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Deux entreprises établies à Sherbrooke ont développé des solutions « novatrices » pour s’attaquer aux PFAS présents dans l’eau. L’une avance même être capable de « détruire » les « contaminants éternels ». Des technologies qui arrivent à point alors que le gouvernement du Québec vient de rendre obligatoire le suivi de ces « contaminants éternels » rejetés par les lieux d’enfouissement.
L’entreprise E2METRIX – rachetée en 2024 par Ovivo - qui est établie dans le parc industriel de Sherbrooke, développe depuis huit ans une solution pour traiter et détruire les contaminants éternels.
Les PFAS sont des produits chimiques utilisés dans de nombreux objets quotidiens, comme les imperméables. Très persistants dans l’environnement, ils sont considérés comme un enjeu de santé publique en raison de leurs effets nocifs, notamment sur les femmes enceintes.
La directrice générale d’E2METRIX, Ihsen Ben Salah, affirme que leur technologie a maintenant fait ses preuves, notamment aux États-Unis, où la réglementation est plus sévère. On est capable de dépasser 99,9 % d’efficacité, dit-elle.
Capter et détruire
Le système d’E2METRIX permet dans un premier temps de capter les PFAS présents dans l’eau par le fractionnement par mousse. Les PFAS se retrouvent donc emprisonnés dans une mousse.
Ensuite, un système d’électro-oxydation va détruire les contaminants. Il s’agit ici d’utiliser un courant électrique. Une solution innovante puisque plusieurs systèmes de traitement déjà implantés, comme celui du charbon activé, ne font que transférer les contaminants présents dans l’eau dans une autre matière. Il faut ensuite gérer cette matière.
Notre approche, ce qui la distingue, c’est que ça détruit définitivement les PFAS. On ne fait pas juste déplacer les PFAS, souligne Ishen Ben Salah.

Le système électro-oxydation pour détruire les PFAS.
Photo : Radio-Canada / Thomas Deshaies
On a des paramètres opérationnels qui sont très simples. On n’utilise pas de produits chimiques toxiques. C’est un procédé très soft. N’importe quel opérateur qualifié peut opérer notre système sans problème.
Ishen Ben Salah avance que le système peut être utilisé pour traiter les eaux des sites d’enfouissement, mais aussi des usines d’eau potable. La majorité des usines de traitement du Québec n’ont actuellement pas de technologie pour traiter efficacement les PFAS.
Une résine réutilisable
L’entreprise Ecofilter Tek est quant à elle basée à l’Université de Sherbrooke. En laboratoire, son président-directeur général nous présente une résine créée pour capter les PFAS dans l’eau.
L’innovation, selon Farhad Farnia, c’est qu’il est possible ensuite de décharger la résine de ses PFAS, tout simplement en abaissant le PH. Les PFAS concentrés sont transférés dans un liquide.
La matière peut donc être réutilisée plusieurs fois pour traiter l’eau, ce qui réduit les coûts pour les opérateurs des usines de traitement des eaux. Il y a quelque chose de vraiment exclusif avec notre technologie pour éliminer les PFAS. C’est régénérable, ce qui est vraiment unique dans le marché, avance M. Farnia. L’entreprise ne s’occupe toutefois pas du volet destruction.
On a testé beaucoup aux États-Unis, au Canada et en Europe. On a commencé à installer un projet pilote en Californie et un autre au Québec.
Ecofilter Tek a déployé une usine pilote dans une municipalité du Québec. Nous sommes prêts à collaborer avec les municipalités pour valider notre technologie, souligne-t-il.
L’entreprise prévoit ouvrir une usine pour produire sa résine en grande quantité à Sherbrooke.
Une réglementation nécessaire
La directrice générale d’E2METRIX croit qu’il faudra un resserrement de la réglementation au Québec pour que les systèmes de traitement des PFAS puissent être implantés à grande échelle.
S’il n’y a pas la réglementation qui pousse à adopter des systèmes pour adresser la problématique, il n’y aura pas des efforts, nécessairement, qui se feront. C’est malheureux, mais c’est la réalité du traitement des eaux, soutient Ishen Ben Salah.
C’est la réglementation qui va amener ces technologies.
L’entrée en vigueur le 16 août de l’obligation du suivi de ces contaminants dans les lieux d’enfouissement est vue comme un pas dans la bonne direction. On a espoir qu’à partir de ce moment, on pourra voir une réglementation pour les sites, souligne Ishen Ben Salah.
L’entreprise prévoit faire une démonstration dans un lieu d’enfouissement de la Mauricie dès l’été prochain.
Et les coûts?
Les technologies nécessiteront toutefois des investissements importants. Malgré tout, les deux entreprises soutiennent que les coûts seront moins élevés que d’autres technologies déjà existantes.
Ce ne sont pas des technologies accessibles puisque le problème est vraiment complexe. Mais on a fait l’analyse comparative économique avec le charbon activé et, de loin, l’électro-oxydation est plus abordable à moyen terme, admet Mme Ishen Ben Salah.
Ecofilter Tek avance que le coût de sa résine réutilisable permet de réduire les coûts d’environ 40 % comparativement à ceux d’une résine qu’il faut jeter. On peut regénérer notre résine, souligne Farha Farnia.

Le président-directeur général de Ecofilter Tek est Farhad Farnia.
Photo : Radio-Canada / Thomas Deshaies
Ne pas manquer le bateau
Le vice-président de l’organisme à but non lucratif AquaAction, Olivier Anderson, appuie les deux entreprises sherbrookoises. C'est un marché qui est en grande croissance autour du monde. Ça va doubler en grandeur dans les cinq prochaines années, avance-t-il.
Il croit que le Québec peut devenir un chef de file dans le traitement des contaminants éternels qui est un enjeu mondial. Il faut développer cet écosystème de technologie pour vraiment être maître chez nous, pour s’assurer que c’est nous qui développons des solution, estime-t-il.
À l’aube des élections, il invite par ailleurs les partis politiques à s’engager à soutenir le développement de solutions pour protéger l’eau.


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