolident le lien de confiance entre le policier et le citoyen et assurent la sécurité des policiers, peut-on lire dans le rapport du SPVM, publié en 2019.
La SQ pourrait-elle emboîter le pas au SPVM?
Questionnée par Radio-Canada à savoir si elle pourrait aussi déployer de tels dispositifs, la Sûreté du Québec répond qu'elle est favorable à un déploiement plus large des caméras d’intervention et poursuit ses discussions, en ce sens, avec le ministère de la Sécurité intérieure.
Le corps policier rappelle qu'à la suite d'un projet pilote, il a maintenu le déploiement des caméras d'intervention au poste principal de la MRC de La Vallée-de-l’Or.
Cette démarche permet à la SQ de bonifier sa réflexion, de préserver l'expertise développée, d'identifier les meilleures pratiques et de continuer à documenter les impacts opérationnels, technologiques et financiers associés à cette technologie, écrit-on dans une déclaration.
Trois autres mesures
La mairesse a par ailleurs annoncé un règlement interdisant aux citoyens d’insulter le personnel municipal. Ça vaut pour nos policières et policiers, ça vaut aussi pour nos cols bleus, nos cols blancs, nos bibliothécaires, nos sauveteurs, nos inspecteurs et tout employé en contact avec la population, a-t-elle énuméré.
Malheureusement, depuis 2019 à 2025, les situations déclarées d'incivilité, d'agressivité, de menaces et de violence envers le personnel de la Ville ont augmenté de 263 %.
Le SPVM avait réclamé un règlement anti-insulte après la publication d'une vidéo virale montrant une policière ciblée par les propos misogynes d'un citoyen.
Cette mesure doit être adoptée officiellement au conseil municipal en septembre.
Qui plus est, Montréal mettra en place un registre volontaire des caméras privées qui existe déjà dans un projet pilote, mais qu'on veut pérenniser pour les citoyens et les commerçants qui souhaitent rendre leurs images accessibles lorsqu'elles peuvent contribuer à une enquête, a ajouté la mairesse.
L'utilisation de ces technologies soulève des questions tout à fait légitimes : l'accès aux images, leur conservation, leur utilisation, les règles d'activation, a admis Mme Martinez Ferrada.
C'est pourquoi nous allons consulter les communautés, les organismes et les différentes parties prenantes. Ça fera partie d'une annonce ultérieure, ce processus de consultation.
Finalement, la Commission de la sécurité publique de la Ville sera chargée, avec l’appui d’experts indépendants, d'évaluer le bilan de la première année de la nouvelle mouture de la Politique sur les interpellations policières du SPVM.
Pas une panacée, selon des experts
Pierreson Vaval, directeur général de la Coalition Pozé, qui œuvre pour la prévention de la violence auprès des jeunes à Montréal, accueille favorablement cette initiative, tout en insistant sur le fait que les caméras d'intervention ne sont pas, selon lui, une solution magique.
Les caméras ne devraient pas être l'action principale pour lutter contre le profilage racial, a-t-il avancé en entrevue sur ICI RDI, vendredi matin.
Parce que, si on se remet dans le contexte du poste 39, s'il y a une volonté de la part de certains policiers d'humilier des jeunes, d'humilier des individus, ils vont s'arranger pour que ça se passe dans l'angle mort des caméras, a-t-il donné en exemple.
Une réforme plus profonde de la culture policière est nécessaire, croit-il.
C'est très important de s'assurer qu'on ait une stratégie, un plan, qu'on ait des liens, de la communication avec les citoyens pour lutter ensemble contre le profilage racial et le racisme dans nos communautés.
Pour sa part, Rémi Boivin, professeur à l'École de criminologie de l'Université de Montréal, est un défenseur de cette technologie, mais croit qu’il reste des questions sans réponse, notamment sur le stockage des vidéos.
J'utilise toujours la même image : imaginez que vous venez de prendre 7 heures de vidéo sur votre téléphone. Ce qui va coûter cher, c'est de garder les vidéos, ce n'est pas tellement de les prendre. C'est la même chose pour les caméras portatives, a-t-il illustré en entrevue au micro de Tout un matin, sur ICI Première.
Qu'est-ce qu'on fait avec les vidéos enregistrées? Qu'est-ce qu'on conserve? Combien de temps on les conserve? Lesquelles on conserve? C'est toutes ces questions-là qu'il faut régler en amont, a détaillé le chercheur.

5:36
Avec les informations d'Édouard Beaudoin


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