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Les tardigrades sont de petits êtres plutôt mignons. Comme des oursons. Mais avec huit pattes grâce auxquelles ils semblent se déplacer au ralenti. Et des oursons de pas plus d'un millimètre de long. Ces dernières décennies, les scientifiques leur en ont fait voir de toutes les couleurs. Ils les ont congelés, bouillis, irradiés, envoyés dans l'espace. Pour confirmer que les tardigrades ont décidément de superpouvoirs. Ils survivent à des températures extrêmes allant de -270 à plus de 100 °C, à des doses de radiations plus de 1 000 fois supérieures à celles qui terrasseraient un humain ou encore à des pressions de plus de 74 000 atmosphères, soit plus qu'il n'en faut pour former un diamant !
Un peu partout dans le monde, des équipes cherchent à « hacker » ces superpouvoirs pour en tirer profit. En 2019, par exemple, des chercheurs de l’université de Californie à San Diego (États-Unis) ont percé le secret du bouclier qui permet aux tardigrades de survivre aux radiations. Le gène introduit dans des cellules humaines en culture les a rendues, elles aussi, plus résistantes. Un espoir, par exemple, de pouvoir protéger certains tissus lors des séances de radiothérapie.
Mars, une planète prête à se défendre ?
Mais, en attendant que ces résultats sortent des laboratoires pour s'appliquer à la vraie vie, une équipe de l'université Penn State Altoona (États-Unis) a eu l'idée d'utiliser les tardigrades d'une manière complètement nouvelle. Comme des « tardigardiens de la Galaxie ». Pas pour tester leur résistance donc, mais pour évaluer... la résistance du sol martien ! En d'autres mots, pour étudier l'habitabilité du régolithe. Une question essentielle dans la perspective de futures missions humaines vers Mars.
Le saviez-vous ?
Le régolithe, c’est le nom que les scientifiques donnent aux dépôts minéraux meubles qui recouvrent la roche d’une planète, un peu comme le sol terrestre.
Plusieurs agences spatiales, en effet, font de la protection planétaire un sine qua non de l'exploration. De quoi s'agit-il ? De préserver les corps extraterrestres des contaminants terrestres et inversement. Dans le cas présent, les chercheurs précisent que, si une planète possède son propre mécanisme de défense contre les envahisseurs extraterrestres dans son régolithe, cela pourrait représenter un souci de moins pour la planification des missions spatiales. Cependant, pour les humains désireux d'établir une base sur Mars, cela rendrait délicate la culture de nourriture, par exemple. Un système de défense suffisamment puissant pourrait même nuire directement aux humains.
Les tardigrades peuvent révéler des informations sur les interactions entre la vie et des dépôts minéraux martiens simulés. Les trois images du haut montrent des tardigrades actifs dans un environnement terrestre typique, celui du sable de plage. Les quatre images du bas montrent des tardigrades actifs après un certain temps passé dans des sols martiens simulés ; les flèches indiquent certaines interactions minérales. © Corien Bakermans, Penn State. All Rights Reserved
Des tardigrades en dormance
Dans l'International Journal of Astrobiology, les microbiologistes de Penn State Altoona détaillent comment ils ont testé l'impact sur des tardigrades des bactéries et des champignons présents dans le régolithe martien simulé. Ce dernier a été spécialement conçu pour reproduire la composition minérale et chimique de la surface martienne d'après les relevés du rover Curiosity (Nasa) dans le cratère Gale. Un premier régolithe simulé baptisé MGS-1 représente la surface martienne dans son ensemble. Un second, OUCM-1, imite plus fidèlement la zone d'échantillonnage spécifique, en portant une attention particulière à la composition chimique et minérale.
Ce que les chercheurs ont observé les a surpris. Après deux jours seulement d'exposition au régolithe MGS-1, l'activité des tardigrades habituellement tellement à l'aise en conditions extrêmes s'est considérablement réduite. L'effet était moindre pour le OUCM-1. « Il semble que le MGS-1 contienne une substance très nocive », commente Corien Bakermans, professeure de microbiologie à Penn State Altoona, dans un communiqué. Une substance qu'un simple lavage à l'eau a toutefois semblé éliminer, au moins en partie. « La substance nocive dans le régolithe simulé s'avère soluble. Il pourrait s'agir de sels. C'est inattendu, mais plutôt positif finalement. »
Le régolithe martien pourrait agir comme un système de défense chimique, empêchant les contaminants de le pénétrer, mais un système que l'on peut désactiver. L'eau, me direz-vous, n'est peut-être pas ce qu'il y a de plus accessible sur la Planète rouge. Mais, pour Corien Bakermans, comprendre que le composant nocif du régolithe peut être éliminé par lavage est essentiel pour imaginer des sols martiens plus accueillants pour nos plantes comme pour nous. De quoi continuer de rêver à des colons humains en mesure de cultiver leurs aliments sur le sol de Mars. Au point que le chercheur n'hésite pas à qualifier ces résultats de « petit pas vers un grand pas pour l'humanité ».


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