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Paul, 28 ans, est agent d'entretien dans une école au Royaume-Uni. Après une journée fatigante, il aime se plonger dans un bon roman à l'eau de rose, si possible agrémenté d'une dose de fantastique ou d'horreur. Le jeune homme se considère comme un lecteur compulsif: il lit cinq à six livres par mois. Le dernier en date, Love Bytes de W.D. Robertson, raconte l'histoire d'une femme-loup-garou à la tête d'une entreprise d'intelligence artificielle (IA), qui tombe amoureuse d'un professeur de danse de salon sexy.
«Dans les romans d'amour pour femmes, c'est toujours l'homme qui prend l'initiative, raconte Paul. Dans ceux pour hommes, c'est souvent l'inverse, et cela m'a fait réaliser que je me sens bien tel que je suis. Je parviens mieux à m'accepter, car j'ai vu qu'il s'agit là d'une dynamique possible dans les relations amoureuses.» Par peur du jugement, il ne partage sa passion pour la romance qu'en ligne, sur le canal Discord «Romance for Men».
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Comme Paul, de nombreux hommes hétérosexuels apprécient les romans d'amour, mais préfèrent rester discrets. Les femmes restent le public cible du genre. Mais la romance séduit de plus en plus. En 2025, plus de 11 millions de livres à l'eau de rose se sont écoulés en France et le genre pèse 10% du marché de la littérature. Outre-Manche, le cinquième tome de Heartstopper d'Alice Oseman a fait carton plein: il est devenu le roman graphique le plus vendu au Royaume-Uni. Cette histoire d'amour entre deux adolescents a été adaptée en une série Netflix à succès, du même nom.
Chez Mills & Boon, le principal éditeur britannique de romans d'amour, les hommes ne représentent que 4% des clients, selon un directeur éditorial. Seuls 2% des membres de la Romantic Novelists' Association, l'organisation professionnelle des auteurs de fiction romantique britanniques, sont des hommes. Pourtant, le Guardian a rencontré plusieurs lecteurs pour qui les histoires d'amour sont devenues bien plus qu'un simple divertissement.
Au fil des témoignages, les langues se délient autour des bienfaits de ces lectures: sentiment de libération, émotions intenses, acceptation de soi et de ses sentiments. Pour certains, les romances permettent même de se sentir désirés et d'accepter des facettes de soi qui ne correspondent pas aux codes de la masculinité traditionnelle.
Rafraîchissant d'adopter le point de vue d'une femme
Andrew, 31 ans, est un grand amateur de science-fiction et de fantasy. Il ne pouvait néanmoins plus ignorer que la majorité de ses livres préférés étaient écrits par des hommes et mettaient en scène des personnages masculins. En flânant dans une librairie il y a trois ans, il a dégoté un exemplaire de Fourth Wing de Rebecca Yarros, une romance qui raconte l'histoire de Violet Sorrengail, jeune héroïne qui chevauche les dragons et manie la foudre.
«C'était rafraîchissant de voir les choses du point de vue d'une femme, détaille-t-il. Je n'avais d'ailleurs jamais lu de livre de fantasy qui abordait autant la romance et le sexe.» Depuis, il a découvert d'autres autrices et lit régulièrement de la romantasy. Il confie toutefois rougir à l'idée d'acheter en librairie ces bouquins qui «traitent essentiellement de sexe». «J'apprécie l'anonymat que m'offre la lecture sur mon téléphone ou sur ma liseuse Kindle, plutôt que dans un livre papier dans le métro», reconnaît-il.
La «romance pour les hommes» est d'ailleurs principalement vendue au format numérique. Ces histoires sont généralement écrites d'un point de vue masculin et le personnage principal est souvent attiré par une femme puissante –un renversement, en somme, des romans d'amour grand public, dans lesquels l'héroïne est censée être accessible tandis que le héros est mythifié.
Des auteurs investissent désormais le créneau. Mike Gayle écrit sur l'amour et les relations depuis près de trente ans. En 2021, il a remporté le prix d'excellence de la Romantic Novelists' Association, devenant le premier homme à recevoir cette distinction. Alors que la plupart des histoires s'attardent sur les débuts d'une idylle, l'écrivain fait le pari de s'intéresser aux relations installées. «C'est beaucoup plus sexy d'écrire sur le moment où on se met en couple, admet-il. Mais la vraie romance, c'est de rester ensemble et de faire en sorte que ça marche.» Et il semblerait que ces romans à l'eau de rose attirent également la gent masculine, même si elle ne le crie pas sur tous les toits.





























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