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Le premier ministre canadien, Mark Carney, a donné un coup de fil mardi matin au prochain premier ministre du Québec, le souverainiste Paul St-Pierre Plamondon, afin de lui offrir sa collaboration pour réaliser ses projets plus pressants que l’organisation du prochain référendum.
« C’est un point tournant pour le Québec, pour le Canada. Il n’y a pas une minute à perdre. Il faut avoir l’audace, il faut agir, il faut bâtir un Québec fort, et dans un Canada fort », a expliqué M. Carney à son arrivée au Parlement d’Ottawa.
Il rapporte avoir eu une conversation téléphonique avec M. St-Pierre Plamondon, au lendemain de sa victoire aux élections générales de lundi, qui prendra la tête d’un gouvernement minoritaire du Parti québécois (PQ). Il dit pouvoir collaborer « maintenant » en matière d’économie, de grands projets, de logement, de soutien des travailleurs et de lutte contre l’itinérance, entre autres.
« [Il en va de] la souveraineté du Canada, l’indépendance du Canada, la résilience du Canada, afin de vivre comment nous voulons vivre », a-t-il simplement répondu aux journalistes qui le pressaient de questions sur le projet référendaire du nouveau premier ministre désigné.
La veille au soir, dans un message sur ses réseaux sociaux, Mark Carney a souligné la victoire du PQ en ces termes : « Bâtir un Québec plus fort est au cœur de notre mission visant à bâtir un Canada plus fort. »
« Pas contre vous »
Le Parti québécois propose de mener un référendum sur l’indépendance du Québec dans son premier mandat, mais après le mandat de l’actuel président américain, Donald Trump. Le parti a publié un « livre bleu » entièrement dédié à s’imaginer la république québécoise à construire, une vision qui ne cadre pas exactement avec celle d’un « Canada fort ».
« À nos voisins et à nos nombreux partenaires dans le Canada anglais, je veux réitérer la chose suivante : le projet d’indépendance que nous portons n’est pas construit contre vous, et le Québec sera toujours un partenaire de bonne foi ouvert à la collaboration », a souligné le premier ministre désigné, Paul St-Pierre Plamondon, surnommé « PSPP », dans son propre discours lundi soir.
Le PQ a déjà établi des « lignes rouges » à l’intention du gouvernement fédéral. Il entend notamment rapatrier davantage de pouvoirs en immigration et entreprendre des démarches vers l’abolition du poste de lieutenant-gouverneur.
Son homologue fédéral, Mark Carney, a quant à lui été élu en 2025 avec une plateforme électorale intitulée « Un Canada fort ». Il a depuis utilisé cette expression à toutes les sauces, l’utilisant notamment pour nommer un fonds dit souverain et deux récents projets de loi controversés visant à accélérer la construction de projets.
Le chef libéral fédéral avait indiqué lundi qu’il était prêt à « travailler avec n’importe quel gouvernement. » Voilà qu’il a déclaré en soirée dans une déclaration qu’il a « hâte » de travailler avec Paul St-Pierre Plamondon.
Son ministre Marc Miller, notamment responsable du portefeuille de l’Identité canadienne, a convenu que l’élection d’un gouvernement souverainiste allait « certainement » rendre son travail plus difficile. L’élu montréalais avait déjà été pris à partie par PSPP en 2025.
« Je le connais, je l’ai toujours trouvé très intelligent. Donnons la chance au coureur. […] C’est mon premier ministre du Québec, et comme Québécois je m’attends à ce qu’il se comporte ainsi », a déclaré M. Miller mardi.
Pas de critiques
Si des ministres du gouvernement Carney étaient déçus de l’élection d’un gouvernement souverainiste à Québec, ils se sont bien gardés de le présenter ainsi devant les journalistes mardi matin.
« Ça va nous faire plaisir de travailler avec le gouvernement en place, la main tendue, sachant que nous sommes présentement en pleine guerre tarifaire et nous devons travailler pour protéger les emplois et bâtir l’économie du Québec », a par exemple déclaré la ministre de l’Industrie, Mélanie Joly, en arrivant à la réunion du cabinet.
Les ministres Steven MacKinnon, élu dans Gatineau, et Joël Lightbound, élu dans la région de Québec, n’ont pas davantage tenu de propos hostiles au prochain gouvernement à Québec. Différents ministres se sont montrés rassurants pour les projets honnis par le PQ, comme l’entente hydroélectrique de Churchill Falls ou encore le projet de train à grande vitesse Alto.
Les députés libéraux fédéraux ont fait preuve d’une grande retenue durant la campagne électorale québécoise. Le premier ministre Carney n’a pas endossé le Parti libéral du Québec, dirigé par Charles Milliard, pas davantage qu’une autre formation politique. Le chef de l’opposition officielle à Ottawa, Pierre Poilievre, tout comme ses élus conservateurs québécois, sont également restés discrets.
Le Bloc québécois, pour sa part, a fait activement campagne avec le Parti québécois, victorieux lundi.


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