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Loterie référendaire

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Y aura-t-il, ou non, un référendum sur l’indépendance pendant le mandat de quatre ans qui s’ouvrira le 5 octobre prochain ? Ce n’est pas un secret : près de 70 % des électeurs ne veulent pas de référendum et, s’il y en avait un aujourd’hui, entre 65 % et 70 % voteraient « non ».

Les partis fédéralistes (ou, plus précisément, antiréférendum) vont passer la dernière semaine de la campagne à tenter de faire de cet enjeu la question centrale du scrutin. C’est de bonne guerre. Mais affirmer, comme ils le feront et comme le dit aussi le Parti québécois (PQ), qu’un vote pour le PQ nous conduit nécessairement à un rendez-vous référendaire est davantage un acte de foi qu’un raisonnement logique.

Il y a d’abord la réelle possibilité que le gouvernement péquiste soit minoritaire. La durée de vie moyenne des gouvernements minoritaires est de 18 mois. La probabilité est donc forte qu’un éventuel gouvernement St-Pierre Plamondon tombe bien avant que Donald Trump quitte la Maison-Blanche, en janvier 2029, et ouvre la fenêtre référendaire souhaitée par le PQ.

Il est possible que, dans un précédent historique, le gouvernement tienne quatre ans, grâce à une combinaison d’habileté manœuvrière de la part du nouveau PM et du calcul fait par un seul des partis d’opposition que de nouvelles élections le desserviraient (compte tenu des projections actuelles de sièges, il faudrait que les partis d’opposition soient unanimes pour faire tomber le gouvernement).

Dans cette hypothèse, il faudrait encore que M. St-Pierre Plamondon fasse voter par une majorité parlementaire le déclenchement du processus. Si son gouvernement est faiblement minoritaire, Québec solidaire (QS) détiendra la clé de ce vote. En ce cas, je prévois que QS ne l’offrira qu’en échange de l’adoption par le PQ de la proposition lunaire de tenir une assemblée constituante élue, qui serait représentative d’une population majoritairement contre la souveraineté, incluant les anglophones et les Autochtones, à 95 % opposés au projet, et qui, par la magie d’une bienveillance importée du pays des bisounours, produirait dans l’allégresse le projet de constitution d’un Québec-pays.

Je prévois que, même si des députés pragmatiques de QS étaient prêts à céder sur ce point, les militants de QS, réunis en instance, les en empêcheraient — comme ils les ont empêchés d’exclure du caucus le trublion Haroun Bouazzi l’an dernier. L’impasse serait donc totale.

Majoritaire

Posons maintenant l’hypothèse que le PQ est, au soir du 5 octobre, faiblement majoritaire. Pourra-t-il agir, dans l’après-Trump ? Oui, mais seulement s’il y a un après-Trump. Il est maintenant acquis que les troupes du président orange vont subir une bastonnade, peut-être historique, aux élections de début novembre. Mais Trump est au pouvoir encore pendant deux ans et on lui connaît des réflexes autoritaires, voire putschistes. Il n’est donc pas exclu qu’il refuse de quitter la Maison-Blanche en janvier 2029. En ce cas, la fenêtre référendaire refuserait de s’ouvrir.

Admettons maintenant que Trump va partir. Vrai, le protectionnisme ne disparaîtra pas avec lui, même en cas d’élection d’un démocrate. Un J.D. Vance président pourrait même s’approprier le projet de faire de nous le 51e État. Mais tenez pour acquis que le niveau d’imprévisibilité connu sous Trump va s’estomper considérablement. Aucun de ses successeurs potentiels, à droite ou à gauche, ne sera aussi anxiogène.

La tenue du référendum en 2029-2030 dépendra donc de la volonté politique du parti au pouvoir et de l’opinion publique. Conseiller d’un Jacques Parizeau majoritaire en 1994-1995, j’étais aux premières loges de l’extraordinaire pression qu’ont exercée sur lui militants, députés et ministres péquistes pour le convaincre de reporter ou d’annuler le référendum. Ils estimaient que les risques d’échec étaient trop grands, avec un niveau d’appui pourtant 15 % supérieur aux chiffres actuellement enregistrés. « Pensez, lui a dit devant moi Bernard Landry, au nombre de suicides que ça va provoquer ! » Et je ne vous parle pas de l’opposition tonitruante de Lucien Bouchard et de Mario Dumont. Nos alliés, je le précise.

Les mêmes causes produisant les mêmes effets, si les intentions de vote pour le Oui ne franchissent pas les 40 % d’ici la fin de l’hiver 2029, je plains à l’avance l’éventuel premier ministre St-Pierre Plamondon pour la torture interne qui lui sera imposée. S’il n’est que faiblement majoritaire, pourrait-il y avoir, parmi ses députés, suffisamment de frileux et d’angoissés pour lui interdire d’avancer ?

Des analystes, Mario Dumont parmi les souverainistes, Michelle Courchesne parmi les fédéralistes, en concluent qu’il n’y aura simplement pas de référendum, même en cas de majorité péquiste. On peut penser aussi que l’application stricte du cadre financier péquiste proposé va provoquer dans la société civile le même genre de ressac que celui que Lucien Bouchard a connu dans l’atteinte de son déficit zéro, lequel a mis à mal la coalition souverainiste de 1995, fondée sur une alliance avec les syndicats, le communautaire, les étudiants. (J’estime plus probable que le gouvernement St-Pierre Plamondon renonce, chemin faisant, à ses objectifs de réduction de dépenses. Reste que la seule façon de capter suffisamment de revenus pour répondre à la hausse des besoins et d’éviter la grogne serait d’adopter la réforme fiscale proposée par QS. Je ne retiens pas mon souffle.)

Bref, dans les prochains jours, libéraux, caquistes et conservateurs vont tenter de vous convaincre qu’un vote pour le PQ est un vote pour un référendum. Le PQ ne vous dira pas le contraire. Encore que, comme beaucoup de Québécois l’ont compris, cela ne se passerait que dans trois ans — autant dire un siècle — et qu’ils pourront toujours voter « non », alors pourquoi s’énerver ?

À ceux qui disent qu’un troisième refus ferait reculer le Québec dans le Canada, je réponds qu’il y a longtemps qu’on ne nous prend plus au sérieux. En disant « non » en 1995, nous avons perdu notre rapport de force. Nous sommes pour le Canada le chien qui jappe, mais qui ne mord jamais. Cela ne peut pas être pire. Un troisième « non » mettrait cependant un terme définitif au projet indépendantiste. Les fédéralistes devraient désirer ce résultat, non ?

Voter PQ le 5 octobre s’apparente plutôt, sur la question référendaire, à s’acheter un billet de 6/49. Il n’est pas impossible de gagner. Personnellement, je l’espère vivement. Et je m’accroche à cette citation (faussement) attribuée au grand Abraham Lincoln : « La meilleure façon de prédire l’avenir, c’est de l’inventer. » Mais je recommande aux uns et aux autres de ne pas prendre leurs rêves — ou leurs cauchemars — référendaires pour argent comptant.

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