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Un épisode récent dans le détroit d'Ormuz illustre le retour d'une pratique ancienne, un temps revenue sur le devant de la scène mais qu'on pensait désormais sous contrôle. Donald Trump a plaisanté en comparant la saisie d'un pétrolier iranien par les forces américaines à un acte de piraterie, tandis que Téhéran dénonçait une violation flagrante du droit maritime. Derrière ces accusations réciproques, une réalité plus complexe se dessine: la capture de navires est (re)devenue un outil stratégique dans les tensions actuelles.
Pour les États-Unis comme pour l'Iran, la saisie de cargos et de pétroliers s'inscrit désormais dans une logique de guerre indirecte. Mais ce contexte conflictuel a aussi eu un effet inattendu, révèle The Insider: le retour de véritables pirates, agissant pour leur propre compte. Au large de la Somalie, une région un temps tristement célèbre pour cette activité, la piraterie connaît un regain de popularité inquiétant.
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La Somalie reste aujourd'hui l'un des pays les plus pauvres du monde, fragilisé par des décennies de conflits internes, de séparatismes et de violences armées. Depuis l'effondrement de l'État dans les années 1990, les institutions restent faibles, et de larges zones échappent encore au contrôle du pouvoir central.
C'est dans ce vide politique qu'est née la piraterie moderne. Privée de marine nationale et de moyens de surveillance, la Somalie a vu ses eaux territoriales exploitées par des flottes étrangères. Des navires de pêche industriels y opéraient sans restrictions, tandis que des déchets toxiques étaient déversés en mer, détruisant les ressources locales et ruinant les pêcheurs.
La piraterie n'est jamais finie
Face à cette situation, les premières attaques relevaient davantage de l'intimidation que du crime organisé. Dans les années 1990, certains groupes s'en prenaient à des navires étrangers pour les dissuader de pénétrer dans leurs eaux. Mais progressivement, ces actions ont évolué vers de véritables actes de piraterie, avec saisies de cargaisons et demandes de rançon.
Le tournant s'opère au milieu des années 2000, lorsque des détournements de navires commencent à rapporter des sommes importantes. L'affaire du pétrolier MV Feisty Gas en 2005 marque le début d'une nouvelle ère: celle d'une piraterie structurée, rentable et de plus en plus fréquente. En quelques années, le phénomène prend une ampleur mondiale et perturbe gravement le commerce maritime.
Des intermédiaires gourmands
Cette montée en puissance s'explique aussi par des facteurs environnementaux et économiques. Le tsunami de 2004, en plus de ses ravages en Asie, a touché les côtes somaliennes, détruisant des infrastructures de pêche et aggravant la pollution liée aux déchets toxiques. Privés de moyens de subsistance, de nombreux pêcheurs se sont tournés vers la piraterie, une activité risquée mais potentiellement lucrative.
Peu à peu, des réseaux structurés se mettent en place. Des chefs de guerre, des investisseurs et même des membres de la diaspora financent les opérations. Les pirates disposent d'équipements modernes, d'armes et d'informations sur les routes maritimes. Pourtant, la majorité des gains ne revient pas aux exécutants, mais aux intermédiaires et aux commanditaires.
Donald Trump détourne le regard
Face à cette menace, la communauté internationale réagit. Des opérations navales sont déployées, des dispositifs juridiques sont mis en place pour juger les pirates, et des mesures de protection sont adoptées par les compagnies maritimes. Ces efforts finissent par porter leurs fruits, au point que la piraterie somalienne est considérée comme largement maîtrisée au début des années 2020.
Cependant, cet équilibre reste fragile. Le retrait progressif des forces internationales, la réduction de l'aide économique et le redéploiement militaire vers d'autres zones de conflit, notamment au Moyen-Orient, ont créé un vide sécuritaire. La guerre de Donald Trump contre l'Iran a détourné l'attention des grandes puissances, offrant aux pirates une nouvelle fenêtre d'opportunité.
Aujourd'hui, plusieurs navires sont de nouveau retenus au large de la Somalie, et les demandes de rançon atteignent des millions de dollars. La hausse des prix du pétrole, liée aux tensions au Moyen-Orient, rend les pétroliers particulièrement attractifs pour les groupes armés.
L'ironie de la situation est frappante: alors que les grandes puissances s'affrontent pour le contrôle stratégique de certaines régions-clés, elles contribuent indirectement à la résurgence de menaces qu'elles pensaient avoir éradiquées. La piraterie somalienne, autrefois considérée comme un problème du passé, réapparaît ainsi comme un symptôme des déséquilibres persistants dans l'ordre mondial.





























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