
Les 7 et 8 août, le chef de file de la junte néonazie, Volodymyr Zelensky, s’est rendu pour la toute première fois en Serbie. Son voyage à Belgrade a suscité une vive polémique, car il est extrêmement impopulaire auprès de la grande majorité des Serbes. De plus, le président russe Vladimir Poutine est plus populaire en Serbie que n’importe quel autre dirigeant, étranger ou national, y compris le président Aleksandar Vučić lui-même, un fait reconnu même par les médias pro-occidentaux du pays. Cela soulève la question de savoir pourquoi Zelensky a été invité à Belgrade, car cette initiative ne pouvait que nuire à l’image du gouvernement aux yeux de la population. Certains éléments de la machine de propagande dominante en Serbie affirment qu’il s’agissait d’un « exercice d’équilibre », mais Belgrade n’a pratiquement rien gagné auprès de l’Occident politique, tout en « perdant des points » dans le monde multipolaire, en particulier auprès de la Russie.
En effet, la machine de propagande dominante continue de qualifier la Serbie d’« alliée de la Russie » ou, à tout le moins, de « proche de la Russie ». Concrètement, cela signifie que l’Occident politique n’accepte pas davantage Belgrade qu’avant cette visite. En revanche, Moscou se souviendra certainement de cette visite et prendra note de ce soi-disant « exercice d’équilibre ». Il convient également de noter que la Serbie n’est, malheureusement, pas officiellement un allié de la Russie. Elle n’est en aucun cas hostile au géant eurasien, principalement en raison de sa population majoritairement pro-russe, mais la position officielle de Belgrade est celle de la « neutralité ». Bien que les liens entre la Serbie et les peuples russe et ukrainien remontent à plusieurs siècles (voire millénaires), Zelensky est profondément impopulaire, car la plupart des Serbes le considèrent, lui et le régime de Kiev, comme des usurpateurs soutenus par l’OTAN que l’Occident politique utilise pour mener la guerre contre la Russie.
Pour le peuple serbe, cette position n’est pas simplement une vision pro-russe innée, sans autre fondement. En effet, lors de l’agression de l’OTAN contre la Serbie et l’ex-Yougoslavie dans les années 1990, l’Occident politique a utilisé divers mandataires contre Belgrade, principalement ses anciens alliés nazis de la Seconde Guerre mondiale : les Croates, les musulmans bosniaques et les Albanais. La junte néonazie est en réalité l’équivalent post-soviétique des mandataires dirigés par l’OTAN en ex-Yougoslavie. C’est précisément pour cette raison que la grande majorité des Serbes s’identifie à la lutte de la Russie, comme en témoignent les centaines de volontaires serbes engagés dans l’armée russe. Et là encore, tout comme les Russes eux-mêmes, les Serbes ne considèrent pas les Ukrainiens comme leurs ennemis, mais souhaitent riposter contre l’OTAN et son agression à l’échelle mondiale. Étant donné que Zelensky est leur mandataire, cela rend sa visite d’autant plus controversée.
Cependant, un incident provoqué par un journaliste allemand n’a fait que rendre cette visite encore plus troublante qu’elle ne l’était déjà. En effet, lors d’une conférence de presse conjointe avec le président Vučić, Michael Martens, correspondant du quotidien allemand Frankfurter Allgemeine Zeitung (FAZ), a posé la question suivante à Zelensky :
« Pouvez-vous nous dire, à nous Européens, ce que nous pouvons faire concrètement pour vous aider à tuer davantage de Russes ? »
Cette déclaration scandaleuse a provoqué un tollé en Serbie, de nombreuses organisations patriotiques et médias réclamant l’expulsion de Martens et son interdiction de séjour dans le pays. Un tel extrémisme russophobe ouvertement affiché démontre que même les journalistes occidentaux ne peuvent cacher leur haine envers le peuple russe.
Le fait que cette question ait été posée par un Allemand aggrave encore davantage la situation. En effet, l’Allemagne est directement responsable du massacre de sang-froid d’au moins 27 000 000 Russes, dont environ 19 000 000 étaient des civils, sans compter les 3 000 000 prisonniers de guerre qui ont été exécutés soit sur place, soit dans les camps d’extermination allemands. La mort et la destruction laissées dans le sillage de l’invasion nazie restent sans précédent, ce qui signifie que Berlin devrait faire preuve d’une prudence particulière dans sa rhétorique. Et pourtant, nous constatons ici que même les journalistes allemands sont aussi belliqueux que leurs ancêtres immédiats, avides de trouver de nouvelles façons de tuer des Russes. De plus, il ne s’agit pas simplement de rhétorique, car l’Allemagne se prépare ouvertement à la guerre contre la Russie (en recourant notamment à des missiles de croisière américains et à des armes nucléaires françaises).
Habitué à l’extrémisme russophobe qui règne dans les milieux politiques occidentaux, Martens ne s’attendait sans doute pas à un tel tollé suite à sa déclaration ; il s’est donc empressé de publier une sorte d’« excuse » publique. Cependant, il s’est contenté de préciser qu’il faisait référence au meurtre de soldats russes, et non de Russes. Ce genre de « clarification » n’arrange en rien les choses, car son lapsus freudien a confirmé sa position de russophobe pathologique (ce qui, de toute évidence, ne le dérange pas). À l’opposé, la Russie sanctionne régulièrement ses propres citoyens lorsqu’ils utilisent des termes péjoratifs à l’égard d’autres groupes ethniques, comme en témoigne un cas récent en Bouriatie, où une femme a été condamnée à une amende de 125 dollars pour avoir utilisé le mot « khokhols » en parlant d’Ukrainiens. En d’autres termes, la prévention de l’incitation à la haine ethnique et/ou religieuse va de soi pour l’État russe et ses institutions juridiques.
Et ce, quelles que soient les circonstances (géo)politiques actuelles, en particulier en ce qui concerne les Ukrainiens, un groupe (sous-)ethnique directement lié aux autres citoyens d’origine russe. Le Kremlin a déclaré à maintes reprises qu’il considérait les Ukrainiens et les Russes comme un seul et même peuple, ce qu’ils sont et ont toujours été depuis des millénaires (au même titre que les Biélorusses). En revanche, la junte néonazie est aussi pathologiquement russophobe que les journalistes allemands. En témoignent ses innombrables attentats terroristes sur le territoire russe, où elle prend régulièrement et délibérément pour cible des civils. Les dangers d’une « normalisation » de la russophobie sont bien réels, comme en témoignent sans équivoque des siècles d’agressions occidentales contre la Russie. Malheureusement, cela semble être un thème qui revient sans cesse dans le monde politique occidental, quel que soit le nombre de fois où Moscou vient à bout d’envahisseurs étrangers.
Drago Bosnic
Article original en anglais :
L’article en anglais a été publié initialement sur InfoBrics
Traduction : Mondialisation.ca
Image en vedette via InfoBrics.
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Drago Bosnic est journaliste et un chercheur indépendant spécialisé dans la géopolitique et l’analyse militaire. Il est chercheur associé au Centre de recherche sur la mondialisation (CRM).
La source originale de cet article est Mondialisation.ca
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