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Après les vitrines brisées, les annonces en ligne. Car à chaque crise ou débordement, il y a ceux qui tentent de profiter de la situation pour s'enrichir. C'est notamment le cas de ceux qui tentent de revendre des objets volés ces derniers jours, en France. Les pillages des 17 et 18 octobre ont ainsi poussé les autorités à mobiliser les plateformes de seconde main comme Vinted, Leboncoin ou Ebay. Outre le fait de repérer les objets volés et empêcher leur revente, le but est aussi d'identifier les vendeurs et permettre aux enquêteurs de remonter les circuits de revente, voire arriver jusqu'aux auteurs des vols.
Réunies le 19 octobre par les ministres Serge Papin et Anne Le Hénanff, les plateformes ont pris quatre engagements : renforcer leur coopération avec les enquêteurs, intensifier la surveillance des annonces et des demandes d'achat, informer les consommateurs des sanctions et transmettre des bilans chiffrés.
Mais comment repérer ces produits volés ? Prix anormalement bas, lots de produits neufs, antivols visibles ou mention explicite du vol doivent attirer l'attention. La cellule VigE-commerce a également été activée. Vinted indique avoir retiré des annonces suspectes et renforcé ses contrôles, avec des exclusions définitives possibles.
La rue Neuve saccagée et pillée samedi prochain en marge de la manifestation? Des enseignes s'y préparent, l'échevin du Commerce réagitPas de dispositif belge comparable
Et chez nous ? Pourrait-on voir des articles français arriver sur nos plateformes ? Aucune initiative particulière avec les plateformes n'a été prise à ce stade. Contacté, le SPF Économie explique ne pas être compétent pour lancer une telle démarche. Le SPF Justice apporte une réponse similaire.
Au cabinet du ministre de l'Économie, David Clarinval, les interrogations portent surtout sur la mise en œuvre concrète d'un tel dispositif.
Acheter sans savoir ne protège pas de tout
Une autre question se pose : quel est le risque pour l'acheteur d'un produit pillé ? Une bonne affaire peut ainsi vite devenir un mauvais calcul. En Belgique, acheter sciemment un produit provenant d'une infraction peut constituer du recel. Le Code pénal prévoit que l'infraction d'origine peut avoir été commise à l'étranger. Pour le recel simple, la peine de référence peut aller jusqu'à cinq ans de prison, avec des possibilités d'atténuation selon le dossier.
Bien sûr, l'acheteur de bonne foi n'est pas automatiquement un receleur. Mais cela ne signifie pas qu'il pourra garder l'objet. L'article 3.28 du Code civil permet au propriétaire de revendiquer un bien meuble volé auprès d'un acquéreur de bonne foi pendant trois ans à compter du vol.
Et l'argent dépensé ? Dans une vente ordinaire entre particuliers, il ne faut pas compter sur un remboursement par la victime. Le recours se dirige principalement contre le vendeur. Encore faut-il pouvoir l'identifier et récupérer la somme. La protection proposée par une plateforme n'est pas davantage une garantie illimitée, car ses conditions et délais de réclamation doivent être vérifiés.
Avant de payer, mieux vaut comparer les prix, demander la provenance et une facture lorsqu'elle existe, puis vérifier la cohérence des explications. Des lots neufs sans justification, un antivol ou un numéro de série effacé doivent alerter. L'absence de ticket ne prouve toutefois pas un vol. Il faut conserver l'annonce, les échanges et la preuve de paiement. Si le doute apparaît après l'achat, prévenir la plateforme et la police, sans revendre le produit.
Une nouvelle manifestation ce samedi 24 octobre à Bruxelles ? Des appels anonymes de rassemblements circulent sur les réseaux sociauxDes vitrines protégées, des fermetures envisagées
Et ce problème risque encore de se poser, car d'autres manifestations sont prévues dans les jours et semaines à venir, même si toutes ne déboucheront pas sur des débordements, bien sûr. Dans les commerces physiques, la crainte prend une forme concrète. Dans la rue Neuve, à Bruxelles, plusieurs vitrines ont été couvertes de panneaux de bois. Certains magasins précisent néanmoins rester ouverts. Le cabinet du bourgmestre confirme la vigilance policière face aux appels à casser diffusés sur les réseaux sociaux, tout en rappelant qu'ils ne se concrétisent pas toujours.
Du côté du Syndicat Neutre pour Indépendants (SNI), le secrétaire général Christophe Wambersie invite les commerçants à suivre les informations et à envisager une fermeture lorsque la situation le justifie. "Il vaut mieux se préparer, quitte à malheureusement perdre une journée de commerce et d'activité, que de voir son commerce dégradé", dit-il, tout en réclamant aussi un dispositif policier adapté. "Il ne faut pas non plus être alarmiste inutilement. Mais il faut être prudent et anticiper l'ensemble des possibilités", complète-t-il.
Car après les dégâts vient une autre épreuve. "Les assurances, ça demande énormément de gestion administrative, de preuves, de documents, de factures, souligne-t-il. À la charge émotionnelle s'ajoutent les expertises et les avances financières. Vous devez avancer l'argent pour être remboursé, alors qu'on connaît la situation du commerce indépendant."
Le SNI demande aussi de l'aide aux autorités. "Si des commerçants devaient se retrouver en difficulté, nous demandons l'examen d'un recours au droit passerelle et de reports de cotisations sociales sans pénalités", avance enfin Christophe Wambersie.
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