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Source de protéines, fournisseur d’engrais, fidèle messager, symbole religieux mais perçu de nos jours comme un parasite, le pigeon coexiste avec les humains depuis près de 3500 ans, selon une nouvelle étude.
«C'est récemment que les humains ont oublié les pigeons . Aux 19e et 20e siècles, ils étaient encore très importants : ils avaient un rôle et une utilité dans notre société», explique à l'AFP Anderson Carter, autrice principale de l'étude réalisée par l'Institut d'archéologie de l'université de Groningue aux Pays-Bas, et publiée jeudi dans la revue Antiquity.
«Ils portaient encore des messages et étaient par exemple particulièrement importants lors des guerres. Mais quand les progrès technologiques se sont multipliés - le télégraphe, le téléphone - ils sont se retrouvés sans emploi», ajoute-t-elle.
Un conditionnement très ancien des pigeons
Ils sont pourtant restés dans nos rues, près des humains «parce qu'ils avaient été conditionnés à le faire». Puis avec le développement rapide des grandes villes, «sont apparues les architectures anti-SDF et anti-pigeons, et c'est là que s'est développée l'idée qu'ils étaient nuisibles , sales et répandaient des maladies», déplore la chercheuse.
Les pigeons sont originaires du bassin méditerranéen, et des analyses génomiques ont montré que les pigeons domestiques actuels sont proches des pigeons sauvages du Moyen-Orient.
«Le pigeon est une espèce sauvage qui a été domestiquée il y a très longtemps. Il était une source de viande avant l'importation de coqs et de poules d'Asie», explique pour l'AFP Frédéric Jiguet, ornithologue et biologiste du Muséum d'histoire naturelle, qui n'a pas participé à cette étude.
C'est à Chypre que les chercheurs de l'université néerlandaise ont mené leurs recherches, sur le site archéologique de Hala Sultan Tekke, sur les berges du lac salé de Larnaca, au sud-est de l'île.
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Analyse d’ossements
«Nous savions déjà qu'un nombre substantiel de pigeons y avait été retrouvé», explique la coautrice de l'étude Canan Çakirlar, de l'université de Groningue.
Les chercheurs ont analysé 159 ossements «afin de déterminer l'âge au moment du décès, d'identifier des modifications pathologiques ou taphonomiques (altération par les intempéries, rongement par des rongeurs , etc.) et de révéler tout signe de transformation par l'homme (marques de coupure/découpe, brûlures, etc.)», explique l'étude.
Après avoir établi que ces pigeons (Columbia livia) avaient vécu aux 13e et 14 siècles avant notre ère, ils ont procédé à des analyses isotopiques.
«Nous avons extrait tout le collagène possible de petits bouts d'os, pour le passer au spectromètre de masse. Nous avons mesuré la teneur en azote et en carbone car les rapports azote/carbone dans les os sont étroitement liés au régime alimentaire du spécimen testé», explique Anderson Carter.
Puis les résultats ont été comparés à ceux de différentes espèces - animales et humaines - de Chypre datant de la même période.
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Une domestication survenue mille ans avant ce que pensaient les chercheurs
«Les résultats des ossements des pigeons de Hala Sultan Tekke coïncident de manière assez significative avec ceux des humains provenant d'autres sites chypriotes de l'âge de bronze, ce qui montre qu'ils avaient probablement un régime alimentaire très similaire à celui des humains», explique Anderson Carter.
En d'autres termes, «les pigeons étaient domestiqués ou en voie de domestication», 1400 ans avant notre ère, souligne Canan Çakirlar.
C'est mille ans plus tôt que ce que montraient jusqu'ici les recherches : la découverte de structures en pierre servant de demeures aux pigeons nicheurs en Grèce faisait remonter les preuves de domestication entre 323 et 265 avant notre ère.
«Le but ultime est de changer la façon dont nous interagissons ou pensons à cet oiseau et à d'autres espèces animales, pour commencer à prendre conscience que leur histoire est aussi la nôtre», souligne Anderson Carter.


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