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Malgré l’opposition de Premières Nations au gazoduc du défunt projet GNL Québec, l’entreprise Marinvest Energy veut rejouer « la même cassette » pour construire une infrastructure gazière identique, dénonce le chef du conseil de la Nation anichinabée de Lac-Simon, Lucien Wabanonik. En entrevue au Devoir, il souligne que les promoteurs ont offert de l’argent dès la première rencontre de présentation de ce projet, qu’il juge nuisible « aux prochaines générations ».
Le chef autochtone se souvient bien du controversé projet de gazoduc de 800 km que l’entreprise GNL Québec voulait construire pour transporter du gaz de l’Ouest canadien jusqu’à une usine située au Saguenay. Plusieurs Premières Nations s’étaient opposées au mégaprojet industriel, qui aurait traversé de vastes étendues de la forêt boréale, des cours d’eau et des habitats d’espèces fauniques.
Un peu plus de quatre ans plus tard, Lucien Wabanonik déplore le retour d’un tel projet, mais cette fois avec un gazoduc de près de 1000 km en territoire québécois pour alimenter une usine de production de gaz naturel liquéfié (GNL) qui serait construite à Baie-Comeau. « Ils rejouent la même cassette. Et ce serait étonnant que les membres de notre communauté changent d’avis pour un nouveau projet », fait-il valoir.
Officiellement, les gouvernements du Québec et du Canada répètent depuis des mois qu’il n’existe aucun projet formel de Marinvest Energy. Mais dans les faits, les promoteurs bénéficient du soutien du gouvernement fédéral depuis le mois de mai 2025, a déjà révélé Le Devoir. L’Agence d’évaluation d’impact du Canada (AEIC), qui serait chargée de l’examen environnemental, a même décidé d’« aider » l’entreprise norvégienne en dressant une liste des communautés autochtones à consulter le long des deux tracés envisagés pour son gazoduc.
La Première Nation anichinabée de Lac-Simon se trouvait sur la liste fournie aux promoteurs en mai 2025. Ceux-ci ont d’ailleurs présenté leur projet à des représentants de la nation, dont Lucien Wabanonik, il y a « quelques semaines », précise-t-il. La rencontre a eu lieu à Montréal. « On voulait de l’information. Ce n’était pas une consultation, nous avons été très clairs à ce sujet », explique M. Wabanonik. Lors de cette réunion, Marinvest Energy aurait notamment fait valoir que son projet est nécessaire pour fournir du gaz canadien, exploité surtout par fracturation, au marché européen.
Le chef autochtone est par ailleurs formel : l’entreprise a évoqué l’idée de verser de l’argent à la Première Nation dès cette première rencontre. « Ils veulent acheter notre accord », déplore-t-il, en évoquant sommairement « un petit pourcentage » qui constitue, selon lui, « la carotte au bout du bâton ». « Ce n’est pas ça qui intéresse les Premières Nations », soutient toutefois Lucien Wabanonik.
Est-ce que Marinvest Energy a offert de l’argent à des Premières Nations dans le cadre des discussions ? Dans une réponse fournie par le cabinet de relations publiques National, l’entreprise répète qu’elle en est « aux toutes premières étapes de développement » de son projet. « Les discussions en cours avec les communautés des Premières Nations s’inscrivent dans une démarche de dialogue et de compréhension des enjeux, incluant les retombées potentielles. Aucune entente formelle n’a été conclue à ce jour. À ce stade préliminaire, nous ne divulguerons pas le cadre financier de partenariats potentiels », fait-on valoir.
« Impacts cumulatifs »
Au-delà des questions financières, une éventuelle entente entre l’entreprise et les Premières Nations touchées par son projet de gazoduc et d’usine de production de GNL pourrait lui donner la possibilité de le soumettre au Bureau des grands projets. L’objectif serait alors d’obtenir le statut de projet « d’intérêt national », ce qui ouvre la voie à une autorisation garantie et accélérée de la part du gouvernement Carney. Bref, de réussir là où GNL Québec a échoué.
Un document daté du 9 mai 2025 et rédigé pour une « rencontre » entre le sous-ministre de Ressources naturelles Canada et Marinvest Energy évoquait justement le projet de GNL Québec. Il soulignait que les promoteurs « ont rencontré une opposition des communautés autochtones, notamment les Innus du nord du Québec », peut-on lire dans ce document presque totalement caviardé. On y précise le besoin d’« impliquer les communautés autochtones pendant la phase de planification et de conception du projet, et avant le dépôt de la demande réglementaire ».
Selon le chef du conseil de Lac-Simon, les gouvernements et les entreprises qui veulent construire des projets industriels sur le territoire des Premières Nations ont tendance à les dépeindre de façon « caricaturale », tout en les désignant comme « des trouble-fête ». « On nous identifie comme des adversaires, mais nous ne sommes pas des adversaires : on veut sensibiliser les gens aux impacts cumulatifs des projets sur les territoires dont tout le monde bénéficie. »
« Alliances »
Dans le cas du projet de Marinvest Energy, conçu dans le contexte de l’expansion de l’industrie gazière, Lucien Wabanonik rappelle que les énergies fossiles menacent l’avenir de la planète. « Ce ne sont pas des projets positifs pour le climat et pour les prochaines générations. Et ce sont les prochaines générations qui vont en subir les conséquences. Nous ne serons peut-être plus là, mais nos enfants et nos petits enfants vont en subir les impacts. Ils les sentent déjà. »
Le chef autochtone doute en outre de l’écoute et du « respect » de Marinvest Energy par rapport aux enjeux soulevés par les Premières Nations. « On connaît l’historique », laisse-t-il tomber, en citant le nom de Greg Cano, directeur des opérations pour l’entreprise. Ce dernier était auparavant directeur de la planification et de l’exécution des projets pour le gazoduc Coastal GasLink de TC Energy, qui alimente le complexe de liquéfaction et d’exportation LNG Canada. La construction de ce gazoduc a été controversée en raison de l’opposition de la nation wet’suwet’en à son passage sur son territoire ancestral.
Dans ce contexte, et avec des gouvernements favorables aux projets de GNL, Lucien Wabanonik plaide pour des alliances entre les Premières Nations et la société civile, comme celles qui ont mené au blocage de GNL Québec. « Nous avons conscience des enjeux pour l’environnement, pour le climat, etc. On sait que la société civile va s’impliquer. »
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