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Les nouveaux logements abordables le sont-ils vraiment?

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Un trois pièces et demie à près de 1000 $ par mois, un quatre et demie à 1100 $ : dans le Grand Montréal, c'est ce qu'il faut payer pour avoir accès aux nouveaux logements abordables financés par le gouvernement du Québec.

Jusqu'à présent, la moitié des locataires qui emménagent dans les unités construites dans le cadre du Programme d'habitation abordable Québec (PHAQ) peuvent bénéficier d'un supplément au loyer, ce qui leur permet de payer un maximum de 25 % de leurs revenus pour se loger.

Mais les autres locataires, eux, doivent payer le plein prix.

Est-ce que les ménages locataires à faible ou modeste revenu à qui on voulait répondre avec ce programme-là sont réellement aidés? En partie, mais il y en a qui n'ont pas les moyens de se payer les loyers qualifiés d'abordables.

C'est le gouvernement qui fixe le prix maximal des loyers à leur première année de location après la construction. Dans le Grand Montréal, c'était 977 $ pour un trois et demie et 1099 $ pour un quatre et demie en 2025-2026. Ces montants peuvent ensuite grimper d'année en année pour couvrir l'entretien et les dépenses liés aux immeubles.

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Au fur et à mesure que les nouveaux projets de logements abordables sortent de terre, les loyers maximaux établis par Québec augmentent, puisqu'ils sont recalculés chaque année en fonction du loyer médian dans la région où ils sont construits.

En quatre ans, par exemple, le loyer mensuel d'un quatre et demie à sa livraison a bondi de plus de 200 $ dans le Grand Montréal, une hausse qui dépasse 20 %.

Quand on veut financer des logements qui sont censés aider des ménages à faible ou modeste revenu, c'est de la capacité de payer de ces ménages qu'il faudrait tenir compte, et non pas suivre les loyers du marché, dénonce Véronique Laflamme, porte-parole du FRAPRU.

Selon la Société d'habitation du Québec, plus de 1700 logements construits dans le cadre du PHAQ sont déjà en exploitation, 4400 sont en construction et 3300 en planification, pour un total de 9140 logements.

Véronique Laflamme en entrevue à l'extérieur d'un immeuble.

La porte-parole du Front populaire en réaménagement urbain, Véronique Laflamme

Photo : Radio-Canada

Des loyers à 150 % du loyer médian

Dans certains projets, le gouvernement autorise la construction de logements dont les loyers peuvent atteindre jusqu'à 150 % du coût médian de la région.

C'est le cas, notamment, pour environ 600 des quelque 1000 logements abordables qui verront le jour dans le Carré Laval, un vaste projet immobilier qui sera construit au cours des prochaines années en plein coeur de la ville.

En date d'aujourd'hui, cela se traduirait par un loyer mensuel de 1650 $ pour un quatre et demie.

Quand vous me parlez de logement abordable, j'ai le goût de grafigner, parce qu'on a même dénaturé le vocable. Ce n'est plus du logement abordable.

Ce projet-là ne permettra pas aux gens de sortir de la pauvreté, à part ceux qui vont avoir un programme de supplément au loyer. Mais la famille ordinaire moyenne, elle va en arracher, poursuit Chantal Dubé, porte-parole de la TROCALL.

Chantal Dubé en entrevue devant l'entrée d'un parc.

La porte-parole de la Table régionale des organismes communautaires autonomes en logement de Laval, Chantal Dubé

Photo : Radio-Canada

C'est le même scénario pour le projet de conversion de l'édifice Catherine-De-Longpré, à Québec. Plus de la moitié des 220 logements qui seront aménagés dans cet immeuble à bureaux qui appartient au gouvernement auront des loyers à 150 % du prix médian.

On est en train de prendre des fonds publics et, dans certains cas, des terrains que les villes ont réservés à du logement social, pour faire du logement cher, affirme Véronique Laflamme.

De son côté, la ministre responsable de l'Habitation, Karine Boivin-Roy, fait valoir que ce type de logements ne représente que 2 % des unités financées par Québec jusqu'à présent.

Le logement abordable intermédiaire, c'est une solution dans notre bouquet de mesures.

Ça vient aussi compléter les montages financiers, ça va permettre de réaliser des projets, parfois même de faire débloquer des projets qui n'auraient pas pu voir le jour, dit-elle.

Karine Boivin-Roy répond aux questions des journalistes.

Karine Boivin-Roy, ministre responsable de l’Habitation

Photo : Radio-Canada / Sylvain Roy Roussel

Des projets qui font aussi des heureux

À Laval, un immeuble de 117 logements construit dans le cadre du PHAQ vient tout juste d'être terminé, sur le boulevard Curé-Labelle, dans le quartier Sainte-Rose.

Le projet, estimé à 49 millions de dollars, a aussi reçu du financement d'Ottawa et de la Ville de Laval. Il a été conçu par le ROMEL, qui gérera aussi le complexe de logements, par l'entremise d'un organisme sans but lucratif.

Le directeur général de l'organisation, Mazen Houdeib, souligne que près des trois quarts des locataires auront droit à une subvention pour se loger.

Lorsqu'on introduit le supplément au loyer, oui, ça devient abordable pour les ménages à faible revenu.

Selon lui, les loyers établis par le gouvernement sont avantageux comparativement à ceux des autres logements neufs sur le marché privé.

Si je fais une comparaison avec les loyers du marché par rapport à des logements, disons, de la même grandeur, c'est nettement moins cher, insiste-t-il.

Mazen Houdeib en entrevue dans la cuisine d'un logement.

Le directeur général du ROMEL, Mazen Houdeib

Photo : Radio-Canada

Sur place, nous avons rencontré une mère de famille qui venait tout juste d'emménager, après un séjour de deux mois dans un centre d'hébergement pour femmes. Nous avons accepté de protéger son identité, parce qu'elle craint pour sa sécurité.

L'appartement est très bien, c'est très grand, c'est insonorisé, on a une belle vue sur le coucher du soleil, les chambres sont parfaites. Les filles, mes enfants, sont au paradis. On est contents.

Une femme vue de dos parle à un journaliste.

Cette mère de famille dont nous avons accepté de protéger l'identité vient d'emménager dans un logement abordable neuf.

Photo : Radio-Canada

Le loyer de son cinq et demie est de 1400 $ par mois. Mais puisqu'elle bénéficie d'un supplément au loyer, elle paiera un maximum de 25 % de ses revenus pour se loger, ce qui aurait été impensable sur le marché privé.

On a essayé de trouver quelque chose à notre goût, puis c'est terriblement cher. Donc là, 25 % d'une rentrée d'argent, c'est considérable, ça change tout, dit-elle.

Les besoins pour des logements sociaux et abordables demeurent très grands. On compte quelque 30 000 ménages qui attendent une place en HLM dans la province.

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