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Une Coupe du monde en Amérique du Nord et aucun match à Montréal. Malgré ce constat « décevant » pour les partisans, plusieurs se mobilisent pour inclure la métropole dans la fête à travers des initiatives citoyennes.
Presque une « religion ». Voici comment Doro Saiz décrit le soccer pour plusieurs diasporas montréalaises. L’entrepreneur a décidé d’organiser le Mondial Foot 26, un événement diffusant à Montréal tous les matchs de la Coupe du monde de la FIFA. Pour lui, il aurait été « dommage de ne pas […] mobiliser les communautés » d’origines variées établies dans la métropole, étant donné la proximité et les nombreux matchs dans le même fuseau horaire.
Pour Doro Saiz, les événements comme le sien ont aussi pour but de canaliser une « certaine frustration » de la part des fans de soccer montréalais de ne pas voir de parties sur leur territoire.
En 2021, la Ville de Montréal a retiré sa candidature pour héberger des matchs de la présente Coupe du monde. Au printemps dernier, une enquête de Radio-Canada a révélé les exigences de la FIFA, qu’avait jugées excessives la ministre du Tourisme de 2018 à 2025, Caroline Proulx. La FIFA réclamait notamment l’exclusivité sur les événements sportifs et culturels à Montréal de mai à août.
Interrogé sur la question, l’organisateur de soirées de visionnement ne pense pas que ces révélations et les relations canado-américaines auront un effet sur l’emballement pour le Mondial. « Ce qui compte pour [les fans], c’est le match, c’est la nation, et tout le reste est secondaire. Le sport a cette capacité ou cette vertu de pouvoir faire oublier les soucis, le temps de 90 minutes », exprime-t-il.
Un constat partagé par Maélys Druilhe, étudiante au doctorat en sciences politiques à l’UQAM. Celle qui travaille sur la géopolitique du sport à la Chaire Raoul-Dandurand explique que, bien que « la FIFA suscite clairement une forme de rejet et de désamour » — les controverses et scandales la concernant ne sont pas nouveaux —, le « consommateur du spectacle sportif a tendance à séparer [le sport de l’organisation] ».
Un intérêt incertain ?
L’enthousiasme réel des Québécois pour la Coupe du monde de la FIFA reste fragmenté. Selon un coup de sonde publié mercredi par l’Observatoire international en management du sport de l’Université Laval, seule 34 % de la population serait intéressée par la compétition et 59 % auraient des sentiments défavorables envers cette dernière.
Une perception qui n’inquiète pas l’analyste sportif Sydney Fowo. Le commentateur à RDS insiste sur une pratique croissante du soccer et sur une amélioration de sa perception dans la province. En effet, une récente étude publiée par la Fondation Bon départ soulignait que le soccer est le sport le plus pratiqué par les jeunes au Canada.
Même s’« il y a des personnes qui ne voient pas dans leur entourage immédiat de l’intérêt pour le foot, ça n’empêche pas que c’est un sport très populaire au Québec », explique M. Fowo.
« C’est sûr qu’on ne s’attend pas à ce que tous les matchs soient pleins », expose Doro Saiz. Mais lors des parties des grandes diasporas, comme la Côte d’Ivoire, l’Algérie, la Colombie ou la France, l’organisateur de Mondial Foot 26 « s’attend quand même à avoir de l’affluence ».
Pour Sébastien Roc, c’est la qualification historique de l’équipe nationale d’Haïti, une première depuis 1974, qui lui garantit une foule à son rassemblement. « Présentement, c’est la folie », rigole le fondateur d’Ayiti Makaya, une entreprise vouée au rayonnement de la culture haïtienne au Québec.
L’équipe de M. Roc organise des soirées de visionnage pour les trois premiers matchs… qui affichent complet. Elle dit attendre de « 500 à 600 » personnes par diffusion. Toute cette mobilisation vient du « rêve » qu’est en train de vivre cette nation. « C’est un moment historique de fierté pour nous », résume Sébastien Roc.
Quelques petites controverses
Pour « le grand fan de foot » qu’est Boucif Rahmani, la déception ressentie lors du retrait de Montréal s’est atténuée au dévoilement de l’horaire de la compétition. « Quand je vois les matchs qu’ils ont donnés au Canada, l’importance [de ces derniers], l’organisation, etc., c’est peut-être un mal pour un bien », explique-t-il.
Le futur étudiant en génie mécanique à l’Université Concordia suit le soccer depuis qu’il est « tout petit » et se dit « dérangé » par quelques changements apportés à cette édition. Les « pauses fraîcheur », deux interruptions de trois minutes à la moitié d’une mi-temps, normalement exceptionnelles selon la température, sont instaurées à toutes les rencontres. « C’est un peu une pause artificielle qui peut couper le rythme, la dynamique du match », affirme Boucif.
Plusieurs voient ces pauses comme une occasion de publicité supplémentaire et des temps pour que les entraîneurs modulent leur stratégie. Pour l’étudiant, « un match de foot n’est pas conditionné comme ça ». Malgré toutes les controverses, il dit avoir « hâte » à cette Coupe du monde.
La Coupe du monde sera lancée jeudi au Mexique, où l’équipe locale affrontera l’Afrique du Sud. Le premier match en sol canadien aura lieu vendredi entre l’équipe nationale et la Bosnie-Herzégovine.


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