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Médecins ailleurs, mais pas ici

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Des médecins formés à l'étranger ont immigré au Canada, en espérant continuer à pratiquer leur profession. Un grand nombre d'entre eux ont cependant été contraints de se tourner vers d'autres emplois afin de rester utiles à la société et pourvoir aux besoins de leurs familles.

Installés depuis un quart de siècle en Alberta, les docteurs Nganda Luki et Faustin Yashima, originaires de la République démocratique du Congo (RDC), font partie de ces passionnés de médecine dont la pratique s’est arrêtée après leur immigration au Canada.

Formés et expérimentés

Détenteur d'une spécialisation en microbiologie médicale obtenue en Belgique, Nganda Luki a travaillé comme chargé de cours de microbiologie médicale aux Cliniques universitaires de Kinshasa. Il a également été très impliqué dans la lutte contre le VIH et les infections diarrhéiques.

Portrait d'un homme

Le Dr Nganda Luki, médecin spécialisé en microbiologie médicale.

Photo : Radio-Canada / Jean-Marie Yambayamba

De son côté, Faustin Yashima Tshite a obtenu un diplôme en santé publique, toxicologie et médecine du travail en Belgique. Après quelques années de pratique en RDC, il a quitté ce pays en 1996 à cause de la guerre, et c'est le Canada qu'il a choisi.

Quand on m'avait donné le visa, on m'avait dit: “On vous cherche au Canada“.

Un accueil plus nuancé

Mais une fois arrivé, le message a changé. On m'avait envoyé un papier disant : “pour continuer le traitement de votre dossier, vous devez signer un papier disant que le Canada ne vous garantit pas que vous travaillerez comme médecin“.

Le docteur Brice Betu-Kumesu, un médecin de famille également d'origine congolaise, est arrivé à Montréal dans les années 1990. Cette situation ne le surprend pas.

Même s’ils sont très qualifiés dans d’autres pays, les titulaires de diplômes internationaux en médecine ne peuvent pas tous faire valoir l'équivalence de leurs diplômes, sauf ceux qui viennent des pays ayant des ententes professionnelles avec certaines provinces.

Un médecin utilise un stéthoscope pour écouter le rythme cardiaque d'un patient.

Les diplômes de médecine obtenus dans certains pays ne sont pas forcément reconnus au Canada. (Photo d'archives)

Photo : getty images/istockphoto / wutwhanfoto

Le docteur Yashima a cru à ce genre d’exception lorsqu'il a immigré au Canada, mais il a vite déchanté.

On nous avait dit qu’on allait prendre les gens qui sont des spécialistes. On nous avait fait remplir des papiers dans l'Ordre des médecins du Québec. À la fin, on nous envoie des lettres pour dire “non, on ne peut plus le faire, vous devez suivre la procédure normale“.

Un processus sans garantie

La procédure de reconnaissance des diplômes inclut une vérification des compétences. Les candidats doivent se préparer à l'examen de la Collaboration nationale en matière d'évaluation (CNE) et à l'examen d'aptitude du Conseil médical du Canada (EACMC).

Malgré leurs coûts et le long temps d’attente pour les passer, ces tests n’ouvrent qu’à un nombre limité de postes de résidence, a constaté le docteur Yashima. Et on vous dit que même si vous réussissez les examens, on ne prendra qu'un petit pourcentage parmi les réussites.

Une association pour changer la donne

Frustrés, découragés mais pas abattus, des médecins diplômés à l’étranger se sont mobilisés, se rappelle le docteur Luki. Nous avons créé un organisme pour aider les médecins francophones qui venaient après nous.

Le groupe créé au Québec en mars 1999 a aujourd’hui pour acronyme AMEQ, pour Association des diplômés à l’étranger au Québec. Son objectif est de mobiliser les médecins concernés, faire pression sur les ordres de médecins provinciaux et les gouvernements dans l’espoir d’obtenir des avancées.

Ex-premier ministre Phillip Couillard avec d'autres personnes.

L'ancien premier ministre québécois, Philippe Couillard, avec des membres d'AMEQ, dont Brice Betu-Kumesu, à sa droite.

Photo : Fourni par AMEQ

Quand Faustin Tshite a déménagé en Alberta, il s’est joint à une association similaire, mais les échanges avec les autorités sont restés infructueux.

Vous parlez avec l'ordre, l'ordre vous envoie aux autorités. Les autorités vous renvoient à l'ordre. Alors finalement, vous êtes au milieu. 

Différence d’approche

Selon le docteur Brice Betu-Kumesu, une différence d’approche est en jeu dans les difficultés que les médecins formés à l’étranger rencontrent.

La tendance occidentale, si je puis me permettre, c'est de ne plus considérer la médecine comme un art, comme une vocation. Avant on pensait à l'art de soigner, aujourd'hui c'est plutôt la science de la santé, donc on veut rendre ça scientifique, [...] il y a cette tendance à perdre cette sensibilité-là, cette vocation-là.

Le directeur d’AMEQ pense que, souvent, l’esprit mercantile prend le dessus sur le service rendu.

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