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À Kiev, la colère populaire a contraint Zelensky à défaire en quelques jours sa propre réforme.
Le mouvement n’a rien d’un nouveau Maïdan, mais il dure. Des milliers de personnes sont descendues dans les rues dès les premières journées. Le 16 août, plusieurs milliers de manifestants ont encore traversé le centre de Kiev pour réclamer le retour de Fedorov et des explications du président.
Une querelle au sommet devenue crise publique
Fedorov, 35 ans, avait pris la tête du ministère de la Défense six mois plus tôt. Il s’était fait connaître par le développement des drones, l’accélération des programmes technologiques et sa volonté de secouer une hiérarchie militaire jugée trop rigide.
Son principal adversaire était le commandant en chef Oleksandr Syrsky. Fedorov l’accusait de bloquer certaines réformes et de conserver une culture de commandement verticale héritée de l’époque soviétique. Zelensky a reconnu que les deux hommes ne parvenaient plus à travailler ensemble. Sa solution fut simple : congédier le ministre le plus populaire des deux.
Le 16 juillet, des rassemblements ont commencé à Kiev, Odessa, Dnipro, Lviv, Kharkov et dans plusieurs autres villes. Le lendemain, les manifestants réclamaient déjà deux décisions : la réintégration de Fedorov et le départ de Syrsky. La chronologie publiée par Frontliner montre que le mouvement s’est maintenu pendant six journées consécutives malgré les alertes et les frappes russes.
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Zelensky cède sur Syrsky, pas sur Fedorov
La pression a fini par produire un résultat. Le 21 juillet, Zelensky a limogé Syrsky et nommé le général Mykhaïlo Drapaty à la tête des forces armées. Le président a remercié l’ancien commandant pour la défense de Kiev et les opérations menées à Kharkov et dans la région de Koursk.
D’après l’Associated Press, les protestations ont directement pesé sur cette décision. Zelensky a demandé à la nouvelle direction militaire de revoir la stratégie de défense, les livraisons de drones, la mobilisation et la protection antiaérienne.
Fedorov, lui, n’a pas retrouvé son ministère. Zelensky lui a proposé un poste consacré au secteur technologique et à l’innovation militaire. L’ancien ministre a refusé les différentes fonctions envisagées, maintenant son souhait de reprendre la Défense.
Une mobilisation réelle, mais encore ciblée
La contestation n’a pas réuni des centaines de milliers de personnes. Elle a culminé à plusieurs milliers de participants à Kiev, avec des rassemblements plus modestes dans les autres villes. Après le départ de Syrsky, la fréquentation a diminué : quelques centaines de personnes étaient encore présentes le 14 août.
Deux jours plus tard, une nouvelle marche a pourtant réuni plusieurs milliers de participants entre la place de l’Europe, Maïdan et les abords de la présidence. Les slogans dénonçaient la corruption, l’opacité des décisions et le silence de Zelensky. Le Kyiv Post a suivi cette manifestation du 16 août, organisée avant le vote parlementaire sur le prochain ministre de la Défense.
Le pouvoir conserve la main, mais son autorité s’abîme
Zelensky a obtenu un répit en remplaçant Syrsky par Drapaty. Le problème Fedorov reste cependant entier. Réintégrer l’ancien ministre donnerait à la rue une victoire complète ; continuer de l’écarter entretient l’image d’un président davantage préoccupé par les équilibres de son entourage que par la popularité d’un réformateur.
Les manifestants ne réclament ni la capitulation de l’Ukraine ni un rapprochement avec Moscou. Ils contestent une décision prise à Kiev, par le pouvoir ukrainien, au milieu d’une guerre où chaque erreur de commandement se paie en vies humaines. Cette fois, désigner l’ennemi extérieur ne suffit plus à fermer la discussion.


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